Séismes gaziers

On n'entend plus beaucoup parler de gaz de schistes, alors que la question est d'une actualité brûlante puisque le gouvernement français vient de donner 5 permis et que le remaniement du code minier est en passe de bien simplifier les affaires pour les pétroliers selon des procédés qui une fois de plus bafouent la démocratie et les droits des populations, à coup d'articles qui vont éviter la consultation du parlement et celle des citoyens. Pourtant là où sévit cette industrie la catastrophe, fort prévisible, est avérée. Outre les pollutions démentielles aux substances chimiques et aux métaux lourds, l'un des aspects qui furent sous-évalués est maintenant bien documenté : les forages provoquent des tremblements de terre, ce à quoi s'ajoutent les remontées radioactives et des fuites massives de gaz à effet de serre, dont le méthane qui réchauffe le climat 100 fois plus que le CO2.

Depuis 30 ans, le nombre de séismes induits par l'homme a grimpé de 1000 %.

Le séisme induit résulte soit d'une explosion intense, soit de rééquilibrages micro-géologiques suite à de vastes chantiers ou à l'extraction, l'injection, le déplacement ou l'accumulation de « fluides géologiques » (gaz, pétrole, liquides) créant des augmentations ou des baisses de pression et des déficits de masse.

Aux USA les séismes augmentent corollairement à la production de gaz de schistes dans des régions historiquement calmes. Avant 2011, le plus important séisme dû à l'industrie gazière, de magnitude (disons M°) 4,8 survint en 1967 près de Denver (Colorado). Toujours au Colorado en 2013 l'inondation de milliers de puits de forages dispersa les toxiques partout dans la nature, les champs, les maisons. Les séismes eux aussi répandent les poisons en surface et en profondeur.

L'Oklahoma, loin des grandes failles géologiques, voyait 1 ou 2 séismes/an avant 2008, d'une M° supérieure à 3, à présent c'est 2/jour, beaucoup plus qu'en Californie. La quantité de séismes a été multipliée par 20 entre 2009-2011, la situation de l'Arkansas, du Texas, de l'Ohio et du Colorado étant similaire. Le 6/11/2011, séisme de M° 5,7 à Prague (Oklahoma) précédé d'un séisme de M° 5, suivi d'un millier de répliques. Il fut ressenti dans 17 États des USA à 1000 km de distance, détruisit 15 maisons, fit 2 blessés et tordit l'asphalte. Il était de la même force que celui de 1986 au Salvador qui fit 1500 morts. En 2015, les 600 séismes sont déjà dépassés, l'un d'eux de M° 4,5 à Crescent, faisant trembler les murs et fracturant le bitume.

En Ohio, la fracturation a causé un séisme de M° 4 dès 2011 à Youngstown. La fermeture d'un puits fait alors baisser la sismicité en un mois, ce qui ne signifie pas que les dégâts soient réversibles. En mars 2014 des secousses dont deux de M° 3 et 2,6 résultent à nouveau de fracturations.

En Arkansas un moratoire de juin 2011 suspend l'exploitation par fracturation car cette technique a causé 1220 tremblements de terre recensés depuis le début de l'année, dont un de M° 4,7.

En Colombie Britannique (Canada) depuis 2009 des séismes de M° 3 ou plus dans le bassin de la rivière Horn sont dus à la fracturation hydraulique. En août 2014, un séisme de M° 4,4 secoue le nord-est de la province, précédé d'un séisme de M° 3,9 quelques jours avant. En août 2015, nouveau séisme de M° 4,6 dont on peut parier qu'il a la même cause que les précédents. Quand on pense aux magnifiques paysages de ces régions et aux eaux splendides qui les baignent, c'est un crime contre l'humanité et contre tout ce qui vit que d'y répandre des poisons violents et d'engendrer des catastrophes.

En Angleterre une série de secousses en 2011 dont 2 de M° 2,3 en avril et 1,5 en juin y avaient entraîné la suspension de la fracturation hydraulique.

En Tunisie où l'on fracture depuis 2008, mêmes causes, mêmes effets (Sousse, Monastir).

Les forages géothermiques aussi avec leurs injections d'eau peuvent provoquer des séismes.

