Y'a quéqu' chose qui cloche là-d'dans...

Le 6 août 1945, une bombe atomique explose sur Hiroshima. Elle contenait 1350 g. d'uranium enrichi.. Deux mois après, le général De Gaulle crée le Commissariat à l'Energie Atomique, doté de pouvoirs et d'un budget faramineux. Son but : fabriquer la « force de frappe » censée mettre la France au rang des « grandes nations ».

Le premier réacteur expérimental français est inauguré en 1948. Ses fins sont militaires. Malgré les appels de nombreux scientifiques pour interdire la bombe, quand De Gaulle revient au pouvoir en 1958, Marcoule est installé, et le G1, premier réacteur graphite-gaz, fournit 10 kg de plutonium par an, de quoi faire une bombe chaque année.

Le 13 février 1960, l'armée fait exploser à Reggane, dans le Sahara algérien, la première bombe atomique française. Puis le 24 août 1968, à Fangataufa, en plein Pacifique, c'est l'explosion de la première bombe H.

La bombe H est mille fois plus puissante que celle d'Hiroshima. Elle comporte deux étages. Dans le premier, une bombe A, avec environ 50 kg d'uranium 235 et entre 3 à 7 kg de plutonium 239. Le but est de déclencher la fusion de deux noyaux légers, le tritium et le deutérium, et de provoquer la réaction thermonucléaire, qui met en jeu environ 5 kg de plutonium 239.

Le premier réacteur exploité par EDF, celui de Chinon, ne démarre qu'en 1963. Il produit 70 mégawatts électriques pour les civils, mais aussi et surtout du plutonium, ce que favorise la filière graphite-gaz d'abord privilégiée en France.

Les réacteurs nucléaires français recrachent en moyenne 200 kg de plutonium par an. Soit un total de plus de 11 tonnes par an. Les stocks de l'armée sont surabondants...

Or, le plutonium n'existe pas dans la nature. C'est un produit de l'industrie nucléaire.

Il suffirait de quelques centaines de grammes de plutonium répandue uniformément sur terre, pour y effacer toute forme de vie humaine, et bien d'autres avec elle... L'ingestion d' un seul millionième de gramme est fatale à un homme de 70 kg. C'est l'une des particules les plus cancérigènes connues. Le plutonium provoque aussi des mutations et des malformations sur de multiples générations.

Or, rien que l'accident de Tchernobyl en 1986 a propulsé une centaine de kilos de plutonium dans la nature, sans parler de l'iode 131, du césium 137, du strontium 90, de l'uranium 233, du polonium 210, du radon 222, du potassium 42, du krypton 85, du ruthénium 106, du soufre 35, tous éléments atrocement pathogènes.

Des accidents, il y en a eu beaucoup d'autres. Il y a au moins un incident notable tous les deux jours, qui ne sont d'ailleurs pas toujours notés ! Et c'est un vrai miracle qu'il n'y ait pas eu davantage de Tchernobyls et de Fukushimas. La probabilité d'autres catastrophes gravissimes est en pleine croissance !

Précisons que tous les accidents déjà arrivés sont loin d'être connus.

Qui a entendu parler de l'accident survenu en 1952 dans les Laboratoires nucléaires de Chalk River, en Ontario (Canada), qui n'a jamais été classifié malgré une fonte partielle du cœur ?

Qui est informé de l'explosion d'une cuve de produits radio-actifs à Maïak (Russie), le 29 septembre 1957 ?

Qui connaît l'incendie du réacteur à Sellafield en 1957, et l'explosion de 1973 ?

La fusion partielle du réacteur à Lucens (Suisse), en 1969 ?

Celle de Three Mile Island aux États-Unis en mars 1979 ?

L'explosion à Tomsk-7, en avril 1993 en Russie, d'un réservoir contenant des matières radioactives dont du plutonium ?

L'incendie et explosion de TokoÏ-Mura au Japon en 1997, et en 1999 ?

Cette liste est loin d'être exhaustive !

Plus près de nous, à St Laurent des Eaux le 13 mars 1980, une fusion partielle du cœur entraîne un « dégazage ». Il y a des rejets de plutonium dans la Loire, qui ne seront révélés que huit ans plus tard par le travail de chercheurs de Normandie-Sup. Aucune mesure de protection des populations n'avait été prise.Autre « incident » déclaré le 6 octobre 2009 par le CEA. Il concerne l'atelier de technologie du plutonium. A la fin de la période d'exploitation, le CEA estimait à 8 kilos la quantité de plutonium résiduel présente dans certaines boites à gants. Or, ce sont 22 kg qui avaient été récupérés depuis le début du chantier, la quantité totale avoisinant dès lors probablement les 39 kg ...!

Précisons que la masse critique du plutonium 239 est de 4,4 kg. Cela signifie qu'à partir de cette quantité, il risque d'exploser spontanément comme une bombe atomique. C'est pourquoi il doit être stocké par quantités de 2,5 kg maximum.

Ce qui ne « nous » empêche pas d'en avoir 50 tonnes rassemblés à La Hague, amenés là par des convois irradiants qui sillonnent nos routes en toute discrétion !

Pour terminer ce texte, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un des meilleurs exemples du sérieux et du sens de la responsabilité, du respect de la vie d'autrui de nos nucléocrates patentés.

Il s'agit de Superphénix, qui a été fermé en 1997, mais qui n'est évidemment pas démantelé pour autant, et pour cause, on ne sait pas le faire ! Pour le surgénérateur, nos brillants ingénieurs ont remplacé l'eau par du sodium liquide, qui a la propriété de s'enflammer spontanément au contact de l'air, et qui explose au contact de l'eau. Précisons que si 500 kg de sodium prennent feu, on ne connaît aucun moyen d'éteindre un tel incendie ! Il y a 5 000 tonnes de sodium dans les circuits primaires et secondaires du surgénérateur, alors que le cœur du réacteur est bourré de plutonium. Et depuis 13 ans que cette centrale est arrêtée, ce sodium doit être chauffé en permanence à 180° pour être maintenu à l'état liquide...

A noter que cette technologie intéresse la Chine et l'URSS, et que « la France » n'y a pas renoncé : un réacteur de 600 mégawatts est prévu pour 2017 à Marcoule. Ce projet répond au joli prénom d'Astrid ...

Sensationnel, je vous dis !

D'ailleurs, le plutonium ne reste radioactif que 240 000 ans ! C'est si vite passé, non ?

N'oublions tout de même pas que les matières radioactives issues des centrales sont des milliards de fois plus actives que la radioactivité qui existe dans la nature, qui, elle n'est jamais très concentrée . Ce qui ne veut pourtant pas dire qu'elle soit inoffensive.

 

                                 Gdalia Roulin, le 23 décembre 2011.

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