Relancer quoi?

De nombreuses inventions tout-à-fait fonctionnelles nous auraient permis de connaître un confort certain sans empoisonner le monde. Mais au lieu d’y consacrer des recherches pour les améliorer, on les a très souvent mises sous le boisseau. Les enjeux climatiques et sanitaires actuels exigeraient que nous revoyions complètement nos bases économiques et nos structures décisionnelles.

Les moyens de concentrer les rayons solaires pour en utiliser l’énergie ont été expérimentés depuis l’antiquité.

En 1816, l’Écossais Stirling brevette le moteur à air chaud, vite agrémenté d’un régénérateur qui évite trop de pertes d’énergie, et améliore son rendement.

En France, Augustin Mouchot invente en 1860 un cuiseur solaire qui permet de cuire des pommes de terre en 1 h, du pain au four en 3/4 h, un rôti de bœuf en 22 mn... En 1861 il dépose son premier brevet d’héliopompe. En 1866, il invente le premier moteur, avec réflecteur parabolique et chaudière alimentant une petite machine à vapeur. En 1869, il publie «La chaleur solaire et ses applications industrielles». L’appareil solaire qu’il installe en 1878 pour l’Exposition Universelle met «sans peine en mouvement une pompe élevant de 1500 à 1800 litres d’eau par heure».

Le suédois Ericsson construit en 1868 un nouveau moteur Stirling et produit en 1889 une pompe hydraulique à air chaud très répandue dans le monde avant 14-18.

Frank Shuman, un américain, construit la première centrale solaire moderne en 1910.

Le moteur Stirling fournit de l’énergie mécanique à partir d’énergie thermique. Un gaz (air, hydrogène, ou hélium) contenu à l’intérieur du moteur est chauffé, se dilate, et déplace un piston qui lui-même entraîne une roue, puis le gaz se refroidit et le cycle recommence. Ce gaz, qui peut donc être simplement de l’air, peut être chauffé par n’importe quelle source de chaleur, que ce soient les plus polluantes, ou si l’on veut laisser propre derrière soi, l’énergie solaire, géothermique etc. Ce moteur est inversible, capable de faire office de pompe à chaleur et de refroidir à – 200° ou de chauffer à + 700°, sans besoin de gaz spéciaux. Il est silencieux et extrêmement durable, car peu soumis aux contraintes mécaniques. Son rendement, 40% environ, est excellent (moteur à explosion automobile à essence : 30%, au diesel 42%).

Le moteur à air chaud ou celui à vapeur sont parfaitement adaptés à fonctionner avec des capteurs thermiques solaires.

On préféra cependant à l’époque la machine à vapeur à charbon et le moteur à combustion interne, plus puissants, et le moteur à explosion, qui nous ont inféodés de plus en plus aux pétroliers et autres atomistes, avec toutes les conséquences sur la qualité de nos vies, de nos santés et de celles de la faune et de la flore, qui sont à présent reconnues.

Ce n’est qu’en 1930 que le moteur Stirling est à nouveau étudié sérieusement et trouve de nombreuses applications. En 1938, Phillips conçoit un moteur Stirling de plus de 200 CV, avec un rendement de 30% (le même que celui des moteurs à essence), mais on ne l’utilise qu’en cryogénie.

L’industrie s’y intéresse à nouveau actuellement du fait des impératifs écologiques auxquels nous sommes confrontés, ainsi que la NASA avec son projet KRUSTY pour fournir l’énergie aux satellites et sondes spatiales. Il est utilisé en réfrigération, dans le secteur militaire (sous-marins, chars), pour les frégates, porte-avions, drones, pour des chaudières ou pour fournir de l’électricité. En Arizona, Maricopa Solar produit 1,5 MW d’électricité pour Salt River, et pourrait facilement déployer 1000 MW.

Malgré sa simplicité, il reste d’un prix élevé, puisqu’il n’a pas été produit en grandes séries.

De nombreuses inventions nous auraient permis ainsi de connaître un confort certain sans empoisonner le monde. Mais au lieu d’y consacrer des recherches pour les améliorer, on les a souvent mises sous le boisseau. Telle par exemple la pompe bélier hydraulique, connue depuis 1792, voire 1772, qui sert à remonter l’eau plus haut que la source, en utilisant simplement l’énergie cinétique. Ou les fontaines de Héron d’Alexandrie. Ou les cafetières italiennes qui n’ont aucun besoin d’électricité… Ce ne sont que quelques exemples.

Si on tient vraiment à rester dans le pétrole, regardons la 2CV sortie en 1948. Elle pouvait rouler à 90 km/h et consommait 3 litres/100 km. Pourquoi ne pas avoir perfectionné cette technique et imposé des moteurs économes ? Sans parler de sa solidité et de la facilité de réparation. Sans doute pour les mêmes raisons qui ont propulsé le tout-électrique avec le déploiement du nucléaire.

Le plan de relance de MM. Macron et Castex, fondé sur les mêmes dogmes idéologiques que précédemment, et sur la défense des mêmes intérêts, ne nous nous sortira certes pas de l’ornière. Et certains écologistes politiciens sont tellement ancrés dans le système en place qu’ils ne font guère envie, ni leurs mesures punitives. Les enjeux climatiques et sanitaires face à nous méritent une rupture beaucoup plus radicale avec nos fonctionnements actuels, de revoir complètement nos bases économiques et nos structures décisionnelles.

Au lieu de devoir subir laideurs, pollutions de toutes parts, pandémies récurrentes et dégradation du climat, vivre sainement n’a rien de triste, bien au contraire. Qui peut nier le plaisir intense qu’il peut y avoir à respirer un air pur, à se nourrir de produits sains, à vivre à son rythme, à être en excellente santé, à rencontrer des amis ou des gens bien dans leur peau, à voir un sens à ce que l’on fait, à voir prospérer la nature ?

Gdalia Roulin, lundi 28 septembre 2020.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.