L'été est arrivé, la saison des vacances, la belle saison. Nous cultivons d'arrache-pied nos jardins, nous courons de fêtes en festivals, nous touristons, la bonne humeur se réchauffe au soleil…
Déjà l'ambiance survoltée et délétère entretenue par le gouvernement précédent n'est plus qu'un souvenir agressif qui s'efface. L'actuel gouvernement fait dans le sérieux et affiche sa discrétion, un peu plus d'humanité, et son respect des institutions - celles pourtant de la 5ème république, celles qui permettent de fait un fonctionnement quasi monarchique, quoique parlementaire. Il affirme aussi, et concrétise, sa volonté de dialogue social ... avec les notables installés des organisations dites « représentatives », qui ne représentent pourtant qu'une minorité de citoyens - une de plus, puisqu'en fait le gouvernement lui-même ne représente véritablement, chiffres à l'appui, qu'une minorité de Français.
Ce serait trop démocratique, trop réellement socialiste sans doute, de prendre l'avis de tous les citoyens, et de le respecter. Néanmoins, certains étant plus égaux que d'autres, quasiment de droit divin, c'est-à-dire du droit de la croissance des produits financiers, Shell et Areva ont déjà obtenu de franches avancées plus que significatives !
Le consortium « Guyane maritime », qui regroupe Shell, Total et leurs partenaires britanniques, allait, en vertu d'un contrat négocié depuis de longues années, ouvrir un chantier de recherches d'hydrocarbures le 26 juin 2012 en Guyane française. Ne manquaient plus aux pétroliers que l'autorisation d'exploitation pour commencer leurs onze forages à 6 000 mètres de profondeur au large des côtes guyanaises.
Alors que le gouvernement lui-même énonçait quelques jours auparavant que les risques d'impact écologique n'avaient pas été étudiés correctement, et ce malgré le risque patent d'une tragédie comme celle du golfe du Mexique récemment, ce qu'aucun déversement d'argent (sale, cette industrie est sale et meurtrière) ne pourra jamais « réparer », sous la pression de Shell France, monsieur Ayrault, appuyé par messieurs Fabius et Montebourg et sous couvert du président Hollande, a signé les arrêtés d' exploitation le 19 juin, et la ministre de l'écologie a été changée ... Le non-octroi des permis permettait au consortium de réclamer des indemnités « de retard », que ce gouvernement se serait probablement cru obligé de payer, ce que je ne trouve absolument pas normal, puisque ce gouvernement n'avait encore rien signé lui-même, sans parler des insuffisances criantes du dossier. De plus Shell France avait fait savoir à tous les élus intéressés, un par un, qu'en cas de refus, les 600 emplois en jeu à Pétroplus en Seine-Maritime, ne seraient plus « garantis », tandis qu'avec les forages ils le seraient, et 600 embauches seraient en vue outre-mer. Et puis avec les forages, les pétroliers s'engagent à divers financements ( une paille pour eux ! ) d'apparence fort vertueuse, qui serviront en réalité à leur promotion et à celle d'élus locaux, et dont, sans rire, 2 millions d'euros devront favoriser « le développement économique local et durable » !
Chantages et marchandages à la petite semaine, supposés être « réalistes », importent donc davantage que le saccage annoncé qui risque de venir polluer les activités de pêche et de tourisme qui alimentent la Guyane. (Combien d'emplois vivriers vont être détruits ? Quid des conditions de vies ?).
Quant aux dispositions permissives et laxistes du code minier, celles qui disent qu'un permis de recherche est octroyé pour tous types d'hydrocarbures : c'est-à-dire que les forages d'hydrocarbures appelés conventionnels peuvent se transformer en forages de « gaz de schistes » sans autre forme de procès, elles seront revues, est-il annoncé, mais...quand ?
Au lieu de signer ces "bons à polluer", le gouvernement n’aurait-il pas dû corriger sans attendre un code minier scandaleux et légiférer sérieusement pour interdire les forages dévastateurs.
Gdalia Roulin, le 9 juillet 2012.