Des nouvelles d'Haïti ? TAFTAiennes !

Malgré la désorganisation prolongée du pays et juste après le passage d'un nouvel ouragan début octobre, élection présidentielle en Haïti le 20/11/2016 à 78% environ d'abstention. Mais qu'est-il advenu de l'aide internationale qui fit tant de bruit médiatique après le tremblement de terre du 12/1/2010 ? Elle sert à court-circuiter la souveraineté des Haïtiens au profit des firmes des USA.

Tremblement de terre de magnitude 7,3 le 12 janvier 2010, et ses répliques : Port-au-Prince et quelques autres villes ne sont plus que décombres. Dans l'émotion générale s'organise l'aide internationale. Pour quel résultat 7 ans après ? Les 11 milliards de « dons » agglutinant prêts, sommes déjà budgétées et autres promesses ne sont pour la plupart jamais arrivés. En 2014, 172.000 personnes vivaient toujours sous des tentes et n'avaient qu'un accès restreint à l’eau et à l'assainissement...

Mais le PIC (Parc Industriel de Caracole) fut inauguré triomphalement le 22 octobre 2012 en présence du couple Clinton. Bétonnant le « grenier à blé » du nord-est d’Haïti comme font tant d'autres « grands projets » destructeurs de terres vivrières, et polluant la zone côtière de pêche, il fut financé en partie par les fonds de reconstruction attribués après le séisme, selon un vaste plan d'aménagement du territoire, orchestré par les USAet préexistant à la catastrophe, coordonnant projets touristiques et miniers avec des zones franches (dont le PIC) conjuguantavantages fiscaux, juridiques et commerciaux. A Caracole plus de 9.000 ouvriers dont 2/3 de femmes s'épuisent de l'aube au soir pour une filiale de la multinationale sud-coréenne SAE-A, leader dans la fabrication de vêtements de marque (Walmart etc) et ayant ses entrées aux USA, ceci pour un salaire qui permet à peine de vivre. Des salariés sont (mal) logés sur place dans un village étriqué et clôturé : à l'entrée il faut dire à un garde armé qui l'on vient voir ! A part l'école financée par l'entreprise, il n'y a aucun service, pas même un marché. Coup double ! Des victimes sont « relogées » et à disposition de la multinationale pour une paie dérisoire. Des privilégiés puisque la pauvreté croît en Haïti, 80 % de la population y survit avec moins de 2 $ par jour et plus de la moitié avec moins d’1 $ !

Non contents d'avoir depuis des décennies déforesté massivement et détruit la couverture végétale de l'île, de telle sorte que les bois précieux qui poussaient à profusion ont disparu et que la terre attaquée par l'érosion devient aride, les néocolonialistes poursuivent et leur emprise et leur politique prédatrice.

Jusque dans les années 1980 les Haïtiens satisfaisaient eux-mêmes à leurs besoins. Des variétés de riz rustiques plus résistants, plus nutritifs et moins gourmands en eau que le riz importé, des haricots, maïs, patates douces, manioc etc.poussaient sur l'île. Mais les puissances étrangères ont sans cesse œuvré à soumettre Haïti au jeu de l'import (de nourriture bas de gamme voire OGM en ruinant l'agriculture locale) et de l'export (de spécialités ou produits de luxe - textiles, composants électroniques, balles de baseball - fabriqués à bas coût) qui rendent les peuples dépendants et impuissants. Aujourd'hui Haïti importe 60 % de sa nourriture y compris du sucre (!), et du riz, aliment principal de la population maintenant importation étrangère à 80 % ! Les rizières ont été abandonnées victime du dumping du riz américain subventionné, et les spéculateurs en Bourses fixent maintenant les prix. Le prix du riz a augmenté de 65 % en 2007, celui de la farine de 83 %, provoquant des famines.

Tandis que le taux de chômage frôle 70 %... Des centaines de milliers de paysans peuplentles bidonvilles de Port-au-Prince et fournissent une main d'œuvre à bas prix aux « ateliers à sueur » américains(texto : sweat shops)situés dans les zones franches, phénomène similaire à celui qu'on observe au Mexique depuis 20 ans avec l'ALENA. A quand les importations de café, de mangues et de fruits de l'arbre à pain et autres merveilles qui jadis poussaient librement sur un sol riche et luxuriant ?

Depuis 2013 une proposition de loi d'exploitation des bassins miniers (très riches : or, bauxite, cuivre, carbonate de calcium, pierre à chaux, marne, pétrole...) est aux mains des seules firmes assistées de la Banque Mondiale, dans une opacité comparable à celle des négociations du TAFTA et Cie.

Malgré l'indépendance de l'île arrachée en 1804 par la révolte victorieuse des esclaves, les pratiques néocoloniales n'ont jamais cessé. La Franceextorqua manu militari à Haïti, pour accepter de ratifier son indépendance, une rançon que Haïti se ruina à verser de 90 (initialement 150) millions de francs-or+ les intérêts et agios d'emprunts à Paris dès lors inévitables (30 millions dès la première échéance en 1825). En effet les anciens propriétaires d'esclaves voulaient être dédommagés de leurs « pertes » causées par l'indépendance d'Haïti et l'abolition de l'esclavage. De même que les transnationales actuellesrançonnent les États dont les lois empêcheraient leurs profits futurs escomptés, grâce aux traités dits de libre échange et aux tribunaux « d'arbitrage »... La France exigea aussi l'ouverture d'Haïti au commerce extérieur mondial, ens'octroyant un tarif préférentiel de moins 50 %. En 1880 la Banque Nationale d’Haïti est entièrement contrôlée par la banque française Société Générale de Crédit Industriel et Commercial qui gère donc les finances haïtiennes, et qui refusera de financer les entreprises haïtiennes qui se développaient dans les secteurs du tabac, du sucre, du café, du cuir, de la glace, des vêtements, du bois, des vivres, des confiseries, des médicaments ou du transport maritime...

