La plus belle des Antilles s'estompe dans l'oubli,
rebelle fière et sanglante. On ne parle aujourd'hui
comme d'un' fatalité, comme d'un fait établi.
que des calamités subies par Haïti.
Ceux qui ne voient que la misèr' noir' du pays
n'ont jamais entendu, sans dout', célébrer l'île,
vrai petit paradis où abondaient les fruits,
où le climat propice et la terr' si fertile
produisaient deux récoltes par an, sans forcer.
Une île riche en bois précieux, en minerais,
que les colons ont exploitée, dévalisée,
vidée. Puis, ils ont installé les Duvalier
et leur dictatur' sanguinair', comme un rempart
pour contrer tout' révolt', et briser les espoirs
d'alliance entre Haïtiens et Cubains. Cette histoire
au service des puissants ne doit rien au hasard.
Comment ne pas être pauvr', quand tout est pillé,
que mêm' le droit à vivre libre est monnayé !
Les min's sont épuisées, et la terre déboisée
part à la mer, et le climat s'est déréglé.
Haïti qui « ne vit plus que sous perfusion
internationale », c'est un scandale absolu.
Le tremblement de terre sème la destruction,
la mort et la ruine. Les survivants, à la rue,
manquent de tout, évidemment. Alors, déjà,
des journaleux ont le front d'évoquer sans rire
des risques de pillage. Comme s'il allait de soi
de se laisser mourir quand on peut se servir.
Pour Katrina, on nous tint ces vertueux discours.
Des militaires en arm's interdisaient l'accès
aux magasins pourtant inondés... Les secours,
eux, ont été beaucoup plus longs à arriver !
Criminaliser la pauvreté, c'est abject,
mais ça se banalise. Et l'on ressent l'emprise
de formul's toutes fait's autour de ce sujet,
farcies de préjugés sans que l'on s'en avise.
J'aurais aimé qu'au lieu d'un autre « plan Marshall »,
l'aide aux sinistrés soit un véritable don,
sans promouvoir notre intérêt dit national.
Et n'allons pas reconstruire à notre façon,
comme si les Haïtiens étaient si démunis
qu'ils ne pouvaient s'organiser à leur manière.
Il est temps que s'instaure enfin l'autonomie,
la leur, la nôtre, sans charité, mais solidaires.
Gdalia Roulin, 14 janvier 2010.