Législatives décisives

M. Macron s'apprête à mettre à bas 150 ans de conquêtes ouvrières : code du travail, Sécu etc, qu'il faudrait au contraire généraliser, pour donner le marché au privé. Il est décisif de le contrer et de donner la majorité parlementaire à la France Insoumise autour de son programme humaniste, social, écologique et démocratique.

Le vrai visage de M. Macron se vérifie avec ses choix ministériels. A droite toute avec une brochette de ministres LR : le premier ministre ancien directeur à AREVA, MM. Le Maire à l'Économie, Blanquer à l'Éducation nationale (qui a déjà travaillé à supprimer 80.000 postes sous M. Sarkozy, le projet actuel étant de supprimer 120.000 fonctionnaires), Darmanin aux comptes publics ; ou PS : MM. Collomb à l'Intérieur, Le Drian, Ferrand, Mme Girardin, dont 2 ex-ministres de M. Hollande, M. Castaner porte-parole du gouvernement ; pour le Modem M. Bayrou et Mme de Sarnez ; et deux radicaux de gauche dont un ministre de l'agriculture qui a voté contre la loi d'interdiction des pesticides néonicotinoïdes. M. Hulot, qui n'a même pas obtenu l'arrêt de Notre-Dame-des Landes, va faire joli jusqu'aux législatives et sera coincé dans les rapports de force. M. Macron est soutenu par tous les vieux briscards de LR ou du PS, Hollande en tête en passant par Juppé, Raffarin, Le Foll, Valls, El Khomri, Le Guen, Royal etc. Il avait recruté ses soutiens de campagne dans la haute finance et les banques, parmi les entreprises exilées fiscales à Londres et les ultra-riches exilés fiscaux en Belgique, à qui il va renvoyer l'ascenseur avec son projet de réforme fiscale au profit du capital et des plus fortunés.

Ce qu'il veut voir passer en urgence, c'est le démantèlement complet du code du travail et des instances de protection sociale.

Sur la législation du travail 3 textes sont prévus.

1) Généraliser le principe d'inversion de la hiérarchie des normes inscrit dans la loi El Khomri. Ainsi les salaires et les horaires seraient fixés entreprises par entreprises.

2) Rendre obligatoire la fusion des instances de représentation du personnel, ce que la loi Rebsamen a permis en 2015. Les délégués du personnel, habilités à saisir l'Inspection du Travail, ceux des CHSCT, chargés de lister les risques professionnels, d'organiser la prévention et d'utiliser au besoin le droit de retrait, ceux enfin du Comité d'entreprise destinataires de rapports tous les 6 mois sur la situation de l'entreprise, et devant être obligatoirement informés au préalable en cas de licenciement collectif, devraient se fondre avec moins de monde et de moyens, ce qui signifie des abandons de compétences.

3) Plafonnement imposé des dommages et intérêts aux Prud'hommes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Plus de soucis pour l'employeur en cas de licenciement abusif !

Ceci en durcissant les règles du chômage !

Le code du travail, dont chaque article a été conquis contre le patronat parfois dans le sang, garantit les mêmes droits à tous les salariés. M. Macron prépare un retour au 19e siècle.

Plus les salariés seront isolés, inorganisés, plus ils perdront dans des négociations à l'évidence inégales. Concurrence et dumping social joueront à plein, car les petites entreprises seront à la fin contraintes de s'aligner sur les plus dures. Certaines mourront.

Les diplômes professionnels nationaux ne seront plus reconnus ni les qualifications correspondantes.

Quant à la Sécu, conquête révolutionnaire des salariés, dès le début les libéraux l'ont attaquée bout par bout. De la gestion par les intéressés eux-mêmes d'un budget devenu équivalent à celui de l’État, supprimée en 1962, au basculement de son financement par la CSG, impôt sur le revenu payé à 90 % par les salariés, retraités ou chômeurs - tandis que la cotisation est une part de la richesse produite prélevée au moment où elle est produite sous forme de salaire mutualisé - aux divers déremboursements et « reste à charge » sous prétexte d'un « trou » fabriqué.

Sur un budget de 470 milliards, un déficit de quelques milliards, 1 à 1,5 %, ce n'est rien. Si l’État compensait les exonérations qu'il accorde comme la loi le veut, les Caisses seraient au vert. De même si l'on augmentait les salaires, ou si l'on décrétait l'égalité salariale femmes/hommes : tous les comptes sociaux seraient excédentaires. Mais qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.Les libéraux veulent détruire la Sécu pour offrir un marché aux mutuelles et assurances privées, bien que leurs frais de gestion représentent 15 à 20 % contre 5 % pour la Sécu, et qu'avec le tout-Sécu, en regroupant les mutuelles dans la Sécu, on économiserait 7 milliards. Mais il s'agit de redonner le pouvoir au privé et au grand patronat sur une zone conquise par les salariés. Alors chacun devra assumer seul sa protection, s'il le peut, pour générer des profits privés.

La retraite qui était conçue comme une continuation du salaire ne sera plus que ce que chacun aura réussi à épargner. De plus la valeur du point ne sera connue que l'année du départ en retraite, et calculée en fonction de l'espérance de vie !

La pauvreté qui touche déjà 9 millions de personnes en France, et d'ailleurs 12 millions de personnes en Allemagne, continuerait à se répandre tragiquement si le projet de M. Macron s'applique.

Les LR, PS etc. sont tous prêts à se ranger derrière M. Macron pour mener cette politique, malgré son assise sociale très minoritaire.

Donner la majorité parlementaire à la France Insoumise autour de M. Mélenchon renverserait la situation, avec un vrai programme humaniste, social, écologique et démocratique.

Car les députés peuvent refuser de donner les pleins pouvoirs au gouvernement.

Ils peuvent rejeter des lois ou les abroger.

Ils peuvent prendre l'initiative de lois, pour décider de nouveaux droits sociaux, la révocabilité des élus, la reconnaissance du vote blanc, proposer une loi référendaire pour convoquer une constituante, prononcer la sortie du nucléaire et régler le sort des centrales qui arrivent en bout de course…

Ils vont avoir à se prononcer sur le CETA et autres traités dits de libre-échange, etc.

Gdalia Roulin, 1er juin 2017.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.