Innombrables bénéfices du « salaire à vie »

Le salaire à vie peut apporter une solution concrète à la plupart des problèmes sociaux et même environnementaux qui plombent la société. Il n’est pas un minimum de «pouvoir d’achat» alloué à des nécessiteux, mais la reconnaissance d’emblée de notre qualité à tous de producteurs, de contributeurs au bon fonctionnement social. A gérer démocratiquement sous contrôle direct des salariés eux-mêmes.

Le salaire à vie n’est pas le revenu « universel », « d’autonomie » ou comme on voudra l’appeler, dans le sens où il n’est pas une charité concédée pour allouer à des « nécessiteux » un minimum du fameux « pouvoir d’achat » destiné à les maintenir en sujétion – trop heureux si cette prestation ne vient pas diminuer les revenus des plus pauvres, en remplaçant différentes allocations par une seule, selon un mode de calcul misérabiliste à l’accoutumée, et d’après une philosophie qui se résume ainsi : « Pas de « niches » pour les pauvres. Les pauvres à la niche ! ».

Le salaire à vie est la reconnaissance d’emblée de notre qualité de producteurs à tous, délivrés du marché du travail et des « investisseurs-employeurs-décideurs ». Il n’est pas redistributif mais distributif. C’est une répartition qui consacre directement une part du budget national au versement des salaires par l’intermédiaire d’une caisse collective de cotisations. A gérer démocratiquement, c’est-à-dire sous contrôle non pas d’une caste, mais directement par les salariés eux-mêmes. Ce salaire est un attribut social de chaque personne en tant que contributeur au fonctionnement de la société, le travail n’étant plus défini par un contrat de sujétion envers les financiers décidant de la marche du monde à partir de leur position de force, mais librement dans une réelle égalité de droits et dans un esprit coopératif, avec la jouissance par les travailleurs de la propriété d’usage des outils de production.

A partir de cette mise en œuvre d’une réelle égalité et démocratie économique qu’il s’agit de conquérir, dont le régime général de sécurité sociale créé en 1945 sous Ambroise Croizat fut une première concrétisation, d’innombrables problèmes vitaux peuvent être résolus.

Une vraie démocratie s’organise assez naturellement à partir des assemblées générales de base. A condition de sortir nos imaginaires de l’idéologie régnante, de la religion du profit financier dont l’État sert les intérêts avec un cynisme de plus en plus apparent, et de nous affranchir des rapports de force violents. Libérés des privatisations toujours abusives et de la course aux profits privés qui parasite l’intérêt général, le secret des affaires aboli, nous exigerions une information claire et chercherions ensemble à produire le meilleur à tous points de vue, dans l’entraide et non plus la concurrence absurde, qui n’a de sens qu’au plan militaire mais sûrement pas pour protéger nos milieux de vie.

Il est parfaitement possible de décider de verser à chacun la même somme, fort convenable, du berceau à la tombe, réduisant de suite les inégalités, sachant que le salaire moyen actuel est de 2.300 €. On peut discuter de savoir s’il faut instaurer une échelle de salaire éventuelle par exemple de 1 à 4, ou s’il faut déterminer un âge de majorité économique ouvrant droit au salaire à vie... Ce débat est important mais secondaire.

Le salaire à vie est déconnecté de « l’emploi », à l’opposé de la politique rétrograde de M. Macron & Cie. Alors, par exemple une mère élevant ses enfants touche autant qu’une nourrice gardant les enfants d’autrui, ce qui engendrerait une génération plus équilibrée pour peu que la société devienne plus ouverte et conviviale.

Alors le chômage et ses humiliations organisées contre les « privés d’emploi » n’existent plus, ni les scandales de burn out et de souffrance au travail. Le management par le stress apparaît pour ce qu’il est : odieux et ridicule. Ceux qui craignent la paresse (guère plus naturelle que le stakhanovisme) oublient que si nombre de gens se reposaient plutôt que de s’user à fabriquer les multiples poisons accumulés par le capitalisme, nous vivrions tous mieux et l’avenir serait plus souriant. Le salaire à vie résout évidemment le problème des retraites, d’une façon vraiment juste contrairement à la débâcle annoncée, tandis que les jeunes n’ont plus à galérer, courant les petits boulots pour des gains aléatoires. Il résout de même la question des allocations aux handicapés ou autres minima sociaux actuellement tous plus mesquins les uns que les autres.

Nous redonnerions sens et utilité à notre travail, en décidant nous-mêmes, tous ensemble, de ce que nous voulons produire, comment, par qui, pour qui etc. Nous mettrions un point d’arrêt à la gabegie, aux gaspillages et aux épandages inconsidérés de poisons tous azimuts. Nous relocaliserions les cultures et les industries vivrières, et réfléchirions à préserver la nature et nos santés au mieux. En devenant des citoyens producteurs-consommateurs responsables, nous cesserions d’aggraver les pollutions et trouverions des solutions pour réparer les dégâts incommensurables causés par nos modes de vie actuels. Très vite on s’apercevrait que ce qui compte vraiment, ce ne sont pas les flux financiers mais la qualité de nos vies, de la vie.

De plus, les impôts n’auraient plus lieu d’être, puisqu’il s’agit de répartir directement le budget du pays selon les différentes caisses collectives : salaires, investissements, services publics... Pas besoin de redistribuer quand l’attribution est juste. Ainsi se règlent d’un coup les problèmes d’évasion fiscale et de paradis fiscaux devenus sans objet…

Il est possible d’instituer la sécurité sociale dans de nombreux domaines d’intérêt général : agriculture, alimentation, logement, santé, dont les EHPAD (si on veut garder cette formule ségrégationniste), transports, éducation, culture, médias… La « dette » dont on nous rebat la cervelle s’éteindrait avec l’arrêt du recours au crédit privé usurier.

La violence sociale pourrait s’apaiser, car lorsqu’on interagit vraiment en bonne intelligence dans le respect mutuel et l’entraide, on a mieux à vivre que les diverses formes de haine et de discrimination.

C’est de cette dignité, de ce respect, de cette égalité et de cette liberté, de cette solidarité, cette entraide coopérative que les peuples ont soif.

Gdalia Roulin, lundi 18 mars 2019.

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