Ainsi des 4 séismes de M° 3 en 2006-2007 à Bâle.

A St-Gall en Suisse encore un séisme de M° 3,6.

En Alsace des fuites suite à un forage ont fait gonfler une colline et détruit les maisons.

Entre 2000 et 2005 des injections massives d'eau en profondeur sur un site de géothermie profonde a provoqué des centaines de petites secousses à Soultz-sous-Forêts en Alsace

Aux Pays-Bas l'exploitation des énormes gisements gaziers de Groningue et Loppersum provoque des tremblements de terre à répétition et les pétroliers viennent d'être condamnés en justice à indemniser les propriétaires de logements affectés.

De plus les eaux usées et déchets de forage peuvent porter une radioactivité remontée des couches profondes. D'après le New York Times, l'EPA, l'agence de protection de l'environnement américaine, a trouvé aux USA dans les eaux rejetées par les forages de gaz de schistes des taux jusqu'à 1000 fois supérieurs aux « normes » pour l'eau de boisson. Radon 222, radium 226 (1 600 ans de 1/2 vie), thorium 232, cancérogènes pulmonaires redoutables, ont été détectés dans de l'eau « potable » distribuée aux populations. En Pennsylvanie des rivières devenues radioactives alimentent plus de 16 millions de personnes en eau (Régions de Pittsburgh et de Philadelphie), et les contrôles sont rares, les derniers en Pennsylvanie sur 65 sites testés datant de 2005, parfois 2008, alors que l'exploitation des gaz de schistes a explosé depuis sans mesure. Aucun contrôle des « retraitements » n'est instauré, ni de la pollution de l'air alors que l'asthme des enfants se banalise.

Parlant du climat, M Hollande vient de discourir à l'ONU, disant : « L’humanité est-elle capable de prendre la décision de préserver la vie sur la planète ? », tandis que Mme Royal et M. Macron prolongeaient 2 permis en Moselle et sur l'île de Juan de Nova le 21 septembre et en signaient 3 nouveaux de recherche de pétrole et de gaz en Seine-et-Marne, Marne et dans le Bas Rhin dont 506 km² dans la plaine d'Alsace, près de Fesseinheim, vieille centrale située sur une faille, la zone allouée comprenant des réserves naturelles et le champ captant d'eau douce de Plobsheim,.

Les pétroliers parient sur l'assouplissement des lois.

L'art. 35 du mandat de la Commission européenne au sujet du TAFTA ne précise-t-il pas : « […] Les négociations devraient viser à assurer un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible en matière énergétique et à garantir un accès sans restriction et durable aux matières premières. » ?

D'ailleurs un fonds de recherche européen, dans le cadre du programme Horizon 2000 d'aide au développement d'énergies à faibles émissions de carbone, en vigueur de 2014 à 2020, prévoit d'investir 80 milliards dans les technologies innovantes. Le fond propose 113 millions € aux entreprises qui exploitent le gaz de schistes, dont 33 millions € avaient déjà été attribués mi-2014 pour financer des « études », sans que l'on puisse savoir quels groupes ont obtenu cette manne !

Quant au code minier en France, l'avant-projet des ministres susnommés prévoit une législation par ordonnances et des automatismes évitant toute remise en cause des droits octroyés aux firmes pétrolières, répondant parfaitement au vœu que M. Schilansky, ex président de l'UFIP (Union Française des Industries Pétrolières), exprimait le 23/01/2013 devant la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire de l'Assemblée Nationale : « Le droit minier, qui encadre les activités d’exploration et de production, a vocation [...] à les encourager dans toutes leurs dimensions. Le droit doit, ensuite, favoriser les conditions d’exercice de l’activité ».

Gdalia Roulin, le 12 octobre 2015.

J'ai inséré juste avant celui-ci quelques articles écrits de 2012 à 2014, parce qu'ils sont à peu près sur le même thème que celui que je viens d'écrire, et que je crois bon de se rappeler de l'histoire et de garder une certaine vision d'ensemble des problèmes posés, qui malheureusement se rejoignent tous dans une recherche cupide de profits financiers des gens de pouvoir au mépris du vivant.

Gdalia.

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