Centrales sismiques

Un accident est par définition imprévu, mais la possibilité d’accidents nucléaires a longtemps été complètement niée, et les lanceurs d’alerte regardés comme extravagants ! Une industrie si dangereuse devait forcément être ultra-sécurisée... Tchernobyl, Fukushima et quelques autres catastrophes oubliées battent en brèche ces illusions. En réalité les "incidents" et accidents sont quotidiens..

Le 20 mars dernier la terre tremble. Séisme de magnitude 4,9 (échelle de Richter), plusieurs répliques les jours suivants. Radio-France oublie avec une belle constance de préciser que l’épicentre à Montendre, en Charente Maritime aux confins de la Gironde, est à 27 km de Blaye, où la centrale nucléaire avait été inondée en 1999, frôlant une catastrophe de type Fukushima, évitée de justesse par l’initiative d’un ingénieur qui prit sur lui « d’arrêter » la centrale. Il devrait être fêté et honoré comme un héros national, mais son nom semble introuvable. En avril 2016 un séisme de magnitude 5,2 dépicentre près de La Rochelle avait été également ressenti dans tout l’ouest et à Bordeaux. Sinon, d’après le Réseau National de Surveillance Sismique, Montendre et alentours est « l'un des lieux où l'on enregistre une des plus faible activité sismique de France ». « On ne trouve pas trace d’un séisme d'une telle intensité depuis 1759 ». Il s'agit « très probablement d’une rupture d’une des anciennes failles créées il y a plusieurs millions d’années. Les anciennes failles de cette zone sont encore mal connues ».

En fait les séismes de par le monde et en France sont beaucoup plus nombreux qu’on n’imagine. Leur liste est impressionnante. Et si on regarde quels ont été les lieux d’alerte ces 12 derniers mois, on voit une concentration de points vers le Rhône, la Bretagne, etc, qui ressemble furieusement à la carte des centrales !

Quant aux « incidents » et accidents sur centrales, ils sont quotidiens et d’une variété de nature incroyable ! Ceci dans tous les pays où nos représentants de commerce en chef ont répandu ce danger public qu’est le nucléaire. Ils sont liés à des défauts de conception, de construction, d’exploitation, de maintenance, quand il ne s’agit pas du management délirant ou de malhonnêteté crasse, comme à Fessenheim où par exemple, en 2015, EDF cache l’ampleur d’une fuite de 100m³ d’eau sur un réacteur, qui détériore des équipements et impose un arrêt d’urgence, puis se contente de réparations à la va-vite débouchant sur une nouvelle fuite… et une condamnation d’EDF en justice (non sans peine).

Au 26 juillet 2018, 1775 anomalies et 449 non-conformités sont répertoriées sur les 42 réacteurs inspectés, suite au scandale des dossiers falsifiés à l’usine du Creusot. Soit en moyenne 2 irrégularités par pièce et 53 par réacteurs, le 3ᵉ réacteur du Bugey concentrant 94 anomalies et 19 non-conformités ! Citons le taux de carbone, crucial pour la résistance au feu et aux chocs, non conforme, y compris sur des cuves et générateurs de vapeur, ainsi que des erreurs de montage sur circuit fondamental, des problèmes concernant la régulation de température du cœur, de surchauffe ou défection de circuits électriques, quelques incendies internes comme par exemple à Creys-Malville le 14 décembre 2018, des pannes de filtrage d’iode, une panne de source électrique de secours restée ignorée durant 4 mois... En 2017, l’ASN reconnaît la corrosion importante des pompes de refroidissement de 29 réacteurs… Des matières hautement radioactives sont convoyées dans des moyens de transports et des emballages à l’étanchéité douteuse... Cette liste n’étant qu’un très court aperçu.

Cela n’empêche pas M. Macron en 2018 d’engager la vente de 6 réacteurs EPR au gouvernement indien, lequel veut construire la plus grande centrale nucléaire du monde à moins de 10 km d’une faille sismique. Et bien que 10.000 habitants s’opposent au projet qui menace leurs activités vivrières, pêche et agriculture…

Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) présenté le 24 janvier 2019, qui définit la politique énergétique sur 10 ans (avec réajustement à mi-parcours), prévoit de développer les renouvelables, mais en n’arrêtant que 14 réacteurs d’ici 2035 (dont Fessenheim, que M. Hollande s’était engagé à fermer mais qui voit l’heure de sa retraite toujours reculée - comme pour les salariés) - et ces arrêts sont placés sous conditions, y compris celles du marché ! Resteront donc 44 réacteurs en fonction d’âge moyen 49,3 ans, destinés à durer 50 ou 60 ans en attendant leur visite décennale par EDF. Or ni cuves ni enceintes de confinement ne peuvent être changées, quel que soit le nombre de milliards investis, n’en déplaise à Mme Le Pen et à toute la droite PS inclus. De plus le PPE précise que « la stratégie de traitement-recyclage du combustible nucléaire sera préservée [] jusqu’à l’horizon des années 2040 ». Cela pose la question des débouchés pour le Mox (au Japon par exemple, où le démarchage se poursuit activement !) et du maintien des usines de « retraitement » et de fabrication de combustibles de La Hague et du Gard jusqu’à cette date bien que leur état soit déjà alarmant.

Alors que les scénarios « Hertz » et « Ampère + » de RTE permettaient de réduire la part du nucléaire à 50 % dès 2030 sans recours aux énergies fossiles. Rien de révolutionnaire pourtant. On pourrait accélérer bien davantage l’épuration technique. Mais le gouvernement veut multiplier les capacités en éolien terrestre par 2,5, celles du solaire photovoltaïque par 5 ou 6, et table sur la hausse de la consommation au lieu de viser la sobriété. Pas question de condamner le chauffage électrique… Quant à la voiture électrique, c’est l’argument rêvé pour maintenir le nucléaire.

En outre c’est écrit noir sur blanc : le projet de PPE se veut « intégré dans un contexte européen ». Il est prévu d’exporter le quart de la production électrique. Selon M. Marignac, « Le gouvernement table sur environ 160 TWh d’exportations en 2035, soit le double du record français et le triple du niveau moyen d’exportation depuis 1990 ! Alors que, dans les pays voisins, la consommation d’électricité est en baisse. Et que les énergies renouvelables deviennent très compétitives ». C’est ainsi qu’on arrive à vouloir construire des méga-transfo comme à St Victor (Aveyron), au mépris des populations et de leurs intérêts réels.

De plus le gouvernement pousse à la construction d’EPR « améliorés » (on peut craindre le pire !) et à la dissémination de « Small Modular Reactors » qui finiraient de miner tout le territoire !

Et le nucléaire ne sauvera le climat en aucun cas. Et c’est un crime de plus contre l’humanité, contre toute vie. Et c’est oublier allègrement la vulnérabilité des installations nucléaires aux dérèglements climatiques.

Tout comme le RIC et l’ISF, côté gouvernement, le nucléaire est absent du « grand débat », et pour cause, le lobby nucléaire y étant sur-représenté avec au sommet M. Philippe.

Gdalia Roulin, le 15 avril 2019.

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