Témoignages sur le vif

La violence extrême déployée d’emblée contre les Gilets Jaunes se justifie-t-elle par les fameux casseurs montés en exergue ? On n'en trouve pas parmi les blessés graves ni chez les innombrables personnes arrêtées arbitrairement, «préventivement» gardées à vue par centaines et empêchées de manifester... On y voit par contre 37 mineurs et lycéens, 56 journalistes, 14 médics, 17 passants…

Par ce dimanche ensoleillé du 17 février, les Toulousains sont nombreux assis en terrasse autour du Capitole, tandis que 5.000 manifestants, en défense de la langue occitane menacée de disparaître de l’enseignement, aussi traîtreusement que sont démantelés les services publics, tournent dans le centre ville sans voir aucune vitrine brisée, en l’absence apparente de forces de police, et bien que la manif soit suivie d’une soirée festive jusqu’à 20 heures avec La Talvera, manière autrement plus agréable de terminer une manif qu’une dispersion prématurée aux lacrymos condensés.

A l’opposé de la doctrine d’emploi des forces de l’ordre vis-à-vis des Gilets Jaunes, que dénoncent les syndicats de police eux-mêmes. Comme si tout était fait pour amalgamer l’image des Gilets Jaunes à la violence, à force de voir un robocop derrière chaque Gilets Jaunes et des scènes de quasi guerre civile les samedi soirs, alors que l’immense majorité des Gilets Jaunes au départ étaient des primo-manifestants aussi pacifiques que n’importe quel citoyen persuadé de son droit à manifester, lequel est en principe garanti par la loi, et qu’autour des ronds-points, avec une conscientisation politique accélérée, c’est une vive solidarité qui s’est développée, la sensation d’appartenir à la même famille.

La violence extrême déployée d’emblée contre les Gilets Jaunes, provocatrice de révolte, se justifie-t-elle par les fameux casseurs montés en exergue ? On n'en trouve pas parmi les blessés graves ni chez les innombrables personnes arrêtées arbitrairement, « préventivement » placées en garde à vue par centaines et empêchées de manifester... On y voit par contre 37 mineurs et lycéens, 49 journalistes, 11 médics, 12 passants…

Des blessés par milliers ! Selon un bilan provisoire, incomplet. En violant les règlements, en visant à la tête, non des émeutiers mais pour disperser… Mme Redouane 80 ans, tuée à son balcon le 1 décembre par une grenade lacrymogène reçue au visage. Dix autres morts, pour la plupart des Gilets Jaunes écrasés sur les ronds-points dans le climat de violences malsaine entretenu d’en haut, 195 blessures à la tête, certaines par tabassage. Benoît 29 ans, touché à la tempe le 1 décembre par un tir de LBD, a du être placé en coma artificiel pendant 20 jours. Christophe a le nez fracturé et le front ouvert par un jet de canon à eau le 1 décembre ! On compte 20 éborgnés dont Richie 34 ans, Jérôme, Patrick, Cédric, Franck 19 ans, Jean-Philippe 16, Ramy 15, Fiorina 20, Jean-Marc 41, horticulteur, Antoine 25, graphiste, Alexandre 37, Arthur 24 ans... 5 mains arrachées, Gabriel 21 ans, Ayhan 50, Frédéric 35, Antoine 26, Sébastien. Et des mâchoires, sinus ou tibias fracassés, des joues emportées, oreilles ou auditions perdues, 3 sexes blessés, etc...

Une mère choquée raconte ce qui est arrivé à sa fille. Vers 11 heures, allant à Bézier en groupes de 3 ou 4 sans nul signe distinctif à une manifestation déclarée, les jeunes furent fouillés puis détenus en garde à vue, ayant dans leurs sacs des lunettes de piscine… une « arme par destination » fort répandue et pour cause ! Placées sous scellés comme pièces à conviction… Les jeunes furent fichés, et à 19 h 30 pour pouvoir sortir du commissariat, ils ont dû signer, et presque tous l’ont fait, « avoir à Béziers le 19/01/2019 participé sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens, faits commis en réunion... ». La loi dite anti-casseur permettra de les consigner lors de futures manifs. Les personnes transférées à Montpellier vu le trop grand nombre d'arrestations se sont vues présenter la même prose.

La vidéo de Médiapart du 16 janvier 2019 : « Violences policières, des blessés parlent » réunit Antoine, main arrachée par une GLIF4 (boule de feu large comme un homme qui vous tombe dessus, aucune chance d'y échapper à moins d’1mètre, dit-il) qui espère au moins que ça n'aura pas servi à rien, Lola, très belle jeune fille blessée à la mâchoire, Dominique, venue en famille à Paris le 24 novembre défendre les services publics. Ils ont été 7 blessés dont ses jeunes neveu et nièce et ses 2 fils. L'un a dû être opéré des 2 pieds, l'autre, touché sur tout le côté droit, gardera des éclats de grenade dans le crâne comme son frère dans les pieds, et une main fantôme. Il était chaudronnier et cela par passion, ce qui est fini pour lui. Quand Gabriel est tombé, des gens en cercle ont courbé le dos pour le protéger sous les lacrymos qui pleuvaient toujours. « On ne comprend pas » répète sa mère, « des armes de guerre... ». « Je suis restée bloquée rue Roosevelt ». Elle le dit. On le sent. Sidérée en état de choc devant son fils mutilé.

Tous trois ont porté plainte pour que ça cesse. Ils sont posés, mesurés, sans haine. Beaux et poignants. Marqués à vie.

43 blessés ou mutilés par les forces de police ont publié un manifeste pour l’interdiction immédiate des LBD et grenades. Des médecins, constatant la gravité des blessures, ont lancé une pétition pour un moratoire.

Le gouvernement qui ordonne cette barbarie se prétend à l’écoute des Français. En espérant bien retourner le reste de la population contre les Gilets Jaunes, comme s’il était normal quand on manifeste de faire 3 petits tours sans jamais obtenir justice. C’est la démission du gouvernement qui serait proportionnée. Et le changement d’institutions, prêtes pour un régime dictatorial qui ne dit pas son nom.

Gdalia Roulin, le 18 février 2019.

A l’heure où je publie ce texte, ça continue. David Dufresne et Médiapart recensent 206 blessures à la tête, 22 éborgnés, 5 mains arrachées, et parmi les victimes 37 mineurs et lycéens, 56 journalistes, 14 médics, 17 passants…

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