Monsieur Tastan, Kurde, vivait à Marseille. Toute sa famille est en France. Il a cinq enfants, dont quatre sont scolarisés. Ses frères ont obtenu l'asile politique. Lui-même a déjà passé 19 mois dans les prisons turques, où il a été torturé, ce qui est attesté. Il est en outre condamné à 12 ans de prison par contumace par l'État turc, qui le soupçonne d'être un militant politique. Tout cela n'a pas empêché le T.G.I. de Lyon, le 21 décembre 2007, d'infliger à Monsieur Tartan 3 mois de prison, et 3 ans d'interdiction de séjour, parce qu'il avait refusé d'embarquer dans un avion qui allait le ramener directement sous la coupe de ses tortionnaires. Ceci au mépris du sort qui attendait Monsieur Tartan en Turquie, au mépris de la souffrance infligée à sa famille, quoi qu'ait pu plaider son avocate, en dépit aussi de l'argumentation de la Ligue des Droits de l'Homme et d'Amnesty International, malgré la mobilisation de RESF, et malgré de multiples interventions d'élus.
Le 8 septembre 2007, Sabina et Salko Musanovic, et leurs 2 filles : Saldina 7 ans, scolarisée à l'école Coteau Jouvent à Montbéliard, et Sumaja, née en France en 2006, ont été arrêtés le 30 août à Montbéliard, et ont été expulsés le matin du 8 septembre. Ils ont été déboutés de leur demande d'asile malgré le fait qu'ils sont Musulmans de Serbie (7 000 d'entre eux ont été massacrés en quelques jours à Srebrenica), et ils ont été renvoyés dans un pays hostile. Devant l'école Coteau Jouvent, à Montbéliard, trône sa chaise vide sur laquelle est apposée une affiche : « Saldina, 7 ans, absente mardi 4 septembre, jeudi 6 septembre. Motif de l'absence : enfermée au Centre de rétention administrative de Rouen par le gouvernement français ». (1)
Ça ne se passe pas il y a 60 ans, pendant la guerre, en 1940. Non. C'est ici et maintenant. C'est le gouvernement français qui organise « en notre nom », aujourd'hui, la chasse au faciès dans les cités et ailleurs, qui stigmatise les immigrés et les pauvres (des paresseux, qui ne veulent pas courber l'échine pour « gagner plus » !), qui en fait nos boucs émissaires, c'est lui qui va faire enlever par la police de la république les petits enfants dans leurs classes, qui renvoie dans « leur pays » à une mort certaine ou à la torture les demandeurs d'asile politique, c'est lui qui organise la chasse aux « sans-papiers », ordonne les fouilles « à corps » dans les commissariats, le menottage à chaque transferts, le parcage dans des « centres de rétention » crasseux, qui fait embarquer les expulsés ligotés de la tête aux pieds et scotchés sur leur siège d'avion.
Ce gouvernement, qui impose aux préfectures des quotas d'expulsion, est responsable de tragédies humaines innombrables : couples séparés, familles démembrées, parents et enfants arrêtés au petit matin, transportés sur des centaines de kilomètres avant d'être enfermés en centres de rétention, et expulsés vers des pays où nul ne les attend sinon leurs tortionnaires.
Tandis que ceux de nos compatriotes qui manifestent leur indignation devant ces pratiques scandaleuses, commises en notre nom, se voient traînés devant les tribunaux pour délit de solidarité ou entrave à circulation d'un aéronef... le tout volontiers assaisonné d'accusations mensongères. Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage, rien de nouveau sous le soleil !
Et c'est ce gouvernement-là qui vient régulièrement nous donner des leçons de morale, et qui veut faire porter à nos jeunes enfants le poids de ce fameux « devoir de mémoire » que les adultes de ce pays feraient bien de prendre en charge eux-mêmes, en faisant en sorte qu'on ne voie « plus jamais ça! ».
Faudrait-il donc que des petits enfants français s'identifient, individuellement ou en groupe, aux petits enfants privés d'avenir, conduits avec leur famille et leur communauté vers une mort atroce, par des fonctionnaires obéissants et sans âme ? N'est-il pas déjà assez bouché, l'avenir, pour les enfants d'aujourd'hui ? Faudrait-il les pousser au nihilisme ?
