Gilets Jaunes et Assemblées

Le parlement ne représente pas plus les Français que le gouvernement : les ¾ des députés sont opposés aux Gilets Jaunes, réprimés par la force alors qu'ils sont soutenus par la majorité des citoyens. Les Gilets Jaunes, en constituant partout des assemblées de base indépendantes, que leur «assemblée des assemblées» a appelé à fédérer, instituent dans les faits une forme de démocratie directe.

Les 26 et 27 janvier se tenait à Commercy (Lorraine) une « assemblée des assemblées » des Gilets Jaunes, regroupant une centaine de délégations d'assemblées locales. L'appel issu de ces rencontres peut se voir en vidéo, les paragraphes successifs étant lus par différents participants. Et des centaines d'assemblées continuent à élaborer leurs revendications.

Elles exigent l'éradication de la précarité et de la misère, le partage des richesses, la justice sociale et fiscale, la révision des conditions de travail, l'augmentation immédiate des salaires, minima sociaux, allocations, pensions, l'interdiction de trop gros écarts de revenus… Un droit inconditionnel au logement, à la santé, à l'éducation, aux services publics pour tous. Elles veulent l'égalité, la prise en compte de tous quels que soient sa nationalité, son handicap, son sexe. La fin de l'abandon des quartiers populaires, du monde rural, des outremers.

Elles réclament la transition écologique, la fin de la précarité énergétique et des pollutions industrielles.

Et la démocratie réelle. Avec RIC et constituante. Il ne s'agit pas d'un référendum ponctuel au bon vouloir d'élus, fut-il à questions multiples. Le RIC est une nouvelle façon de prendre des décisions ou des lois, à l'initiative des citoyens, par et pour le peuple disait-on en 1789.

Les Gilets Jaunes appellent enfin à constituer partout des comités, à construire de la base un mouvement de grève jusqu'à satisfaction des revendications, et à fédérer les assemblées, instituant ainsi dans les faits une forme de démocratie directe.

Face au mouvement qui dure depuis le 17 novembre 2018, le gouvernement a déployé les procédés habituels pour diviser et mater : mépris, dénigrement, intimidations, séduction, mensonges. Le « grand débat national » verrouillé est une vaste opération de com au profit de M. Macron. La répression mise en œuvre est la plus violente connue en France depuis plus de 60 ans ! (Plus de 3000 blessés dont 2000 manifestants. 100 blessés graves (parfois par coups de matraque portés à la tête). Des armes en masse qui mutilent des citoyens désarmés. A l'opposé des paroles du préfet Grimaud en 68 : « Frapper un manifestant à terre, c'est vous frapper vous-mêmes, car vous représentez la République », les policiers reçoivent consigne d'aller « au contact » et de faire monter la tension, mettant ainsi en danger manifestants et policiers. Les manifestants (pas les casseurs, mais ceux qui sont encore sur place ou qui passaient par là) sont chargés, gazés et éventuellement tabassés dès 16 heures, ce qui évite les dialogues de fin de manif et autres échanges d'adresse, et permet de monter en exergue les violences au lieu de se concentrer sur le message porté par ceux qui manifestent.

Alors que le procureur de Paris est habituellement choisi sur proposition du Conseil supérieur de la magistrature, il y a 4 mois M. Macron a rejeté les 3 noms proposés pour imposer le sien.

La justice est instrumentalisée.

Contre les citoyens. Tous les procureurs (dont la carrière dépend du gouvernement) ont reçu des consignes d'extrême « fermeté » : arrestations préventives, gardes à vue à la pelle, condamnations arbitraires.

Par ex. dans l'Aude condamnation à 6 mois de prison ferme pour avoir relayé sur facebook un appel à bloquer une raffinerie ! Le témoignage de Nell03 dans le club est poignant : « Je suis une maman choquée... Ma fille, étudiante de 20 ans et n'ayant jamais eu maille à partir avec la justice (pas même pour stationnement gênant, excès de limite de vitesse...) se retrouve fichée comme des milliers d'autres personnes en France depuis le mouvement des gilets jaunes. Son délit ? Avoir été en possession de lunettes de piscine !

