Transition « Royale » vers les gaz de schistes ?

Chacun connaît l'extrême dangerosité de toute recherche et exploitation de gaz de schistes : dévastation des terres, empoisonnement des nappes phréatiques et de l'eau potable y compris avec des remontées radioactives, aggravation dramatique de l'effet de serre avec son cortège de perturbations climatiques, risques sismiques accrus... Il ne s'agit absolument pas de problèmes locaux intéressant les seuls gens du cru, comme si les épandages toxiques dans les eaux, l'air et le sol, la ruine des milieux vivants et autres déforestations galopantes ne regardaient que les habitants du moment, comme si les éléments ne circulaient pas, et que nous étions sûrs de ne jamais vivre ou séjourner dans une de ces zones sinistrées que les multinationales et la haute finance nous fabriquent un peu partout, à une époque où le patronat nous veut mobiles sans recours, et comme si ce n'était pas une question vitale que nos terroirs vivriers soient mis en péril, et si l'eau devient impropre à la vie !

On peut se réjouir que Mme Royal ait annoncé son refus du permis de recherche de Calavon, estimant que l'intérêt général le veut, l'espace naturel menacé de dégradations étant remarquable et la destruction des emplois notamment dans les domaines touristique, artisanal et agricole dommageable.

Cependant il y avait de quoi s'inquiéter, car ce dossier était à l'étude au ministère depuis 4 ans, et le 1 septembre, tandis qu'une très discrète consultation publique était diligentée, le document « prêt à signer » était préparé. Mentionnant les avis favorables des préfets du Vaucluse, des Alpes-de-Haute-Provence et des Bouches-du-Rhône, il n'attendait plus que l'approbation du conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies !

Et ce permis est loin d'être le seul en cause. Le site du ministère (mis à jour le 1/7/14), au chapitre des « titres miniers d'hydrocarbures », sans préciser leur nature conventionnelle ou non, énumère :

- 50 permis de recherche en cours de validité en métropole et 4 Outre-Mer (où 3 sur 4 n'ont pas de surface définie).

- 115 demandes de permis de recherches.

- 64 concessions et 4 demandes.

Dans la liste certains ont expiré, d'autres sont en demande de renouvellement ou de prolongation. Douze sollicitent l'attribution de nouveaux « permis exclusifs de recherches d'hydrocarbures liquides ou gazeux ». Ils concernent le bassin parisien, l'Aisne (jusqu'à 10 km de Château-Thierry ou de Reims), la Marne, le Loiret, l'Yonne, la Moselle, le Bas-Rhin, la Meuse, la Meurthe-et-Moselle, les Vosges... les Landes, au bénéfice de diverses sociétés pétrolières toutes plus affriolantes les unes que les autres. Si Lubéron et Alpilles sont retirés aux appétits de la «Tethys Oil », Bouches-du-Rhône, Alpes de Haute Provence et Vaucluse restent visés par la « Queensland Gas Company » dans le cadre du « permis de Provence » à l'étude.

Mme Royal a déclaré « Tant que je serai ministre de l’écologie, il n’y aura pas d’exploitation de gaz de schiste en France. Tout doit être dirigé vers l’économie d’énergie et les énergies renouvelables ». Pourquoi ne refuse-t-elle pas les 13 projets ? Au contraire, elle a signé la mutation des permis de St Griède et de Navacelles !

Tous les projets à la consultation publique sur le site du ministère ont pour but la recherche et l'exploitation de gaz de schistes. En effet les documents déposés par les pétroliers en 2009-2010 parlaient sans ambiguïté d’hydrocarbures non conventionnels, et indiquent encore : « ...un soin  particulier sera apporté au traitement des eaux utilisés pour la fracturation des schistes à gaz afin d’éviter toute pollution des nappes phréatiques ». Si depuis la loi du 13/7/2011, les sociétés se sont engagées à ne pas avoir recours à la fracturation hydraulique des roches, leurs objectifs d'exploitation restent les mêmes. Par quel miracle des objectifs non conventionnels seraient-ils devenus conventionnels ? Une loi aurait-elle des impacts géologiques ?

Ceci démontre les déficiences de ce texte de loi qui se borne à interdire une technique sans la définir juridiquement. Or il n'existe pas de processus industriel écologiquement valide pour extraire du gaz de schiste. Les nuisances seraient catastrophiques dans tous les cas de figure.

Certes, ces permis seront éventuellement refusés, si « l'émotion » manifestée est assez vive, les interventions persuasives, et si la ministre le juge bon. Mais sur un tel sujet, on aimerait que la loi soit claire et nette : interdiction totale de la prospection et de l'exploitation des gaz de schistes. De la sorte aucun dossier ne serait « normalement en cours d'instruction », la question serait également réglée sur tout le territoire.

Interrogée sur les positions de M. Sarkozy qui se prononce aujourd’hui en faveur de l’exploitation du gaz de schiste, Mme Royal sur Europe-1 le 28/9 ne qualifiait-elle pas cette énergie de bulle spéculative, ajoutant que les experts américains reviennent du gaz de schiste à cause des dégâts environnementaux et parce que les entreprises ne referment pas les puits qu’elles creusent ?

Alors ? « Transition » ? Interdiction ?

Gdalia Roulin, lundi 13 octobre 2014.

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Tous les commentaires
  • 17/10/2015 16:23
  • Par GMM

Interdiction totale et définitive de toute recherche et exploitation d'hydrocarbures en France. La totalité des investissements doit être dirigée vers les études et la mise en oeuvre d'énergies alternatives. 
Madame Royal est bien trop préoccupée a ménager la chevre et le chou, pour prendre quelque risque que ce soit. Esprit un peu étroit il n'y a pas de dimention politique exceptionnelle sans position exceptionnelle.