Droit-de-l'hommistes versus Zozos

En écho aux billets sur les persécutions contre les migrants ou réfugiés, et contre les Roms (cf. blog de Juliette Keating) voici une courte synthèse parue dans notre journal local de la conception de l'hospitalité du gouvernement français, qui n'a guère varié de l'UMP/LR au PS sans parler de certains maires PC et de ceux du FN.

Le 26 septembre M. Hollande est venu affirmer à Calais que le camp sera démantelé d'ici la fin de l'année. Après quoi M. Hollande reviendra, annonce-t-il. On ignore si ces déplacements seront comptés en frais de campagne.

A Calais se prépare la destruction de cabanes où vivent plus de 10.000 personnes sur un lieu où les autorités avaient parqué les gens en 2015. Dont 1.179 mineurs : 94 avec leurs parents, 63 avec de la famille éloignée et 1022 sont seuls, abandonnés par l’État en violation de la loi. Loin d’inventorier les bâtiments et terrains vacants du Calaisis comme l'a demandé le Défenseur des Droits, l'État veut retirer à ces personnes le peu qu'ils ont et le tissu social qu'ils avaient tissé.

Rien de neuf ! Depuis la destruction de Sangatte en 2002 sous le règne précédent, la chasse aux migrants et aux Roms continue bon train. Migrants étant un terme générique : tout est fait avec la complicité de l'OFPRA pour qu'ils ne puissent pas faire valoir leurs droits au statut de réfugiés, et l’État français est capable de renvoyer manu militari dans leurs pays d'origine (Afghanistan, Érythrée, Soudan etc.) des opposants qui y seront torturés ou assassinés, quand ils ne succombent pas aux mains des cerbères français en montant dans l'avion.

On arrête des gens qui n'ont pas pu avoir accès aux plates-formes saturées chargées de pré-enregistrer les demandes d'asile (il faut attendre plusieurs jours à la porte pour avoir une chance d'être reçu alors que la loi prescrit un délai de 72 heures maximum) puis on les expulse y compris vers des pays en guerre ou des dictatures, arguant qu'ils n'ont pas demandé le statut de réfugié.

Nous vivons dans un pays où le pouvoir joue au grand safari anti-pauvres de toutes catégories et anti-dissidents (manifestants, militants, Goodyear et autres Air France...), secondé avec un zèle brutal par une bonne part des forces dites de l'ordre dont plus de 50 % ont viré FN.

Il y a quelques années M. Sarkozy se gaussait de ceux qu'il appelait « Droit-de-l'hommistes ». A présent on voit des notabilités vilipender les « zozos gauchistes » de St-Affrique à Paris (mairies PS). La politique du bouc émissaire mené à la mort ne les choque pas. « Ces gens-là » comme aurait dit Jacques Brel sont des gestionnaires. Des gens sérieux qui savent museler leur cœur face aux impératifs auxquels ils souscrivent : économiques d'abord. Ils sont si bien légitimés par le haut tant ils adhèrent étroitement à l'idéologie du pouvoir en place, que leur rôle de représentation ne les perturbe pas plus que ça. Car eux « savent », le peuple qu'ils méprisent étant destiné à être gouverné au besoin par la force, comme on le voit au quotidien dans les quartiers populaires, comme l'ont vu les Goodyear par ex, comme on a pu le voir dans les manifestations citadines contre la loi de casse de code du travail, et jusqu'à la mairie de St-Affrique de façon caricaturale.

Ce gouvernement comme le précédent œuvre à la division des humiliés et exploités, et tente de rejeter sur le dos des immigrés les problèmes sociaux, comme si les malheureux qui fuient la ruine de leurs ressources vivrières ou/et les guerres pour le pétrole etc. que nos États ont propagées chez eux étaient coupables des attaques à nos conditions de vie, perpétrées par les mêmes puissances que celles qui gangrènent les espaces de vie des autres populations asservies de la planète. A la formule de Sarkozy sur nos ancêtres gaulois qui veut focaliser le débat des présidentielles sur le terrain identitaire répond toute la politique anti-sociale de M. Hollande, tout ceci à la grande jubilation du FN qui attend son tour.

La circulaire du 26 août 2012 « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuations des campements illicites » n'est pas plus respectée par le pouvoir que les diverses lois-cadres sur les droits des personnes, des enfants, la non-assistance à personne en danger.

Savez-vous que des milliers d'enfants seuls, entre 10 et 17 ans, parfois moins, se retrouvent sur les routes de l'exil après avoir vu mourir leurs parents et souvent un ou plusieurs compagnons de route. Ils sont accueillis à Paris par le Dispositif d'Évaluation des Mineurs Isolés Étrangers géré par la Croix Rouge au nom du département (Paris). Comme les dispositifs similaires de nombreux départements, il a pour mission de contester la minorité des enfants dont les droits légaux à hébergement, nourriture, suivi social, éducatif, de santé ne sont alors pas reconnus. Ils sont refoulés à la rue. Certains en meurent, d'autres disjonctent et se retrouvent éventuellement drogués à l'hôpital psychiatrique. Ou repartent. Pourtant plus de la moitié des jeunes qui intentent un recours juridique contre une contestation de minorité obtiennent gain de cause, après des mois d'attente… Ceux qui auront été « pris en charge » avant 16 ans pourront avoir des papiers à leur majorité, les autres non.

Les expulsions à répétition des abris et lieux d'entraide bricolés avec des moyens de fortune par les réfugiés ou les Roms (citoyens européens), les démolitions sans aucune solution non seulement de ces abris de fortune, mais aussi des maigres biens de ces personnes : matelas, couvertures, etc. malgré les textes de loi protégeant les droits humains, les entraves au contraire à l'accès aux droits et les interdictions de travailler, la dispersion organisée des gens, relèvent d'une politique criminelle (et de surcroît coûteuse). Elle ne fait que déplacer les bidonvilles en stigmatisant et précarisant toujours davantage, vouant ces personnes à l'instabilité, détruisant tout ce qu'elles commencent à construire.

A Paris (où il existe 100.000 logements vides et où Mme Hidalgo veut dépenser 6 millions € pour construire 2 camps de transit) les migrants ont subi tout l'été des violences policières, réveillés sur leur bout de trottoir par des coups, grenades lacrymogènes, tasers, ont subi des charges et des lâcher de chiens, les vols et destructions de leurs tentes et couvertures, de leurs effets personnels, avec insultes racistes… qui n'épargnent même pas les enfants. 14 rafles en août avec de nombreux blessés... Et la mairie n'a rien trouvé de mieux entre autres que de fermer les toilettes publiques proches des campements !

D'autres font poser des grillages ou prennent des arrêtés anti-stationnement… Au lieu d'aider les gens à se loger, la ville démolit comme à Montreuil.... Cette situation se répète dans de nombreuses villes. Et des bénévoles solidaires eux aussi sont inquiétés, molestés, placés en garde à vue…

Cette situation se répète dans de nombreuses villes.

En France (chiffres de 2012) : 141.500 personnes à la rue dont 30.000 enfants.

Est-ce ainsi que vous voulez vivre ?

Gdalia Roulin, 26 septembre 2016.

 

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