J'avais écris ce texte au lendemain de la mort de Rémi Fraysse, et il était paru, comme bon nombre d'autres, dans les pages de libre expression de notre journal local. C'est le même gouvernement, responsable de ce crime, qui institue maintenant une société de surveillance de masse et des incarcérations "préventives".
A l'heure qu'il est - un peu tard - chacun a entendu parler de Sivens. Rémi Fraisse est mort tué par une grenade militaire offensive, et la magnifique zone humide a été presque entièrementdétruite. Fils d'un élu écologiste de Plaisance-du-Touch, Rémi était un jeune botaniste de 21 ans, bénévole à France Nature Environnement où il suivait la flore protégée en Haute-Garonne et coordonnait la protection de la renoncule à feuille d'ophioglosse, une espèce raréfiée par la destruction de son milieu. Il militait pacifiquement depuis des années. Il est indigne de s'être permis de colporter n'importe quelle insinuation envers ce jeune homme.
Cette mort n'est pas un accident. C'est un miracle qu'une telle horreur ne soit pas arrivée plus tôt, car les zadistes sont persécutés depuis des mois par les gardes mobiles, à nos frais, tant à Notre Dame des Landes où les blessés ont été nombreux, certains gravement (dont 3 ont perdu un
œil), qu'au Testet où depuis le 1er septembre les résistants sont en butte à des brutalités odieuses. Vingt plaintes sont en cours pour violences par agent dépositaire de l'autorité publique (la plupart gardes mobiles, peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie : PSIG), malgré des
refus de prises de plaintes classées en simple main courante.
M. Simon, conseiller régional écologiste, témoigne : les gardes mobiles sont allés en permanence provoquer les jeunes zadistes, les ont molestés, ont tiré avec flashballs et lacrymos. C'est toute une ambiance de guérilla depuis des semaines. Mme Duflot, après s'être rendue sur le site, avait fait part à qui de droit sur place et à Paris de ses vives inquiétudes quant aux méthodes extrêmement violentes et provocatrices des gendarmes. Sans résultat que se faire remettre au pas publiquement !
Une éducatrice spécialisée de 25 ans a failli perdre sa main, un garde mobile ayant lancé sciemment une grenade dans la caravane située sur une parcelle non expulsable où s'étaient réfugiés 3 zadistes, le garde mobile ne s'occupant absolument pas de la blessée. Elle a déposé plainte le 30 octobre pour violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente avec arme. Lors de l’évacuation de la maison des druides ce matin là, elle dit avoir été menacée par un flashball « pointé sur elle à 1,50m de distance ». Un cas fréquent ! Le tout agrémenté d'injures ordurières : « Ici, c'est une déchetterie, vous en faites partie et une déchetterie, ça s'évacue ». Le 8 septembre, 5 personnes se sont enfouies dans la terre pour protéger des arbres, ne laissant passer que leurs têtes. Dès les journalistes partis,les forces mobiles ont envoyé des tirs de lacrymogènes et de flashball sur les 5 personnes et les ont piétinées. L'une d'elles, enceinte, a perdu connaissance et a été évacuée en état de choc à Albi. Elle a
toujours une entorse.
Les gardes mobiles ne respectent pas plus les personnes âgées. Lors d'un sitting pour tenter de protéger quelques arbres, S, 64 ans, a vu débouler « trois fous furieux hurlant : « Tu vas fermer ta gueule, vieux con, ou on t'explose ». Il a été frappé à coups de matraque et menotté face contre terre. L, 69 ans, a reçu lui aussi des coups de matraque sur tout le corps. Un opposant installé avec d’autres dans un filet accroché à 10 m de haut, écrit que les gardes mobiles, montés dans une nacelle, « ont carrément coupé les liens qui retenaient le filet aux arbres (...) pendant qu’un gendarme nous visait au flashball ». Le lendemain, le même s’étant installé en haut d’un arbre « à environ 12 m de haut », les gardes mobiles "ont tronçonné les branches basses de l’arbre, en poussant le tronc avec la nacelle, (...) risquant consciemment de me faire tomber". Le 11 septembre, leur avocate alerte le procureur de la république d’Albi sur la situation de 4 personnes perchées depuis plusieurs jours à 18 m du sol,
risquant de chuter. Les gardes mobiles avaient élagué toutes les branches avant de s'en aller. Le 16 septembre, un autre grimpeur dépose plainte pour avoir reçu d'un gendarme « un coup de pied au visage », alors qu’il était perché dans un chêne à 15 m de haut. Les plaintes décrivent des déboisements mettant leurs vies en danger, un arbre tombant « à quelques mètres des opposants » le 3 septembre.
Malgré ces agissements, l'énorme majorité des résistants demeure pacifique. M. Cazeneuve a déclaré 56 gendarmes blessés sans dire que 41 l'ont été après la mort de Rémi Fraisse et sans préciser la nature des atteintes.
Ces faits d'une gravité extrême engagent la responsabilité tant des élus locaux que du gouvernement. Un gendarme agit sur ordre. Les élus locaux ont voulu à toute force construire ce barrage, avant que les recours juridiques soient épuisés. Ce gouvernement a désavoué Mme Batho qui avait refusé d'autoriser le projet. Et je ne peux croire que des violences policières puissent avoir lieu sur le territoire sans l'aval du pouvoir en place. Comment un pouvoir dit « socialiste » peut-il tolérer que des représentants de la force publique n'aient que mépris envers les citoyens ?
Pourtant il suffit de lire le rapport des experts, malgré toute leur modération de bon aloi, pour voir à quel point est inepte ce projet plus que douteux du point de vue du respect de la loi par les institutionnels, et par les collusions d'intérêt qui sautent aux yeux. Un projet dont les défenseurs n'hésitent pas à mentir éhontément des tribunes qu'ils occupent.
J'espère que les 60 projets de ce genre qui sont sous le coude seront remis en cause, et conclus avec Erwan Lecoeur : "Une personne n’a pas à mourir, à être agressée, attaquée, à mettre sa vie en jeu pour une contestation".
Gdalia Roulin, 4 novembre 2014.