La parole donnée...

L'accord électoral signé entre EELV et le PS stipulait que la plus vétuste des centrales françaises, Fessenheim, bâtie vaillamment comme quelques autres sur une faille sismique, et en situation d'être accidentellement inondée, serait fermée, et qu'aucun nouveau réacteur ne serait lancé. Or, EDF vient d'annoncer 20 millions de travaux à Fessenheim, tandis que le CEA et Bouygues triomphent : ils vont pouvoir construire ensemble sur le site de Marcoule le réacteur à neutrons rapides « Astrid ». (Encore un joli nom dévoyé ! ).
Ce type de réacteur exige 6 tonnes de plutonium pour démarrer. Le plutonium n'existe pas à l'état naturel, et sa vie dure 240 000 ans (selon une décroissance logarithmique). C'est un poison mortel, environ 39 000 fois plus nocif que l'uranium 235. En inhaler 30 microgrammes provoque le
cancer quasi à coup sûr, et si 4,5 kg de plutonium sont en contact, nous risquons une explosion comparable à celle d'une bombe H. C'est ce produit qu'il faudra manipuler, décharger, transporter, retraiter, etc..., avec d'énormes risques de prolifération...
En outre, « Astrid » sera gavé d'uranium 238, dont la France stocke aujourd'hui 360 000 tonnes, qui est très apprécié des militaires car il s'enflamme au moment du choc, pouvant percer d'épaisses murailles de béton et d'acier tout en lâchant un aérosol de particules radioactives.
Et voilà le summum : pour extraire la chaleur, les réacteurs à neutrons rapides n'utilisent pas l'eau (qui ralentit les neutrons), mais du sodium liquide, pesé là aussi en tonnes, un métal qui s'enflamme spontanément au contact de l'air, et qui explose à la moindre goutte d'eau. Et ce type de
réacteur comporte quand-même un circuit eau-vapeur ... !
Bref, c'est Superphénix le retour, qui avait coûté 12 milliards, et qui coûte à l'arrêt (depuis 1997) une fortune en électricité chaque année pour maintenir ses 5 tonnes de sodium à l'état liquide à 180°.
La Chine, l'Inde et la Russie se montrent plus qu'intéressés par le développement rapide et massif de ce type de réacteurs, dits de 4ème génération.
Fukushima ? Même pas mal ! Tchernobyl ? Zappons gaiement ! Three Mile Island ? Bof !
Ainsi donc F. Hollande viole les accords signés avec EELV. Dès son investiture par le PS, il avait réduit unilatéralement l'engagement pris de fermer 10 centrales et concédé l'arrêt de la seule Fessenheim. C'est un engagement de taille qu'il renie, en omettant soigneusement de nous demander notre avis sur cet accord de campagne des plus cruciaux.
Et vous les entendez, les EELV, vous ? Seul Noël Mamère s'est brièvement ému. Cécile Duflot fait dans la « solidarité gouvernementale », de même que Pascal Canfin, Eva Joly est aux abonnées absentes, José Bové on l'imagine à Bruxelles, etc ...
Dans la foulée, F. Hollande s'est prononcé dès le 11 juin pour l'exploitation, par Areva, de la mine géante d'Imouraren, au Niger, sans même attendre la date prévue de 2014. Avec la complicité du président Mahamadou Issoufou, par le plus grand des hasards ancien directeur de la Somaïr, filiale d'Areva, qu'il a rencontré, c'est la perpétuation de la Françafrique. La soi-disant indépendance énergétique française se fonde sur l'illusion d'une ressource en uranium à faible coût, certes, puisque le personnel nigérien travaille 12 heures par jour pour des clopinettes, dans le mépris le plus cynique pour sa santé, et dans une dégradation délirante et criminelle de l'environnement, impactant tragiquement la santé des habitants.
Et ce sont ces types d'accords économiques qui entraînent la présence de bases militaires en Afrique et l'ingérence française dans les affaires de nations réputées indépendantes.
L'autorisation des forages d'hydrocarbures au large de la Guyane et le prompt reniement de ses engagements sur le nucléaire par F. Hollande pourrait presque faire passer le projet du futur aéroport de Notre-Dame des Landes pour anecdotique. La promesse d'arrêter les expulsions de paysans sur le site est elle aussi bafouée. Et pourtant ... la défense des terres arables, de l'agriculture paysanne à taille humaine, la protection de nos ressources vivrières, de l'indépendance de notre alimentation, ne serait-ce pas un beau programme, ici et ailleurs ?

Gdalia Roulin, le 10 juillet 2012.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.