Vingt secondes, c’est à présent la durée totale moyenne de possession d’une action. Or dès le mois de juin M. Macron faisait supprimer la taxation sur les transactions financières et sur le trading à haute fréquence…
Depuis 35 ans en France 150 milliards supplémentaires ont passé chaque année du travail au capital. Il y a 9 millions de pauvres, y compris touchant des « minima sociaux » inférieurs au seuil de pauvreté ( En 2016 : 1015 €/mois), et M. Macron & Cie ont trouvé urgent de quasi supprimer l’ISF sur le capital (actions, dividendes), de plafonner l’impôt sur les revenus du capital (flat-tax) à 30 % disent-ils, en fait hors CSG à 12,8 % au lieu des 45 % hors CSG appliqués à l’impôt sur le revenu. Les 3 % dus sur les dividendes seront annulés car il serait anormal de taxer des sociétés mères versant de l’argent à leurs filiales, alors que c’est justement un procédé habituel « d’optimisation fiscale » : Ce dernier cadeau est de 2 milliards/an, auquel s’ajoute une restitution de 9 milliards faisant l’objet d’une rectification budgétaire dès juillet. Le taux de l’impôt sur les bénéfices va être réduit progressivement pour passer à 25 % en 2022, sous prétexte de concurrence fiscale européenne. Le CICE maintenu en 2018 (totalisant alors 120 milliards donnés aux entreprises sans contrepartie) devient définitif sous forme de baisse de cotisations sociales au 1 janvier 2019, soit 20 milliards/an cédés aux entreprises tout en réduisant la cotisation… Il est vrai que des 3 études destinées au ministère de l’intérieur, la plus optimiste conte que cela a créé ou sauvegardé 100.000 emplois !
Le coût de ces mesures est largement sous-estimé. Avec des actions encore plus rentables, chefs d’entreprises et cadres se paieront en dividendes plutôt qu’en salaires. Les gros propriétaires détenteurs de parts de sociétés immobilières pourront même se verser des dividendes pour échapper à l’impôt sur la fortune immobilière. Tout un programme ! Alors que 85 % des profits nets (après amortissement des sociétés non financières) sont déjà consacrés aux versements de dividendes. Selon l’exemple de la Finlande, cela coûterait 10 milliards à l’État, et d’après celui des USA cela coûterait des dizaines de milliards. Les paris sont ouverts ! Et c’est censé stimuler non la bulle spéculative, mais l’investissement !
Ce budget n’envisage pas de récupération sérieuse des 80 milliards de la fraude fiscale (selon les estimations d’un rapport parlementaire) ni des montants faramineux de l’évasion fiscale. Il ne traite ni l’urgence sociale ni l’urgence écologique. Par contre les ministres font évidemment partie des premiers de cordée, leur traitement grimpera de 20 % (annexe au budget 2018).
Néanmoins la France souscrit au dogme européen de la règle d’or d’un déficit maximum de 3 %, et veut combler le trou des 25 à 30 milliards/an au bas mot déplacés en faveur des ultra-privilégiés. Macron & Cie vont donc tailler dans les dépenses publiques, à raison de 80 milliards sur 5 ans. Cela veut dire suppression de 120.000 postes de fonctionnaires et des emplois aidés au lieu des embauches nécessaires, gel des salaires et assimilés. Dès 2018 ils enlèvent 7 milliards à l’État, 5 milliards à la sécurité sociale et 3 milliards aux collectivités territoriales.
Dire que l’État pèse 55 % de dépenses publiques, c’est oublier que 30 % approvisionnent la sécurité sociale. Sécurité sociale refondée en 1945 sous forme d’un régime général rendant caduques les assurances sociales privées, et qui était à l’origine indépendant de l’État car abondé par cotisations, mais dont le budget est passé sous contrôle étatique depuis quelques années « grâce » au cheval de Troie nommé CSG. Pour l’État en tant que tel c’est 23 %, moins qu’aux USA ou au Royaume-Uni. Le reste étant affecté aux collectivités territoriales.
Les 30 % du PIB qui alimentent la sécurité sociale (santé, retraites, familles...) et qui échappent aux dividendes, c’est ce que Macron & Consorts veulent amputer de 5,2 milliards, soustrais principalement au volet maladie : -4,2 milliards (hôpitaux : -1 milliard). Logement : -1,8 milliard. Emploi -1 milliard. Les collectivités territoriales se verront retirer 13 milliards sur les 5 ans.
Éradiquer la pauvreté dans le pays coûterait 47 milliards... Revaloriser le RSA au niveau du seuil de pauvreté en coûterait 10 (contre-budget chiffré de la France Insoumise), une fraction du superflu donnés aux ultra-riches… 400 millions d’APL sont ôtés à ceux qui n’ont (« ne sont » !) rien, et la suppression de l’ISF offre 450 millions essentiellement aux 3.400 foyers les plus riches dont les patrimoines s’échelonnent de 15 millions à 49 milliards… Tout un symbole.
Les riches sont submergés de cadeaux, à l’opposé c’est un jeu de dupes de revalorisations dérisoires s’il y en a, repoussées, compensées ou/et échelonnées sur plusieurs années, tandis que les hausses de prélèvements ou défauts de solidarité envers les plus démunis, c’est de suite.
Les salaires nets sont supposés augmenter du fait de la suppression de cotisations. Celles-ci étant proportionnelles au gain, cela profitera surtout aux salariés les mieux lotis, l’électorat macronien.
Et plus décisif, la cotisation n’est pas une charge, c’est du salaire mis en commun, à l’origine géré directement par les travailleurs pour réaliser des services d’intérêt général. Pareillement le financement de l’assurance chômage sur l’impôt va dessaisir les salariés de leurs droits. Le parlement tirera à la baisse les taux d’allocations devenues un simili revenu universel pour chômeurs au lieu d’être une prolongation du salaire. Les exonérations multiples de cotisations préparent la fiscalisation complète de la sécurité sociale et la destruction du régime général paritaire au profit du secteur privé. Exactement l’inverse de ce qui serait juste et bon.
Malgré le grand talent de brouilleur de cartes de M. Macron, le budget 2018, qui sera bouclé mi-décembre, devrait indiquer clairement l’orientation de ce quinquennat à ceux qui en doutaient encore.
Gdalia Roulin, lundi 6 novembre 2017.