Le samedi 19 janvier, une manifestation déclarée et organisée devait se dérouler à Béziers. Le matin, vers 11h, alors qu'elle avait donné rendez-vous à des amis pour aller sur le lieu du rassemblement et qu'ils se dirigeaient, sans gilets jaunes, sur le trottoir, sans gêner la circulation, par groupes de 3 ou 4, un important dispositif de police les a arrêtés. Une fouille s'en est suivie. Comme de nombreuses autres personnes, elle avait dans son sac des lunettes de piscine qu'elle n'a pas cherché à cacher.

Nous suivons tous les informations et savons que les gaz lacrymogènes sont fréquents lors de ces rassemblements. Les lunettes de piscine - ou de ski pour certains- permettent de se protéger et non d'attaquer.

Visiblement, ce n'est pas l'opinion de notre gouvernement. Une partie de ces personnes a été arrêtée sur le champ et gardée jusqu'à 19h30, une autre partie a été convoquée dans différents commissariats le mardi suivant.

Après des heures, ils pouvaient être relâchés s'ils signaient un document déclarant "avoir à Béziers, le 19/01/2019 participé sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens, circonstance que les faits ont été commis en réunion". Tout cela, faisant suite à un relevé complet d'identité, prise de photo et d'empreintes. (J'imagine que ces centaines de personnes étant dorénavant fichées, elles seront sous le coup de l'interdiction de manifester quand la loi "anti-casseurs" - et son article 2 - aura été adoptée…). La quasi-totalité a signé... Pour ceux qui ne l'ont pas fait, car, ils n'ont pas accepté de déclarer qu'ils allaient commettre des violences ou des dégradations avec une paire de lunettes, impossible d'obtenir une preuve de cette convocation, un double de l'entretien ou quoi que ce soit...
Les lunettes n'ont pas été rendues, elles ont été placées "sous scellés" leur a-t-on dit!!! »…

Les Gilets Jaunes réclament l'amnistie pour toutes ces victimes de la répression politique.

La justice est instrumentalisée aussi contre la liberté de la presse. Ainsi Médiapart qui a révélé les connexions de MM. Benalla-Crase avec un proche de M. Poutine soupçonné d’être mafieux, est menacé de perquisition, au prétexte de violation de la vie privée, comme si un tel sujet n'était pas d'intérêt public surtout concernant un très proche du président de la République bénéficiaire de passe-droits exorbitants.

La liberté d'opinion est en danger. Les perquisitions à grand spectacle contre la France Insoumise, renouvelées sans objet ces jours-ci contre M. Bompard, s'attaquent à la meilleure force d'opposition capable de vaincre M. Macron et d'engager à gauche des changements décisifs, France Insoumise qui soutient depuis le début le mouvement des Gilets Jaunes d'autant plus naturellement que leurs revendications rejoignent le programme défendu par la France Insoumise.

Les mêmes scénarios se répètent chaque fois, et aussi à l'international : on dénigre les initiateurs, on prophétise l'insuccès du mouvement, on polémique sur quelques mots en occultant les débats de fond, on joue au gentil et on diabolise l'autre, on réprime réellement par les armes et judiciairement. Et on fait voter des lois scélérates ligotant toujours davantage les libertés publiques.

Ainsi la loi dite « anti-casseurs » actuellement au parlement va interdire la liberté de manifester et criminaliser l'auto-protection, alors que déjà l’État nous fait vivre dans un régime d'état d'urgence devenu permanent. Et d'autres lois liberticides ont été votées sous M. Macron ou sont en projet.

Les trois quart des députés sont contre le mouvement des Gilets Jaunes, réprimé par la force alors qu'il est soutenu par la grosse majorité des Français. Où est la démocratie là-dedans ?

Tout cela est-il acceptable ? Les Gilets Jaunes répondent non. C'est insupportable et les alternatives existent.

Gdalia Roulin, le 11 février 2019

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