Changer maintenant…

Si nous voulons donner sens à nos vies, à nos activités, changer radicalement de système est incontournable. Nous pouvons décider de nous organiser de suite entre nous pour vivre, concrètement à la base, et reprendre l’offensive quant aux buts à atteindre sur nos droits sociaux, économiques, démocratiques, droits que les gouvernants au contraire éliminent systématiquement malgré nous en notre nom.

Sitôt rompue la mise en quarantaine générale dite «confinement», les appels à la «reprise de l’économie» et à la consommation se multiplient, les voix de sirène de la pub incitent à retomber dans les circuits habituels, à acheter une voiture pour se défouler, et les affaires reprennent avec le harcèlement téléphonique et les embouteillages.

Après la peur du virus on nous instille la peur de l’écroulement de l’économie. Ainsi notre pays, l’un des 5 plus riches du monde, non seulement n’a pas été capable de pourvoir en toute indépendance aux besoins sanitaires de sa population, qui en subit donc les conséquences, avec un nombre de victimes d’autant plus élevé et des équipes médicales dépourvues de moyens, et en voyant supprimées les libertés fondamentales d’aller et venir et de se rencontrer, mais nous n’aurions pas les réserves suffisantes pour faire face à un arrêt de production partiel de deux mois ?!

Si le travail était organisé intelligemment par les citoyens et travailleurs eux-mêmes, s’il servait à construire ce que nous pensons utile, voire agréable, et s’il avait fallu rentrer tous aux abris 2 ou 3 mois ou plus, chacun aurait pu être logé, nourri, soigné, et garder une vie culturelle et sociale intéressante quelle qu’en soient les modalités, sans que le pays en soit ruiné et sans que les libertés ne soient encore plus fragiles et menacées qu’elles ne l’étaient déjà.

Mais la production telle qu’elle est conçue n’est pas destinée à être utile, elle ne vise qu’à procurer des dividendes à des privilégiés. Ceci dans une compétition effrénée où la «concurrence libre et non faussée» consubstantielle au système en place, est même devenue une obligation légale édictée par les traités européens. Ainsi les gros sont-ils condamnés à croître monstrueusement, tandis que les plus petits sont souvent dévorés. L’économie n’est en crise (à répétition) que parce qu’elle est sous la domination du capital, la haute finance et les gros actionnaires. Au lieu d’être basée sur l’entraide pour promouvoir la vie.

On assiste comme en 2008 à la valse des milliards, et entre autres à une nouvelle offensive contre la Sécu, à qui le gouvernement impute le paiement du chômage partiel tout en asséchant les cotisations, et la gestion visant à transformer l’hôpital en objet de rentabilité se réinstalle, en oubliant déjà, malgré les discours, sa vocation de service au public.

Le chantage à l’emploi repart de plus belle. «Pas d’emplois sans croissance» est-il répété sur une radio nationale. Parole d’expert sans doute ! Ainsi nous serions condamnés à ce qu’on appelle la croissance, celle de la rentabilité financière, ne payant les salaires que sur ses marges ! Comme s’il n’était pas d’une clarté lumineuse qu’il faut, sans plus de délais, cesser de nous plier aux lois de l’argent-roi qui aujourd’hui détruisent la vie, et qu’il faut rompre avec cette expansion absurde qui nous pourrit l’existence, pillant et gaspillant tous azimuts. Pour nous mettre simplement à bien vivre. Sobrement. Sans attendre.

Il suffit de partager le travail pour qu’il y en ait pour tout le monde. Sans baisser les salaires pour autant, car il n’y a pas besoin de travailler plus, dans un monde sensé, quand les besoins essentiels de chacun peuvent être satisfaits.

Le système en place ne reconnaît comme travailleur que celui qui se vend sur un marché à un donneur d’ordres (lequel est supposé apporter le capital et décide en seigneur et maître de la production et de l’organisation dans son entreprise, d’autant plus librement lorsque les lois protégeant les salariés sont démantelées par un pouvoir politique complice). Si bien qu’une nourrice travaille, évidemment, tandis qu’une mère de famille ne «fait rien», toute initiative personnelle étant découragée au profit de la marchandisation. Dans un tel cadre le nombre d’emplois est conditionné aux besoins des employeurs, qui en tirent le profit maximum comme de tout. Et les «demandeurs d’emploi» se retrouvent en concurrence entre eux pour accéder au seul moyen connu de survie qui reste dans notre civilisation déconnectée du vivant, se vendre soi-même, son temps, sa matière grise, son savoir-faire et parfois son âme. Le chômage et ses humiliations est lui aussi consubstantiel à ce mode d’organisation économique.

Si nous voulons donner sens à nos vies, à nos activités, changer radicalement de système est incontournable. Et quels que soient leurs talents pour nous endormir les dirigeants actuels sont indignes de confiance.

Nous pouvons décider de nous organiser entre nous pour vivre, concrètement à la base, sans attendre les promesses et reniements d’en haut. Nous pourrions reprendre l’offensive quant aux buts à atteindre concernant nos droits sociaux, économiques, démocratiques, que le gouvernement et sa majorité éliminent malgré nous en notre nom. Nous pouvons décider que chacun a droit à une part égale du revenu national, et que chacun a droit de choisir là où il veut s’impliquer, et de participer aux décisions politiques, celles qui engagent la qualité de nos vies dans l’immédiat et dans l’avenir.

Gdalia Roulin, 21 juin 2020.

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