Ordre immoral

Des djihadistes ont tué à nouveau. Ce sont des assassins qui veulent répandre la terreur dans une sorte de guérilla qu'ils déclarent à l'occident, en confondant en un seul bloc tous ceux qui y vivent sans distinction. Réagir comme eux en amalgamant serait grossier : un réfugié n'est pas un terroriste. Au contraire la plupart du temps il fuit une forme de terrorisme.

Des djihadistes ont tué à nouveau. Ces gens sont des assassins qui veulent répandre la terreur dans une sorte de guérilla qu'ils déclarent au monde occidental, en  confondant en un seul bloc tous ceux qui y vivent ou y séjournent sans distinction. Réagir comme eux en amalgamant  serait grossier : un réfugié n'est pas un terroriste. Au contraire la plupart du temps il fuit une forme de terrorisme, qu'il émane d'organisations privées ou des guerres menées par les États.

Imaginez une vallée où l'entraide a encore un sens. Imaginez… Vous croisez couramment des gens en détresse. Parmi eux, des enfants non accompagnés. Ils ont fui la guerre, les tortures, la famine. Stressés, épuisés, parfois malades ou blessés, ils ont traversé mille dangers, ils ont marché des centaines de km et leurs pieds sont en charpie et le reste à l'avenant.. Ils ont soif, faim, et gardent malgré tout l'espoir chevillé au corps de survivre et retrouver peut-être un membre de leur famille, dans un autre pays encore plus loin.

Ils ont besoin de secours, de chaleur humaine. Les aideriez-vous, naturellement, ou vous détourneriez-vous lâchement, ou pire les dénonceriez-vous aux autorités tels les « collabos » sous un régime de sinistre mémoire ? Cédric Hérou héberge transitoirement ces personnes en détresse, en particulier les mineurs isolés, le temps d'une halte, d'un repos, le temps d'établir une demande d'asile officielle.

Ne devons-nous pas assistance à personne en danger (code civil) ? Les mineurs isolés ne doivent-ils pas être protégés par les services départementaux d'aide à l'enfance ? La déclaration des droits de l'homme est-elle obsolète ? Le scandaleux « délit de solidarité » n'a-t-il pas été abrogé en 2012 ? L’État français, signataire de la convention de Genève, n'est-il pas tenu d'accueillir dignement les réfugiés, de traiter toute demande d'asile politique ? (Rassurons-nous, d'après l'INSEE le « solde migratoire » est ridiculement bas).

Pourtant Cédric Herrou vient d'être condamné à 4 mois de prison avec sursis pour « aide à l'immigration clandestine ».La loi de 2012 dépénalise la solidarité à condition qu'elle soit sans contrepartie, sans doute pour distinguer la solidarité vraie des agissements des passeurs et profiteurs. Or le tribunal estime que M. Herrou a reçu une contrepartie en termes militants ! Bien sûr M. Herrou se pourvoit en cassation, et ira s'il le faut avec les associations qui le soutiennent en cour européenne de justice.

Dans quelle démocratie, quel « État de droit » vivons-nous, où une justice plus tendancieuse qu'objective condamne celui qui suit sa conscience et son cœur, exprime son humanité dans une démarche généreuse et vertueuse, selon l'esprit de lois votées pour empêcher que se reproduisent jamais certaines horreurs (guerres, déportations, camps-prisons…) ? Tandis que l’État ne remplit pas ses devoirs d'accueil digne ni d'instruction des demandes d'asile (le préfet sur place refuse de prendre les dossiers) et continue impunément à persécuter les migrants et à renvoyer manu-militari même des enfants au lieu de les héberger…

M. Macron a des paroles ambiguës : examiner sérieusement et honnêtement les dossiers serait une chose, mais que veut dire accélérer les procédures ? Une procédure légale impose des délais à respecter, d'abord pour que le réfugié soit informé de ses droits, et pour qu'il puisse les faire valoir, plutôt qu'être isolé en centre de rétention et expédié là d'où il vient comme un colis.

Dans la même annonce M. Macron différencie réfugiés et migrants « économiques ». Le mot est choisi, il évoque la recherche d'enrichissement, d'avantages matériels, alors que ces gens fuient des situations extrêmes de famine, de spoliation de terres et de destruction de cultures vivrières du fait de guerres ou de traités commerciaux conclus au profit de l'impérialisme mondial. En tout cas, M. Herrou signale que parmi les exilés qu'il accueille 90 % sont demandeurs d'asile, fuyant la guerre. 20 % sont mineurs. Et M. Herrou les aide à faire les démarches administratives pour demander leurs droits.

Les accords de Dublin incitent à refouler à la frontière ces gens supposés devoir rester dans le 1er pays qui les a enregistrés, aberration criante par rapport aux possibilités d'intégration des personnes (langue parlée, culture) ou aux regroupements familiaux qui semblent devenir un luxe inaccessible - y compris d'ailleurs pour les citoyens éparpillés suite aux délocalisations industrielles ou à la ruine de divers tissus sociaux d'où ils étaient issus.

On appâte le touriste…A l'inverse les réfugiés, témoignages vivants du désordre du monde et de la précarisation à laquelle nous voulons à toute fin échapper, dérangent. Les rejeter à la mer ? C'est ce que font des passeurs avec des gamins de 16 ans. C'est l'option de militants d'extrême-droite…

M. Macron, après l'accord ignoble passé entre UE et Turquie, veut signer avec « la Libye », mais qui en Libye ? Ce pays a été complètement détruit par les soins de M. Sarkozy, allié aux USA contre l'un de ses bons amis reçu peu avant avec tous les honneurs.

L'amalgame migrant/terroriste est un abus de plus. Le monde arabe est tragiquement touché. Et notons les responsabilités de l'Occident dans la genèse du terrorisme qu'il prétend combattre. Avant que derrière les USA nous n'allions bombarder l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, etc., ces pays auparavant laïques ne nous menaçaient pas et les terroristes ne faisaient pas alors campagne en France pour le djihad.

Construire des murs symboliques ou en dur contre l'immigration est odieux et dérisoire, il s'agit de résoudre les causes du problème. D'établir la paix au Moyen-Orient et de faire échec à la prédation mondialisée qui fait la fortune d'une minorité sur la ruine de peuples entiers.

Gdalia Roulin, dimanche 13 août 2017

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