C'est le statut qui compte

Les grèves sont très nombreuses dans le pays actuellement, sans unir leurs forces alors que la même problématique se pose à tous : sortir du chantage à l'emploi, à la grève des investissements, à la fuite des capitaux et autres délocalisations. Nul besoin d'actionnaires parasites ni de crédits. Luttons pour changer le statut du travail et des travailleurs. Pour une vraie liberté.

Ce qui compte c'est le statut. Le statut de service public que le gouvernement veut diluer à la SNCF comme ailleurs dans des réformes qui vont dans le même sens depuis des décennies pour tous les services publics : privatiser des biens qui, pour le bien de tous, devraient appartenir solidairement à tous. Il est évident que transformer des EPIC en SA est un pas de plus vers la possibilité d'en ouvrir le capital au privé.

Et le statut des cheminots, que le gouvernement veut précariser comme le sont dorénavant tous les travailleurs, dont il a commencé par détruire d’entrée la protection légale en démolissant le code du travail. La suppression du statut n’apporterait pas d'argent à l’État, la dépense augmenterait plus probablement mais cela lui importe peu. Il veut faire plier l’échine aux cheminots, et pour cela il s'emploie à les diviser, entre anciens qui garderaient leur statut et leurs droits à retraite, et nouveaux ramenés à la précarité généralisée. Une dynamique vers le mieux-être de tous serait bienvenue, mais c'est un cercle vicieux fragilisant à la fin tous les salariés qu'impulse le gouvernement. Ce nivellement au ras des pâquerettes voudrait se faire passer pour juste, mais c'est omettre sciemment le fait que la France n'a jamais été aussi riche, tandis que croissent les inégalités scandaleuses plongeant des pans entiers de salariés, ubérisés et autres réprouvés dans l'adversité. La moindre des choses devrait être au contraire de niveler les conditions de vie pour tous par le haut.

Comment faire pour que le travail de chacun serve au bien-être de tous ? Pourquoi serait-il mauvais que les travailleurs aient une garantie d'emploi ? de salaire ? Pourquoi serait-ce indu de prendre un repos après avoir travaillé de nuit ou le week-end ? Faut-il trouver bon qu'un salarié soit corvéable à toute heure chaque jour ? Serait-ce anormal d'être payé plus qu'au seuil de pauvreté ? Comment nous rémunérer de façon juste ? Chacun, au lieu d'être traité en suspect et humilié, doit avoir sa place, toute sa place ! Comment ne laisser personne dans le fossé ? Comment interdire que des privilèges exorbitants s'assoient sur l'empoisonnement du reste du monde ? Est-ce abominable de pouvoir prendre sa retraite avant un âge avancé ? La durée des retraites serait passée de 2 à 15 ans jusqu’au décès… la belle affaire ! Alors que les emplois rémunérés se font rares et que la nécessité de passer des quantités d'heures au travail devrait baisser radicalement grâce au progrès technique si c'est un progrès, et avec le partage du travail utile.

L'attaque contre les conditions de vie des simples citoyens est mondiale, puisque les puissances intéressées dominent la politique mondialisée à travers les différents traités de libre-échange et la doxa régnante, mais cela ne signifie pas que ce soit le sens fatal de l'histoire. Au contraire c'est d'une folle absurdité, qui ne dure que par la violence des rapports de force institués.

Nous ne pouvons sortir de cette impasse qu'en sortant du cadre établi. Pourquoi devrions-nous accepter de ne travailler que pour faire gonfler les dividendes de quelques milliardaires au lieu de nous rendre réellement utiles ?

Sortons du chantage à l'emploi, à la grève des investissements, à la fuite des capitaux et aux délocalisations. Et obtenons le changement du statut des travailleurs. Nul besoin d'actionnaires parasites ni de crédits. Les CHU et hôpitaux publics ont été créés par subvention de l'assurance maladie dans les années 60, financée par la seule augmentation de la cotisation, sans aucun appel au crédit et sans dette. Parallèlement se sont bâtis 3600 lycées ou collèges entre 1965 et 1975 sur le même principe, sans les calamiteux Partenariats Public Privé ni appel au marché des capitaux. C'est depuis l'arrêt des subventions que les hôpitaux sont endettés et que les soignants, au lieu d'être occupés à soigner au mieux, sont priés de rentabiliser, ce qui détruit la qualité des soins et les conditions de travail. Cela permet ensuite de stigmatiser le service public et de prétendre que le privé sera plus performant ! Comme si la recherche des profits financiers allait déterminer la qualité du service rendu ! On observe partout l'inverse.

Cela se voit ne serait-ce que sur le fret SNCF, ouvert à la concurrence depuis 2006, qui périclite au profit des transports routiers au mépris de toutes considérations sur les troubles du climat, et au mépris des infrastructures existantes qui permettraient de développer le transport des marchandises par rail, plutôt que par route avec les nuisances que cela suppose sous prétexte de rentabilité.

Les grèves sont très nombreuses dans le pays en ce moment, sans que leurs forces se rassemblent, alors que la même problématique se pose à tous.

On peut reprendre la main sur l'organisation de l'économie du pays, sur le modèle des services publics créés au sortir de la guerre à partir de l'augmentation des cotisations sociales et instaurer alors la démocratie économique : que chaque citoyen et travailleur participe aux choix de production, aux décisions quant à la répartition des richesses, chacun étant rémunéré sur la base d'un salaire à vie, non pas dépendant des aléas d'une conjoncture particulière, mais attaché à la qualification de la personne. Comme cela existe déjà en gros pour 17 millions de personnes en France (fonctionnaires, retraités, salariés à statut, et branches où est reconnu le droit à carrière). Ce salaire à vie peut être versé par exemple au moins dès l'âge de 18 ans. Il faut absolument empêcher la destruction de ces statuts qui donnent un minimum de garanties aux travailleurs et rendent des services publics, il faut au contraire rendre ces statuts encore plus favorables, les améliorer, et les généraliser.

Gdalia Roulin, 9 avril 2018.

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