Climats

Dû aux poisons de l’âge industriel, le réchauffement du climat est en route. Le système climatique va être impacté sur des siècles, voire des millénaires, et personne ne sait quel sera le degré de synergie des divers phénomènes conjugués. La seule solution réellement sérieuse est de changer collectivement de cap de suite et radicalement, en ne prenant à la nature que ce qu’elle peut régénérer.

Le changement climatique ne s’évalue pas au quotidien, mais sur des moyennes statistiques concernant la terre entière, sur des dizaines et des centaines d’années. Or les bouleversements en cours sont d’ores et déjà perceptibles par tout un chacun, années après années de canicules, sécheresses, incendies, pluies torrentielles, tornades macro ou « mini », inondations et variations atmosphériques abruptes. Auxquels faune et flore doivent s’adapter tant bien que mal, avec des migrations ou des pertes d’espèces, des épidémies etc... La biodiversité déjà mise à mal par les pollutions insensées causées par une industrie proliférante et anarchique, subit aussi les contre-coups du dérèglement climatique et de ses conséquences sur la végétation et autres conditions de vie naturelles. En particulier, l’augmentation de la température des océans provoque celle de leur taux d’acidité avec baisse de l’oxygénation, impactant les possibilités de survie et d’abondance de nombreuses espèces, allant des algues aux poissons…

Le dernier rapport du GIEC ne constate cependant qu’un réchauffement climatique de 1°C (compris entre 0,8 et 1,2°) depuis l’âge préindustriel. C’est dire à quel point chaque demi-degré compte quant au risque de voir « le ciel nous tomber sur la tête » prochainement si les sociétés humaines continuent sur leurs lancées productivistes à outrance et mondialistes de surcroît. Au rythme actuel nous risquons d’atteindre + 1°5 en 2030 (+0°17 à 0°3 par décennie) du fait des émissions passées et présentes, sans compter la hausse des croissances économiques qu’on nous présente comme si désirable et incontournable pour mieux vivre !

Si les spécialistes du GIEC sont à la pointe de leur discipline scientifique, ils ne sont pas plus experts que vous ou moi quant aux solutions politiques à développer pour pallier à la catastrophe programmée. Le GIEC fut constitué en 1988 à l’instigation de M. Reagan et de Mme Thatcher sous l’égide de l’ONU, afin de contenir l’essor de mouvements écologistes. Composé de climatologues et de socio-économistes, il fait appel à des centaines d’éminents experts. Il ne mène pas directement ses recherches, mais synthétise des publications scientifiques et techniques reconnues de travaux de laboratoires du monde entier. Ses rapports expriment le consensus obtenu après de longs débats entre les scientifiques et tous les gouvernements faisant partie du GIEC (presque tous les pays), force personnes formatées dans le cadre du modèle capitaliste libéral.

Formés à croire que notre civilisation dite occidentale est la plus avancée, la seule possible, qu’on ne saurait détrôner une économie de rapines et d’avidité de la place primordiale qui lui est donnée, ils n’ont ni la volonté ni l’imaginaire propice à envisager les ruptures radicales qui devraient s’imposer à tout humain de bon sens, désireux très basiquement de ne pas devoir s’affronter à des dérèglements extrêmes du climat. Ainsi le GIEC annonce-t-il tranquillement que le réchauffement dû aux émissions anthropiques se poursuivra durant des siècles, voire des millénaires, et continuera d’impacter à long terme le système climatique… Ainsi prévoit-il une hausse du niveau de la mer de 18 à 59 cm pour 1°5, ignorant l’avis d’autres scientifiques qui l’estiment de 1 à 5 m. Ainsi le GIEC pensait-il que la banquise arctique se maintiendrait au XXIe siècle, or elle est en train de se disloquer…

Qui a envie de se trouver régulièrement au cœur de cyclones toujours plus intenses et destructeurs, de voir des toitures arrachées, des villes détruites avec des vents à 200, voire 300 km/h (déjà maintenant) et des vagues de 40 m avec leurs corollaires de catastrophes maritimes déjà trop récurrentes, la multiplication de feux de forêt, de canicules fauchant banalement des milliers de personnes, ainsi que des inondations, des glissements de terrains, et des intrusions d’eau salée (ce qui est beaucoup plus grave qu’on ne l’imagine), entre autres ? Qui a envie avec un climat détraqué (joint à la perte de diversité, de fertilité et de robustesse des plantes causées par l’agro-industrie et les monopoles privés) de voir le retour de famines, des désertifications et des guerres pour l’accès à l’eau, autrement plus vitale que le pétrole par exemple qui occupe tant nos grands « décideurs » habituels ?

