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Billet de blog 30 septembre 2015

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Tsipras III

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

M. Tsipras fut élu le 25 janvier 2015 sur la promesse de sortir le peuple grec des memorandums et de la misère programmée. Le non au référendum du 5 juillet, malgré la propagande médiatique monstrueuse pour le oui et un blocus bancaire illégal et forcené, a exprimé la ferme volonté de garder ce cap, mais M. Tsipras en tout abus de pouvoir signait seul le 13 juillet la capitulation de son peuple. Trouver des circonstances atténuantes à M. Tsipras ne change rien au fait qu'il a agi à l'encontre du vote. Quant à savoir si le peuple grec se refuse à sortir de l'euro-zone quoi qu'il arrive, la question ne lui a pas été posée et encore moins mise en débat. M. Tsipras en personne ne va pas subir le sort des plus pauvres à qui vont être ôtés, et ce n'est qu'un exemple, encore 93 €, la retraite plancher passant à 393 € (la moitié des retraités par la magie des décotes touchant beaucoup moins). Nos tout-puissants cherchent-ils à vérifier qu'ils peuvent réduire chaque membre des classes laborieuses au niveau de vie du coolie indien sous régime colonial ?

Mieux informés à présent, car certaines nouvelles ne vont pas vite, nous pouvons remarquer que M. Tsipras dès son premier gouvernement avait nommé quelques ministres et 5 conseillers aussi polyvalents en matière de « gauche » ou de droite que MM. Valls ou Macron en France.

Il n'a pas voulu d'autre plan que la recherche de consensus avec la Troïka, et curieusement il semble n'avoir pas prévu que celle-ci puisse rester intraitable, ne posant rien pour établir un rapport de force en faveur de son pays, par ex un moratoire et un audit sur la dette comme l'annonçait le programme de Syriza.

Malgré l'audit citoyen commencé en 2011 et l'audit officiel lancé le 4 février par Zoé Konstantopoulou alors présidente de la Vouli, étude qui analyse la « dette » grecque comme illégale, illégitime, insoutenable et odieuse, raisons qui justifieraient sa complète annulation, dès le 20 février M. Tsipras s'engage au contraire envers l'UE à régler les échéances prévues. Le 22 février Manolis Glezos dénonçait cette trahison, écrivant : «Je demande pardon au peuple grec d’avoir contribué à cette illusion».

M. Tsipras a préféré vider les caisses pour payer les créanciers en réservant seulement 200 millions € d'aides pour les détresses les plus criantes.

Il a soigneusement omis de nationaliser et socialiser les banques dévoreuses d'argent public.

Il a décidé hors les concertations programmées avant son élection.

Il a manœuvré pour que le Parlement signe en 24 h mi-juillet un pavé de 900 pages qui détruit les droits des citoyens selon les desiderata de la Troïka.

Il a provoqué des législatives anticipées avant que le mouvement Unité Populaire créé le 21 août après la scission de Syriza puisse mener campagne.

Au lieu de dissoudre comme il s'y était engagé des unités de police gangrenées de fascistes, il les a envoyées emprisonner des manifestants dès le 13 juillet. Le 23 septembre à peine investi il ordonne la fermeture de l'émetteur d'ERT Open, ex radio-TV publique fermée en 2013, devenue indépendante et autogérée sur internet, sur laquelle il avait pu, jadis, s'exprimer. Le président et le trésorier du syndicat des travailleurs d'ERT sont arrêtés.

M. Hollande se félicite d'avoir un nouvel ami. L'un et l'autre ont trahi leurs promesses dès leur investiture. Tous deux ont été élus par une minorité des électeurs inscrits. M. Hollande 39,08 % (22,32 % au 1er tour), M. Tsipras 19,57 % (1 600 000 Grecs qui avaient voté non au référendum ne se sont pas déplacés le 20 septembre). Mais l'un comme l'autre se permettent de décider seuls pour leurs pays, en complicité des politiques de l'UE au service des mafias financières, employant à l'envie des procédures « d'urgence », vote bloqué au parlement sans débat ni amendement, 49-3 etc. Évidemment ils ne songent surtout pas à un changement de Constitution qui redonne un réel pouvoir au peuple. Ils envoient leurs polices anti-émeutes contre les manifestants. Ils se gaussent entre gens de bonne compagnie des pourcentages obtenus par les militants honnêtes qui ont scissionné, et en Grèce comme en France il semble que le « vote utile » fonctionne au-delà de toutes les espérances ! Utile à l'ajournement perpétuel du changement. Utile à désespérer pour de bon Billancourt, qui finit en général par se tourner vers Aube Dorée ou le FN qu'on transforme en épouvantails, jusqu'au jour où ils deviennent le dernier rempart du capitalisme en pleine décomposition.

Sur fond de 43,4 % d'abstentions et de sondages manipulatoires, Unité populaire n'a fait que 2,86 %. Avec 3 % il aurait eu 8 députés.

Imaginons : si Zoé Konstantopoulou avait été élue plutôt que M. Tsipras, ç'aurait eu une autre allure ! Car elle s'est montrée d'une intégrité démocratique et d'un courage remarquables et s'est battue pied à pied, en vain mais de toute son énergie, pour le respect des engagements pris envers le peuple et pour le respect des lois.

Cependant élire des monarques républicains, et toute une féodalité, dans le cadre d'un système de pouvoir pervers sera toujours un leurre démocratique. Le peuple n'exercera son pouvoir que le jour où il s'organisera lui-même en assemblées pour dire directement ce qu'il voudra réaliser, décidant pour qui, par qui et comment (ce qui n'exclut absolument pas la diversité). La désignation des personnes mises au service de ces choix étant secondaire. C'est le peuple mobilisé dans des assemblées citoyennes d'égaux en droit, à vocation permanente et non pas provisoire, ne se défaussant pas sur des « représentants » qui finissent toujours par ne représenter qu'eux-mêmes (remarque valable pour toute délégation y compris à une assemblée constituante), qui pourra changer la société. Ce sont les assemblées générales populaires qui devraient fonder la matrice d'une nouvelle organisation démocratique.

Gdalia Roulin, 28 septembre 2015.

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