Gilets Jaunes : Fin de récré ?

Ce qui compte c’est de changer l’organisation sociale pour que chaque citoyen participe également aux choix de société, aux décisions, et d’instaurer cette démocratie y compris dans l’entreprise. Selon le principe : une personne = une voix. Sans dictature ni d’une majorité ni de minorités. Car plutôt que prendre le pouvoir, il s’agit de le limiter.

A moins d’avoir le regard obstinément fixé ailleurs, chacun peut voir que nos institutions ne permettent pas aux citoyens de s’exprimer librement ni d’être respectés, ce qui serait pourtant normal. Quand la population marque son opposition à une politique absurde, complètement injuste, sans nulle perspective réjouissante que de satisfaire la cupidité de quelques ultra-privilégiés aux dépens de ceux qu’ils asservissent (et de la nature), elle est reçue à coups de flashballs, de grenades diverses, de canons à eau et même de snipers et de chars blindés autour de l’Élysée… qui blessent et parfois tuent. L’État sert clairement les intérêts des gros industriels et autres boursicoteurs de haut niveau. Qui intoxiquent le monde entier et se croient les mieux et les seuls qualifiés à décider pour tous. Puisque la domination sociale qu’ils exercent le leur permet.

Comment est-il concevable en « démocratie » de réprimer violemment les manifestations ? De gouverner en ne retenant des volontés populaires que ce que l’on ne peut pas ne pas feindre de prendre en considération ? Est-il bon de tout faire pour écraser un mouvement ou dissuader d’y participer, puis quand on croit pouvoir prétendre que la mobilisation diminue, de faire comme si les gens n’avaient aucune volonté ni parole propre ?

Si M. Macron avait réellement une figure, il aurait mis aux voix sa démission. Les mesures annoncées sont une insulte à l’intelligence populaire. Non seulement aucun salaire n’est augmenté, mais ces dispositions entrent complètement dans les objectifs gouvernementaux de dérégulation des services et aides publiques. Quant au « débat » de 3 mois, il est indiqué à des gens qui ne croient pas à la représentativité de passer par les maires, d’accepter les thèmes définis d’en haut, et pourquoi pas les synthèses que ne manquera pas de fournir le pouvoir avec ses propres conclusions.

Dans une vraie démocratie les citoyens s’exprimeraient tout naturellement, avec voix décisionnelle et non pas seulement consultative, et ceci de façon continue sur tous les sujets d’intérêt public. Sans interventions armées parfaitement inutiles et déplacées dans ce contexte.

Comment changer les règles du jeu ? Grâce aux « Gilets Jaunes » une respiration s’est ouverte, manifestant la vitalité de populations si souvent décriées. Avec des revendications claires. Rejet du simili-monarque en fonction. Justice sociale et fiscale et démocratie directe.

Démocratie… Gouvernement du peuple, par et pour le peuple. Autour des ronds-points les manifestants ont pu échanger et définir eux-mêmes leurs propres buts. Comme font toujours les comités et collectifs divers issus des luttes des opprimés. Si l’on veut éviter toute mainmise et détournement de la force mobilisée, il ne s’agit pas de prendre le pouvoir, il s’agit d’empêcher qu’il soit confisqué par certains, ce qui se complique d’autant que nous vivons dans une société où le rapport de force violent est la véritable règle. Nul besoin de se trouver des chefs, de soi-disant élites, ni de candidater à des élections, autrement dit de rentrer dans le rang… Car c’est ainsi que les mouvements populaires finissent en queue de poisson. De plus on sait où mène l’appel des sirènes de la droite dure. Et quel besoin de diviser à gauche ?

Ce qui compte c’est que chaque citoyen puisse participer pleinement et également aux choix de société. D’appliquer le principe : une personne = une voix. Imaginons que les citoyens tiennent des réunions régulières localement, dans des locaux d’accès libre prévus pour cela, afin de se rencontrer, de pouvoir partager leurs informations et leurs réflexions et former leur avis sur les thèmes abordés. Pour les choix intéressant l’ensemble de la société, le vote serait néanmoins organisé nationalement, de sorte que chaque personne ait une voix. Ni plus ni moins. Prenons l’exemple du choix d’une nouvelle constitution qui déterminera les droits et devoirs de chacun. Les propositions de textes peuvent être élaborées entre autres dans ces réunions de base. Après délibérations par tous les moyens utilisables, explications et débats contradictoires sur chaque proposition, les citoyens devraient pouvoir se prononcer sur les textes non pas en bloc, mais articles par articles pour chacun des textes collectés, afin d’aboutir à un résultat qui tienne réellement compte des libres choix de chacun.

Dans cette constitution pourrait être prévue la démocratie économique. Aux citoyens de décider des travaux à réaliser, pour qui, par qui, pourquoi et comment. A eux aussi de décider non pas d’une redistribution, mais de la répartition des richesses, y compris en investissements. Le partage n’a pas à être inégalitaire. Nous pourrions refuser la concurrence obligatoire et réapprendre la coopération. L’égalité et l’entraide. Nous vivrions de suite beaucoup plus heureux, à l’aise, en paix, dans le bonheur de créer, de réaliser, d’être vraiment utiles, sans nous stresser et nous surmener, car la suppression du travail inutile ou nuisible nous laisserait largement le temps de vaquer à d’autres occupations.

Et le plus élémentaire bon sens nous permettrait alors de prendre les moyens de respecter les équilibres écologiques, en particulier pour nous défendre de notre mieux du réchauffement climatique.

Gdalia Roulin, le 17 décembre 2018.

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