Toujours se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent… !

Notre civilisation fonctionne dans une logique de guerre généralisée, tant vis-à-vis de l’écosystème qu’il s’agirait de domestiquer pour l’exploiter sans limites, que vis-à-vis d’une économie dominante largement fondée à partir de productions de guerre, directement ou par recyclage, que dans sa conception concurrentielle de guerre commerciale mondialisée. Or, c’est l’entraide qui favorise la vie.

«La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent» Einstein

Que le coronavirus soit échappé d’un laboratoire de Wuhan (à demi financé par la France) ou venu d’animaux sauvages vendus sur des marchés, qui n’ont plus leurs espaces naturels pour vivre, cela témoigne dans les deux cas des effets mortifères de notre civilisation, qui fonctionne dans une logique de guerre généralisée tant vis-à-vis de l’écosystème (qu’il s’agirait de domestiquer pour l’exploiter sans limites et dont elle finit par menacer tous les équilibres) que vis-à-vis d’une économie dominante fondée beaucoup plus qu’on n’ose l’imaginer à partir de productions de guerre, directement ou par recyclage, que dans sa conception concurrentielle de guerre commerciale mondialisée.

Si collectivement nous ne changeons pas nos façons de voir et nos pratiques, nous aurons d’autres pandémies plus graves les unes que les autres, et d’autres catastrophes liées aux changements climatiques et aux pollutions gigantesques que nous avons semées.

Le «confinement» n’est qu’un palliatif pour éviter le débordement des hôpitaux. Et il y aurait beaucoup à dire quant à la logique financière qui a présidé au sabotage de ce service public, entre autres, depuis des décennies. Sous prétexte d’équilibre budgétaire dont on voit à quel point l’État peut passer au-dessus quand il veut.

Tout comme en 2008 chacun s’accordait à dire qu’il fallait moraliser le capitalisme, M. Sarkozy prétendant même avoir supprimé les paradis fiscaux (en réalité les dettes des banques ont été transférées aux collectivités par différents biais), aujourd’hui chacun reconnaît que la recherche quasi exclusive du profit financier ne peut aboutir à une production réellement utile. Nous constatons que sans «économie réelle», le capital ne sert strictement à rien, car la monnaie quelle que soit sa forme n’est qu’un moyen d’échange, dont on a fait aussi une marchandise certes, mais qui ne satisfait en elle-même aucun de nos besoins essentiels, tels que manger, se soigner, s’abriter… Sans nourriture, sans personnel soignant ou matériel adéquat, sans bâtiments, l’argent seul ne sert à rien. Et les capitalistes ne sont pas ceux qui fournissent l’argent supposé indispensable, ce sont ceux que l’on subventionne à coups de milliards quand ils risquent la faillite, et qui parasitent les travailleurs et la société.

Mais nous sommes tellement conditionnés à penser «coût» en monnaie, et à consommer des produits standardisés ! L’exemple des masques est flagrant. Les «décideurs» ont très vite su qu’ils étaient nécessaires pour limiter la propagation de l’épidémie, mais ils n’ont surtout pas eu l’idée, dès le premier jour, de faire savoir à tous comment fabriquer soi-même un masque efficace, protecteur pour soi et les autres, et, pourquoi pas, de fournir les tissus et élastiques aux mairies pour répartition immédiate. Serions-nous donc devenus incapables au point de ne pas pouvoir coudre chacun un bout de tissu (pour soi et pour ceux qui ont des difficultés à coudre, ce qui ne saurait constituer la majorité de la population!) ? Les officiels ont géré la pénurie car ils ne pensent qu’en termes d’industrie et de commandes massives. Les initiatives furent donc individuelles, et il aura fallu patienter 2 mois pour que la distribution, parfois gratuite mais aussi payante, commence à s’organiser à partir de productions de masse centralisées, alors que les personnels soignants sont toujours sous-équipés de façon scandaleuse.

Aujourd’hui encore les sociétés de capitaux sont les premières servies. Va-t-on encore dire ensuite que nous sommes des peuples endettés vivant au-dessus de leurs moyens ? Non seulement les aides de l’État ne prévoyaient à l’origine aucune condition, environnementale par exemple, en attribuant 7 milliards à Air-France ou 5 milliards à Renault, ce qui évolue un tantinet sous la pression citoyenne, mais il ne semble pas venir à l’esprit des dirigeants que ces renflouements devraient donner à la collectivité un droit de propriété sur ces entreprises… ce qui serait pourtant on ne peut plus normal selon la logique en vigueur : qui paie s’approprie.

Ce virus nous aura au moins permis de revoir un ciel redevenu beaucoup plus pur, d’un bleu magnifique. Et une faune qui reprend vie sous nos yeux émerveillés. Ce qui est une raison de plus de vouloir réorienter l’économie hors des cercles vicieux qui nous contraignent habituellement : les traités dits « de libre échange », la course aux rentabilités financières d’une part et aux emplois assujettis de l’autre, avec le travail considéré comme une charge, les délocalisations et les bilans écologiques catastrophiques.

Au contraire, il faut organiser l’égalité des droits économiques, une planification décidée par les citoyens eux-mêmes, supprimer les métiers nuisibles, développer les «communs», l’entraide, les SCOP, les TPE et PME, selon des circuits aussi courts que possible, en promouvant notre propre biodiversité humaine et des principes d’utilité sociale et de sobriété favorables à la santé sous tous ses aspects.

Gdalia Roulin, le 4 mai 2020.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.