Les enfants n'ont-ils pas plutôt, et de façon vitale, besoin de garder confiance en l'avenir, d'avoir le goût de construire leur vie et l'espoir de réaliser ce qu'ils désirent ?
Quant à l'analyse historique, elle demande une certaine distanciation, à cent lieues de cette « pédagogie du choc émotionnel » répétée à satiété.
Même remarque pour ce qui est de comprendre l'actualité. Il nous faut pouvoir nous dégager un peu de ce déferlement ininterrompu d'annonces, toutes plus chargées émotionnellement et dramatiquement les unes que les autres, pour exercer la capacité critique permettant un minimum de compréhension des enjeux et de forces à l'œuvre derrière le spectacle permanent qui s'étale sous nos yeux.
A propos, les conseillers du président « bling-bling » - « Je-sais-tout – c'est-Moi-qui-fait-tout », ont dû oublier de lui signaler, en fait de mémoire, qu'il ne faudrait négliger aucune des victimes du nazisme.
Parmi les premiers internés dans les camps de concentration, il y eût les opposants au régime nazi, renvoyés avec zèle dans leur pays par l'administration de Pétain.
Les Tziganes payèrent eux aussi le prix fort. Ils furent pourchassés et exterminés comme les Juifs. Et utilisés comme chair de laboratoire par les « médecins » nazis. (Notons au passage, qu'il existait des camps de concentration en France, où continuaient d'être parqués les « gens du voyage », bien après la fin de la seconde guerre mondiale !).
Les handicapés furent « nettoyés » comme une autre ethnie indésirable.
Et les homosexuels, au bûcher! Non, pardon, au four!
Bien sûr, les Juifs. Atrocement. Horriblement. Pourtant, pas que les Juifs.
Il serait temps de quitter les courtes vues racistes et primaires. Moi qui ne suis pas raciste, je pense que la nature humaine est la même partout. Chaque peuple peut être, tour à tour, victime ou persécuteur. Je dirai même que ces rôles se succèdent assez inexorablement. Hélas!
Ceux qui nous font la morale du « plus haut sommet de l'État », en pratiquant comme ils le font, en expulsant à tout va, en faisant du chiffre, savent bien, eux, qu'en jetant hors de France leur lot de pauvres gens, cela n'empêchera aucunement les délocalisations d'usines et la casse des services publics et des solidarités, qu'ils ont programmées et qu'il réalisent au pas de charge. Ils savent bien que ce ne sont pas les « sans-papiers » expulsés qui touchent ni ici, ni ailleurs, les dividendes des actions de ces entreprises qui partent chercher de plus gros bénéfices, en laissant les travailleurs français sur le carreau pour aller faire « suer le burnous », car, bien-sûr, « l'argent est roi » et, pour ces milliardaires, il n'y en a jamais assez.
Les immigrés, c'est le chiffon rouge qu'on agite pour occuper le taureau coincé dans l'arène. Allons-nous vraiment nous laisser aveugler et coincer sous les coups que nous recevons de toutes parts, sous cette propagande éhontée qui se donne des airs de « bien-pensance », sous ces effets prestidigitatoires visant à tout embrouiller et à escamoter les crimes sous les paillettes et le faux sensationnel ?
Nous ne payons pas un président de la république pour jouer les « petits pères de la nation », ni superman, que je sache. Ceux qui ont voté pour lui espéraient sans doute, tout simplement, qu'il tiendrait une ou deux promesses fallacieuses : Vivre mieux... Travailler... (plus!). Gagner... (plus!!).
N'est-il pas temps de réapprendre à nommer les choses par leur nom, et de faire le point de ce qui se passe ?
D'arrêter cette politique spectacle où nous sommes toujours les dindons de la farce. Entreprendre enfin d'exiger des contrats clairs, adultes, le respect de la parole donnée, en résumé l'honnêteté, la démocratie, et j'ajoute qu'on pourrait même espérer instaurer une société où règne la solidarité et non pas la concurrence acharnée et morbide que nous connaissons.
Gdalia Roulin , 2007.
(1) Source : <Resf.info@rezo.net>