Curieusement le rapport du GIEC ne parle pas du nucléaire. Pourtant, outre la vétusté de plus en plus répandue des centrales et les dangers liés à une gestion qui privilégie là comme ailleurs bien avant la sécurité la « rentabilité » financière immédiate, avec cadences infernales et sous-traitances, cela dans une fumeuse opacité, le fait que ces centrales soient toujours construites à proximité des rivages côtiers ou de fluviaux, étant des plus vulnérables tant au manque d’eau qu’aux inondations sans parler d’autres aléas, cela devrait nous inquiéter au plus haut point, d’autant qu’en cas de montée des eaux, organiser la migration climatique des centrales représente une gageure autrement plus insoluble que celle des réfugiés climatiques. Les arrêter et les démanteler est la seule option raisonnable, mais attendre d’être acculés en urgence à cette nécessité relève d’un aveuglement criminel.

Le changement climatique est en route. Si la science donne un aperçu des faits et de leur enchaînement, l’incertitude demeure quant à des éléments de connaissance qui peuvent échapper aux plus savants, par exemple quel sera le degré de synergie de divers phénomènes conjugués. Par exemple à partir d’un certain niveau de réchauffement des mers, quelles masses de méthane seront-elles relâchées dans l’atmosphère, contribuant à l’emballement général du système ? Le changement climatique n’évolue pas de façon régulière mais par paliers, et nous pourrions avoir de très mauvaises surprises, avec des échappées exponentielles et des seuils d’irréversibilité (déjà atteints en certains endroits). Le GIEC reconnaît que « les phénomènes de rétroaction sont mal connus ». C’est pourquoi le strict respect d’un principe de précaution, qui ne s’est jamais vraiment concrétisé, semblerait devoir s’imposer à quiconque jouit du moindre bon sens. La seule solution réellement sérieuse est de changer de cap immédiatement et fondamentalement, au lieu de ces molles préconisations à 20 ou 30 ans...toujours retardées par complaisance envers les intérêts économiques au pouvoir.

Croire que ce monde peut durer et que nous pourrons préserver nos petits conforts sans changements radicaux est illusoire. Chacun certes doit remettre ses pratiques en question par rapport aux intérêts vitaux en jeu, mais l’addition de petits pas juxtaposés ne peut suffire. Il faut une politique d’ensemble, que nous soyons capables de changer collectivement nos façons de produire, de consommer, que nous réapprenions enfin à respecter la nature, et que nous appliquions la « règle verte » promue par la France Insoumise  : « Ne pas prendre à la nature plus qu’elle ne peut régénérer ».

Cela exige un changement total de politique, et signifie la vraie recherche de solutions concrètes écologiques, dont nombre d’entre elles, déjà bien connues, ne demandent qu’à être mises en œuvre et encore améliorées. Elles vont fort heureusement dans le même sens que la défense de nos santés par la lutte contre les pollutions de toutes sortes qui contribuent au réchauffement atmosphérique. Cela signifie réinscrire l’agriculture dans les cycles naturels, relocaliser les activités au lieu de confondre richesse et balance commerciale, cesser de gaspiller, développer un habitat économe et sain, etc. Ce serait une bifurcation à 180° de la politique des transports (29 % des émissions de gaz à effet de serre), la fin du règne des multinationales, la ruine de Total et autres pourvoyeurs d’énergie fossile... Alors que notre gouvernement n’en finit pas de revoir ses ambitions proclamées à la baisse, il s’agit de trouver d’autres façons de comprendre et de partager la richesse, et de prendre à la base les décisions qui nous engagent tous.

Gdalia Roulin, 1er avril 2019.

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