« Communauté » ? « Diaspora » ?

Alors que la Covid permet de réduire drastiquement les libertés publiques, le terrorisme, qui s’y conjugue, est le meilleur allié des dérives dictatoriales. Pourtant la loi ne saurait solutionner tous les problèmes, et la laïcité, séparation des Églises et de l’État, et surtout liberté de conscience et d’expression pour chacun, permet débats et critiques, et de fraterniser dans le respect mutuel.

Le terme communauté s’entend facilement comme s’il était question d’un groupe fermé, organisé dans un but commun. C’est pourquoi parler de communautés musulmane, tchétchène ou juive, de « quartiers » ou encore de « banlieues » n’a pas de sens, et s’apparente à un racisme de fait en réduisant leurs soi-disant membres à une image standardisée et fausse plaquée sur eux. Parler de diaspora (du grec « dispersion ») serait plus juste.

Pouvons-nous dire que la communauté des Français est homogène, tous catholiques intégristes, ou tous laïques, ou tous riches, ou tous non-violents, tous ultramarins, etc. ? Si l’un d’entre les 67 millions de Français commet un assassinat, allons-nous nier que tous les autres ou presque en sont consternés ? Ce serait absurde, et ce l’est tout autant s’agissant d’une origine que l’on confond trop souvent avec appartenance religieuse, comme si la religion dépendait de la couleur du teint ! Une apparence typée n’est pas un acte de foi. On peut être sémite et athée, agnostique, chrétien ou autre, et il faut ajouter que lIslam, comme la plupart des religions, compte de multiples variantes des plus dogmatiques aux plus douces, de l’intégrisme salafiste grand pourvoyeur de djihadistes, au soufisme, religion qui fut majoritaire en Tchétchénie et qui prône la recherche de dieu et de son amour absolu, et la communion avec autrui. En fait les exilés quittent leurs pays d’origine à des périodes diverses, pour différentes destinations, par exemple concernant les Tchétchènes lors de la guerre d’annexion en 1994-1996 perdue par M. Eltsine, ou pendant celle de 1999-2009, ce quasi génocide du peuple tchétchène sous les ordres de M. Poutine. A noter qu’il n’existe pas moins de 200 associations tchétchènes.

Le meurtrier de Samuel Paty fut élevé en France depuis l’âge de 6 ans. Cela signe l’échec de notre société à accueillir et intégrer ceux qui y vivent, qu’ils soient nés ou non Français d’origine, car notre ordre social fabrique plus d’exclus et de réprouvés que de personnes épanouies, fières et heureuses de participer à l’aventure nationale.

Comme d’habitude on nous promet une loi plus sévère, destructrice de liberté et d’humanisme, suite à un événement grave, douloureux et criminel bien fait pour marquer les esprits, dont cependant le code civil prévoit déjà la sanction, que ce soit au motif de meurtre ou de terrorisme. Quelle que soit la loi, il y aura toujours des gens pour y contrevenir, cela ne prouve pas qu’elle soit insuffisante. Car la loi ne saurait solutionner tous les problèmes. Tout aussi déterminants sont les modes et les conditions de vie au quotidien, la vie sociale, relationnelle, la culture, l’éducation, l’information, les différents modes de fonctionnement de la société...

Dans notre société de plus en plus obscurantiste et répressive où l’on cultive les peurs, les confusions et amalgames et la pensée unique, une violence que l’on travestit en ordre et sécurité, où dès l’attentat perpétré le premier ministre et le RN promettent de renvoyer davantage de réfugiés, comme si ceux-ci ne voyaient pas déjà bafouer leurs droits fort étriqués, dans ce pays parmi d’autres où l’on craint pour sa santé, son « emploi », l’avenir, le climat etc., où l’incohérence éclate à la vue de tous entre par exemple les discours sur le « monde d’après » et les pubs envahissantes sur automobiles et viandes, comment s’étonner que le travail de terrain de longue haleine des fanatiques religieux, qui commence toujours par un soutien « charitable » à des personnes déstabilisées, précarisées et fragilisées, laissées pour compte par la République, ou envers des personnes qui ne trouvent aucun sens valable à ce que propose notre civilisation, parvienne à la longue à en mener certains à adhérer à des doctrines qui leur proposent un genre d’idéal absolu, sous forme de certitude dogmatique qui peut rassurer quand on manque totalement de perspectives, de confiance en soi et dans le monde.

Alors que la Covid permet des restrictions drastiques des libertés publiques, le terrorisme est objectivement le meilleur allié des dictatures et de dirigeants politiques qui s’attachent depuis des années à détruire nos droits et libertés, ne nous reconnaissant que des devoirs et considérant les citoyens comme d’éternels coupables potentiels à surveiller et punir.

Le gouvernement s’apprête à dissoudre de nombreuses associations, Manuel Valls surgissant du bois pour réclamer la dissolution de la France Insoumise, de Médiapart, de l’UNEF, de la Ligue de l’enseignement, de la Ligue des Droits de l’Homme… L’Observatoire de la laïcité est aussi sur la sellette ! Après les écologistes arrêtés ou assignés à résidence depuis la COP21, voici donc les nouveaux terroristes officiels ?!

La rigueur nécessaire n’est pas la rigueur persécutrice qui encourage haines et divisions, mais la rigueur dans l’application de lois qui garantissent le libre exercice des droits humains, des libertés et de la laïcité qui n’a pas à être dévoyée.

La laïcité, c’est la séparation des Églises et de l’État, et surtout la liberté de conscience et d’expression pour chacun, avec l’accès aux lumières de la culture, qui permet débats et critiques, et qui permet de fraterniser dans le respect mutuel.

Gdalia Roulin, lundi 26 octobre 2020.

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