La perpétuation de « la dette » a servi de tous temps à soumettre le pays à une domination extérieure. Entre 1957 et 1986, la dette extérieure a été multipliée par 17,5 par les Duvalier. Au moment de la fuite de l'héritier, son montant était de 750 millions $. Or la fortune de la famille Duvalier sur les comptes des banques occidentales s'élevait alors à 900 millions $, mais aucune « démocratie occidentale » n'exigea le reversement à Haïti de ces sommes détournées. Plus encore, le gouvernement français accorda le statut de réfugié à Duvalier fils, lui offrant ainsi l'immunité. Sur les fonds gelés par la banque suisse UBS, la justice suisse ne restituera à l’État haïtien que 6 millions $ en 2010.

En 2006 le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris admettent Haïti dans l’initiative « Pays Pauvres Très Endettés » (PTTE). La dette publique extérieure totale était alors de 1.337 millions $. En juin 2009 à la fin de la manœuvre, avec le jeu des intérêts et des pénalités la dette était de 1.884 millions $ ! Réduite à 350 millions $ après le tremblement de terre, ellea triplé avec le gouvernement Martelly (l'homme du « Haïti is open for business » élu fin 2010 sous la pression des USA à une participation inférieure à 30 %). En juillet 2013 la dette dépasse le milliard $ sans que jamais ces prêts-emprunts odieux n'aient profité à la population haïtienne qui se trouve au contraire paupérisée de tous côtés et privée de son autonomie.

Pour leur part les USA n'avaient reconnu Haïti qu'en 1862, après leur propre abolition de l'esclavage.

Fin 1914 les USA prirent le relais hégémonique, l'armée US commençant par braquer la Banque Nationale d’Haïti qu'ils délestèrent de sa réserve d'or. Depuis les USA occupent militairement Haïti et décident de tout, y compris de la Constitution du pays, soit directement soit par dictateurs interposés comme les Duvalier père et fils de 1957 à 1986 soutenus par eux, ou hommes de paille désignés selon des méthodes électorales contestables. Quand un récalcitrant tel M. Aristide première manière est élu, ils fomentent coup d’État et corruption.

En 2010, les USA ont envoyé 164 bateaux militaires et un seul bateau hôpital. La Minustah, Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti,installée depuis 2004, qui coûte 180 millions $/an et d'où est partie l'épidémie de choléra de 2010,permet surtout de contrôler les implantations des entreprises. Présidée par Bill Clinton et le premier ministre haïtien, la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) établie en 2010 met de fait les Haïtiens sous tutelle. Elle gère la majeure partie de l’aide internationale, et 95 % des contrats signés bénéficient aux entreprises US. Même le ramassage des débris du séisme a été confié à des entreprises états-uniennes qui ont touché presque 1 million $ alors qu'en février 2011 moins de 10 % des débris du séisme avaient été ramassés.

Le gouvernement Bush avait décidé qu’Haïti serait un producteur d’agro-combustibles prioritaire, que 25 % du territoire de l'île serait consacré à la production de jatropha, etpendant le séisme, profitant de la faiblesse institutionnelle pour introduire des OGM, la firme Monsanto a fait « cadeau » de 450 tonnes de semences d'origine inconnue. Deux grandes mobilisations paysannes en juin 2010 et 2011 ont exprimé le refus totaldes semences OGM par les paysans et leur détermination à défendre les semences natives.

Sous couvert d'aide humanitaire et avec l'appui de grosses ONG court-circuitant les Haïtiens, les USA poursuivent leur politique néolibérale. Cette occupation coûte 600 millions $/an. Ce serait moins cher, juste et humainement efficace d'exonérer Haïti de « dettes » odieuses entretenues artificiellement qui n'ont servi qu'à contraindre la population au bénéfice des créanciers, et enrichi 20 familles corrompues complices des envahisseurs au détriment du pays.

Mais la « dette » permet au FMI et à la Banque mondiale d'imposer à Haïti ses « ajustements structurels », et son « appui à la réforme de la gestion économique », le gouvernement devant obligatoirement recruter des « consultants internationaux spécialisés dans la passation des marchés » et brader le secteur public au privé, tout comme cela se passe en Europe sous prétexte de règle d'or budgétaire autrement dit « Mécanisme Européen de Stabilité », et de traités dits de libre échange qui ouvrent la porte à la gouvernance des sociétés transnationales privées.Les Institutions Financières Internationales contraignent aussi Haïti à réduire ses droits de douane, ce qui a fait s'effondrer le marché local au profit des importations surtout américaines. Les pilons de poulets chlorés de M. Bush père ont remplacé le cochon noir antillais… Tandis que l’accord de partenariat économique (APE) imposé par l’UE à Haïti en 2008 a instauré la libéralisation totale des mouvements de capitaux et de marchandises…

De l'art de réduire à la misère et à l'aridité le plus beau, le plus riche et le plus fertile des territoires.

Gdalia Roulin, le 8 novembre 2016.

 

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