Train de réformes

Le statut des cheminots (etc) serait archaïque ? Alors que dire de la constitution française ? Les plus jeunes à l’avoir votée, en pleine guerre d’Algérie avec toute la propagande que cela suppose, ont à présent 81 ans. Tant qu’elle est en vigueur, au lieu de pouvoir nous organiser nous-mêmes, nous sommes réputés en avoir accepté le carcan. Avons-nous besoin d’un maître ou de nous en libérer ?

« Réformer » par 49-3 sur moult sujets, la méthode clairement destinée à embrouiller le chaland fut déjà utilisée avec la loi présentée par M. Macron en 2014, de sorte que sauf à avoir étudié la question d’avance, le temps manque pour se faire une idée et en débattre afin que chacun puisse se positionner au plus juste. Dans la même veine la réforme constitutionnelle prévoit d’amenuiser le droit d’amendement, portant l'estocade contre une démocratie branlante, mais on parle déjà d’autre chose. Et le rouleau compresseur est en marche quand on prend conscience de l’extrémisme de l’attaque.

Énarque, associé gérant chez Rothschild, collaborateur puis ministre de l’économie de M. Hollande, le cursus de M. Macron, dernier avatar de la caste qui l’a conduit au pouvoir, suit le même sens de l’orée de sa vie active à sa présidence.

Après avoir posé à grande vitesse les bases permettant d’amoindrir les droits de la majorité de la population, le gouvernement prétend offrir des contreparties à ceux qu’il a dépouillé de toute possibilité de défense contre l’emploi précaire, l’exploitation, les licenciements, les problèmes de santé, avec un accès de moins en moins facile à la formation, aux services publics… Il saupoudre. Face à des enfants endimanchés et devant les caméras, M. Macron paternalise le 27 avril dernier sur ce qu’on appelle la fin de l’esclavage, alors qu’il nous entraîne vers toujours plus de servage au travail pour la majorité des citoyens de ce pays. Tandis que le travail précaire sous-payé explose, le chômage baisserait (il suffit d’1h salariée pour être radié). Tout s'agence pour ruiner l’hôpital public, mais quelques prothèses seront remboursées « intégralement » (attention aux petites lignes du contrat quand il sera publié !). Les diplômes sont dévalués mais on pourra, aux mains du privé, être apprenti jusqu’à 30 ans... Bientôt toute la vie ? Puis une « élite » sera sélectionnée en banlieue, grâce à M. Borloo, ex-ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine de 2002 à 2004...

Le gouvernement s’attend à gagner sur la SNCF, comme en 68 où la plus grande grève générale vue à ce jour fut bradée pour des miettes, au lieu que les dirigeants syndicaux et politiques préposés d’office aux négociations mettent sérieusement en cause l’ordre établi qui pérennise l’inégalité croissante. M. Macron revendique sa cohérence, ceci dans un cadre dont il ne sort jamais qui évite radicalement la moindre remise en cause d’inégalités que sa politique exacerbe. Il se targue de méthode en sériant les problèmes, prenant l’air logique là où il est élitiste, nous renvoyant tous à un statut minoritaire tandis que lui seul aurait une vision d’ensemble.

Le statut des cheminots date des années 50 et serait archaïque ? Alors que dire de la constitution française ? Les plus jeunes à l’avoir votée, en pleine guerre d’Algérie avec toute la propagande que cela suppose, ont à présent 81 ans. Tant que cette constitution est en vigueur, au lieu de pouvoir nous organiser nous-mêmes, nous sommes réputés avoir accepté ce carcan qui nous oblige à nous soumettre aux choix de « représentants » qui échappent à tout contrôle populaire, et risquent tout au plus de pantoufler aux élections suivantes en « alternance » avec leurs « chers collègues ».

L’État concentre ses violences physiques contre les immigrés, et contre tous ceux qui tentent d’innover socialement, ce qu’il qualifie de désordre !

A Notre-Dame-des-Landes les initiatives collectives sont interdites (de quel droit ?) armes à la main et bulldozers à l’appui. Seules sont agréées par l’État les conventions précaires individuelles. Sans d’ailleurs le moindre souci d’écologie. Outre les zadistes blessés et leurs potagers saccagés, grenades et gaz toxiques en masse ont-ils épargné les espèces à protéger ?

Les étudiants en Assemblées Générales dans leurs Facs se font virer brutalement. Et pour commencer pendant 5 semaines les occupations universitaires furent ignorées des « infos », jusqu’à ce que des étudiants à Montpellier se fassent tabasser par des commandos d’extrême-droite, là aussi comme en 68 avec une certaine complaisance du pouvoir, qui n’a réagi qu’après la révolte des étudiants, quand il leur fut enjoint de reprendre les cours avec des « responsables » soupçonnés d’avoir participé à ces agressions.

Les salariés occupant une entreprise sont évacués chaque fois par les CRS.

Les délégués de collectifs de base, grévistes ou autres citoyens, ne sont pas reconnus comme interlocuteurs par les gouvernements. L’intermédiaire de rouages institutionnalisés est exigé.

La « com » animalise les opposants. Ils sont pris de « grogne » ! Y compris les avocats, greffiers, ou magistrats en grève qui manifestent. Imagine-t-on s’adresser ainsi à un juge ? Dernière trouvaille, la coagulation qui évoque une croûte sur un bobo qui tombera à guérison, et surtout pas une entente concertée entre adultes responsables.

A condition que la lutte échoue le droit de grève est respecté.

La commémoration de 68 a lieu grandeur nature : mêmes rengaines, même état d’esprit répressif. En 68 la voix de son maître expliquait que les étudiants étaient manipulés de l’étranger, que les bloqueurs de facs ou d’usine n’étaient qu’une petite minorité d’agitateurs violents,, que les gens sérieux voulaient passer leurs examens ou reprendre leur poste. Aujourd’hui MM. Lordon ou Friot intervenant à la « Commune Libre de Tolbiac » (nom que s’était donnée l’AG étudiante de cette Fac), des cheminots et autres opposants cherchant la convergence des luttes seraient des agitateurs professionnels étrangers en Fac, et les grévistes seraient minoritaires, car par internet on vote toujours la reprise et pour cause : qui va nominativement se désigner au fichage en votant contre par voix électronique ? La faible participation est négligée, plus encore la triche que le procédé facilite. Et la désinformation entretenue par le pouvoir, pour ne pas dire l’enfumage de cervelle pour nous faire croire aux bienfaits supposés de sa politique, est inscrite dans les mœurs. Comme si c’était « normal ». L’habitude…Comme si un avis n'avait pas besoin d’informations réelles et de vraies rencontres pour se construire.

Avons-nous besoin d’un maître ou de nous en libérer ?

Gdalia Roulin, lundi 30 avril 2018.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.