Quelle bonne mesure démocratique ?

Question de fond : qui décide quoi ? Quelles sont les échelles de décision pertinentes et d'après quels critères réorganiser entièrement la société et créer des réseaux d'entraide ? Comment centraliser le moins possible pour que chaque citoyen et regroupement de citoyens exercent une autonomie adulte car nous n'avons pas à être tous pareils, et pourquoi se plier dans tous les cas à des majorités ?

En démocratie la souveraineté est censée émaner du peuple. L'exemple espagnol interroge, où l’État central interdit un référendum en Catalogne, et intervient brutalement contre la volonté populaire de pouvoir s'exprimer et s'autodéterminer librement. Tandis que la plupart des policiers catalans se sont cantonnés à voir les festivités et concerts organisés aux entrées des lieux publics plutôt qu'entorse à la légalité, la guardia civil arrachait des urnes et faisait 900 blessés parmi les citoyens venus simplement voter... Quand les Kurdes votent l'indépendance, des États convoitant le pétrole du territoire massent des armées à leur porte... Le rejet du traité constitutionnel européen par les Français en 2005 a été contourné... Bref un référendum est organisé ou respecté si le résultat prévu sert les vues du pouvoir, non pour suivre l'avis des citoyens. Et bien des frontières ont été fixées en dehors des affinités des groupes humains. Où est la démocratie lorsqu'un gouvernement envoie la troupe contre le peuple pour le soumettre, le forcer à se taire, quand bien même ce gouvernement serait censé « représenter » ce peuple ?

Les institutions tendent à se verrouiller à peine mises en place, car elles cherchent à conforter leur position autant qu'à rendre le service pour lequel elles ont été créées, et elles fonctionnent dans un rapport de domination qu'on occulte au lieu de le borner. Comment sortir des options suicidaires imposées d'un sommet hiérarchique par la classe privilégiée du moment historique ? Comment arriver à un fonctionnement politique raisonnable et solidaire (bien loin de la domination financière mondialisée et de la concurrence légalement instituée) visant vraiment au bien-être général, à l'intérêt de chacun conçu selon l'égalité des droits - justice minimum - et respectant les nécessités vitales primordiales telles que la qualité de l'air, de l’eau, des aliments, les cycles naturels permettant à notre écosystème de se régénérer ?

Question de fond : qui décide quoi ? Quelles sont les échelles de décision pertinentes et d'après quels critères organiser entièrement la société et créer des réseaux d'entraide ? Comment centraliser le moins possible pour que chaque citoyen et regroupement de citoyens exercent une autonomie adulte, car nous n'avons pas à être tous pareils, d'ailleurs la standardisation nous fait perdre de nombreux savoirs-faire et nos capacités d'adaptation aux diverses conditions locales. Et pourquoi se plier dans tous les cas à des majorités ? Dès qu'une activité ou un mode de vie n'est pas nuisible à autrui, il devrait être permis de l'expérimenter. Ce pourrait être utile à tous d'en tirer des leçons, afin aussi d'apprendre à économiser nos moyens pour ne pas prendre à la nature davantage qu'elle ne peut reconstituer. Au lieu par exemple de pourchasser les tenants de l'habitat léger, qui se refusent à impacter lourdement la terre comme c'est l'habitude, nous pourrions encourager cette tendance. Et cesser de favoriser les profits des bétonneurs, comme à La Réunion où une catastrophe écologique est en cours avec la construction de la route littoral, sur la mer et ruineuse pour la collectivité, parce que la rentabilité pour l'opérateur privé de ce chantier sera démultipliée par rapport à celle qu'aurait apportée l'amélioration de la route terrestre !

Certes il est bénéfique que la loi soit valable pour tous. Jusqu'au niveau international s'agissant de la sauvegarde de la paix ou de la lutte contre les pollutions, contre le réchauffement climatique etc. Au niveau au moins national concernant le droit du travail… Mais tout n'a pas à être réglementé, afin que vivent les initiatives.

Les gouvernants savent quel ordre social ils défendent, mais ne maîtrisent pas toujours les conséquences de leurs décisions. De plus la rapacité, la cupidité et autres comportements sordides semblent prendre des lettres de noblesse quand elles sont exercées au plus haut niveau, qualifiées de raison d’État ou d'intérêt supérieur de la nation, soi-disant. Quelles aberrations ! Construire exige plus de réflexion et de patience que guerres et persécutions. Les vainqueurs (provisoires mais ayant effacé les vaincus) font régner leur idéologie et écrivent l'histoire, et on appelle réalisme la résignation à un état de fait, alors que la réalité va bientôt nous rattraper et l'espèce humaine disparaîtra si elle n'apprend pas à compter avec les limites intrinsèques de son monde.

Arriverons-nous à inventer et mettre en œuvre un fonctionnement réellement à échelle humaine, sensé et bénéfique pour tous ?

L'autonomie suppose une structuration nouvelle de la société, où l’État sous sa forme actuelle ne serait qu'un intrus. L'échelon national n'a pas à diriger mais à servir dans des conditions définies. Pour que cela ne mène pas à une déconcentration vers des constellations de régions autonomes fédérées reconduisant des féodalités déjà aux commandes, et maintenues sous la coupe du marché mondialisé triomphant, pour vivre vraiment libres, il faut complètement déconnecter l'économie de l'emprise des puissances d'argent privées qui règnent aujourd'hui, et nous affranchir des traités commerciaux qui confondent richesse des nations et exportations. Au contraire relocalisons au maximum les productions, conçues pour répondre à de vrais besoins sans polluer, avec des objets solides, utiles, qui pourraient être beaux. La concurrence obligée est une aberration. Organisons l'autonomie vivrière pour tous, libérons nos créativités et selon les sujets et les territoires développons l'entraide et la coordination en partant de la base, mettons en œuvre en paix des solidarités intelligentes, utiles et efficaces.

Gdalia Roulin, 9 octobre 2017.

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