Devenir étrangers

Histoires d'exils...

Un enfant part au loin vers un monde étranger,

d’autres ambiances, d’autres croyances. Il apprendra

d’autres langages. Devra se faire une place là-bas,

au présent intégral sans passé partagé.

 

Un enfant est parti sur des chemins d’exil,

ses racines coupées sans espoir de retour,

un enfant est parti, à quoi rime l’amour ?

Tout au bout de sa route où arrivera-t-il ?

 

Ceux qu’il laisse au pays vont le perdre de vue.

Ses gestes et sa voix, l’éclat de ses regards

s’adresseront à d’autres, dans un immense écart.

Ses enfants parleront une langue inconnue.

 

Ils seront des sujets d’une puissance étrangère.

L’ombre seule d’un conflit ouvre alors l’impensable,

nous vrille l’âme et la déchire, inconsolables.

Comment imaginer pouvoir se faire la guerre,

 

en familles éclatées dans des camps ennemis ?

Et les amis épars aux quatre coins des vents,

rangés sous l’uniforme, appelés au néant...

Absurde contre-sens ! Cruauté infinie !

 

Qu’est devenu le rêve de grand métissage,

d’universelle fraternité, de grand brassage ?

Où allons-nous, par quels passages ?

L’humanité ne saurait-elle être plus sage ?

 

Ô nostalgie de vos enfances, de vos tendresses,

de vos sourires, de vos présences, de vos parfums…

Pourquoi avoir été jeter l’ancre si loin ?

Nous nous sommes égarés. Pourquoi tant de détresses ?

 

Et vos propres enfants suivant leurs destinées

oublieront-ils les liens charnels des origines,

seront-ils « intégrés », ignorant leurs racines,

fruits d’une autre culture qui les aura baignés ?

 

Vos enfants ne sont pas vos enfants, fut-il dit.

Graines semées à tous les vents, et va la vie

volutes et spirales dansant à l’infini

entrelacs et rejets… Retrouvailles aussi ?

 

Gdalia Roulin, mi-juillet 2018.

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