Macron II

Dès M. Macron élu, les médias ont repris leur glose sur sa jeunesse et le bien-fondé de son projet pourtant ultra-libéral. Faut-il lui donner une majorité godillot aux législatives ou construire une ferme opposition sur un vrai programme de gauche ?

Le FN est resté à la porte de l'Élysée. C'est heureux, si l'on veut bien se rappeler comme dit M. Hamon les cohortes racistes et sexistes d'«intégristes, vichystes, nostalgiques de l’OAS, néonazis et identitaires, cachés derrière sa vitrine légale».

Cependant M. Macron à peine élu, les médias vantent sa jeunesse et prédisent le rajeunissement du personnel politique à sa suite qui serait synonyme d'élan nouveau. C'est négliger le fait que les jeunes ont voté en majorité pour M. Mélenchon (30 %) et c'est vite oublier que l'âge ne fait rien à l'affaire. Il ne s'agit pas d'un concours de beauté ni de vitesse, mais de conduire la politique du pays. Les apparences n'augurent en rien du contenu.

Donner une majorité à M. Macron pour qu'il puisse mettre en œuvre sa politique sans obstacle ? Il y a un hic. Sa ligne est archie-connue, il suffit de voir son parcours sans faille, ses choix constants confirmés par son projet de campagne. Hormis son âge, M. Macron n'a rien d'original en tant qu'homme de pouvoir. Énarque, haut fonctionnaire puis associé à la banque Rothschild, il participe à la commission Attali qui s'attaque entre autres au droit du travail, et devient conseiller au plan économique de M. Hollande dès l'élection de 2012, avant de devenir ministre de l'économie et de nous infliger les lois Macron (qui ouvre des brèches) puis El Khomri qui démolit le code du travail et que M. Macron aurait voulu plus dure encore. Il veut légiférer dans ce sens dès juillet par ordonnances ! Sa retraite par points va semer l'insécurité et la pauvreté au profit des assurances privées et des jeux boursiers, et casser les solidarités.

M. Macron n'a rien d'écologiste et ne prévoit pas l'arrêt du nucléaire. Il ne veut pas quitter l'OTAN. Nous avons un « chef de guerre » au lieu d'un homme de paix. Il s'intègre parfaitement dans le cadre de l'OMC avec sa mondialisation au service des transnationales, sacrifiant les services publics aux profits des grands groupes. Il ne remet pas en cause le TSCG, traité budgétaire Merkel-Sarkozy-Hollande, ni le MES, mécanisme européen de stabilité, qui condamnent les classes laborieuses à l'appauvrissement généralisé. Il est favorable aux CETA, TAFTA, ACS, aux accords de libre-échange qui ruinent des pays entiers et mettent l'Afrique à la merci des transnationales. Sous prétexte de créer des emplois, les dons d'argent public au grand patronat par centaines de milliards sous le quinquennat Hollande vont s'accentuer (subventions directes +exonérations). Il veut aggraver la dérégulation financière grâce à quoi le pays s'est endetté pour renflouer des banques casino.

C'est une catastrophe… annoncée. La prophétie auto-réalisatrice des sondeurs donnait Macron-Le Pen au 2e tour depuis des mois, M. Macron nominé meilleur rempart au FN, dont la présence au 2e tour était obsessionnellement martelée. C'est faux. Rien n'était obligatoirement joué d'avance. Certains électeurs ont cru utile de voter Macron dès le 1er tour, ou n'ont pas cru que M. Mélenchon pouvait passer (vis-à-vis de lui les sondages étaient revus à la baisse et beaucoup moins exacts...). Mais si nous la lui laissons mener, la politique de M. Macron sera le meilleur marchepied pour le FN. Et nous voici, ayant évité la haine brutale à court terme, devant le dauphin de M. Hollande, dont la politique était pourtant la plus impopulaire qui soit. Avec un président qui n'a certes aucune intention d'initier un processus constituant de démocratisation.

M. Macron est pourtant élu par une petite minorité d'électeurs, ce qui prouve l'hypocrisie de cette soi-disant démocratie où nous choisissons de prétendus représentants aux pouvoirs exorbitants au lieu de choisir ce que nous voulons faire, ceci sans qu'ils aient pu développer sérieusement leur programme, sans vrais débats ni rappel précis des actes qu'ils ont posés, avec une campagne semée de calomnies contre le seul candidat menaçant la suprématie du système en place (M. Mélenchon) et cela continue d'ailleurs, les médias parlent d'intransigeance etc. au lieu de reconnaître l'honnêteté de M. Mélenchon qui refuse les combines d'appareil habituelles pour se distribuer les places, et veut des alliances sur le programme construit par la France Insoumise depuis 1 an.

Au 1er tour M. Macron a obtenu 18,19 % des inscrits, soit 8.657.326 voix sur 47.581.118 électeurs (abstraction faite de près de 12 millions de mal ou non-inscrits). Parmi eux 41 % pensaient faire barrage au FN, puisque c'est ce que nous ressassait la voix de son maître. Restent 5.107.822 voix. Et seuls 10,7 % environ des votes étaient d'adhésion, environ 926.334 électeurs aussi enthousiastes eussent-ils été !

Ce 1er mai à Paris des manifestants ont subi de violentes charges de police. Il y a eu des blessés. M. Macron a paradé sans s'en soucier. Je n'imagine pas M. Mélenchon à sa place ne s'insurgeant pas contre de telles brutalités. Les lois Macron et El Khomri, M. Mélenchon veut les abroger et établir des droits nouveaux pour les travailleurs et les citoyens.

La seule chose que ne peut pas décider M. Macron pour l'heure, c'est quelle majorité parlementaire va sortir des législatives. Une armée de godillots, ou une opposition de gauche forte et affirmée, constituée autour du programme de la France Insoumise, le seul qui soit complet, cohérent, humaniste et facteur de paix ?

Gdalia Roulin, 15 mai 2017.

 

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