Pas de devoirs sans droits…

Le buzz médiatique contre M. Mélenchon, tronquant le verbe et l’image pour lui refaire un portrait outrancier, efface dans l’ombre les turpitudes de la macronie en affaires et dans l’action politique, et omet de dire que saisir tous les fichiers d’une organisation politique est une atteinte gravissime à la liberté politique, à la démocratie. Libertés corollaires à la force de la gauche, la vraie.

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789). Mais le programme du Conseil National de la Résistance, établissant entre autres des règles protégeant la liberté de la presse, est de plus en plus sapé à la base tout comme le droit du travail et autres conquêtes ouvrières passées.

Il faudrait pouvoir d’abord se former des opinions aussi fondées que possible. Cela suppose une information correcte qui devrait être fournie à chacun dans une société démocratique qui viserait honnêtement le bien-être de tous ses membres. Or pour s’informer il faut au contraire mener des recherches ardues, et ce sur les sujets les plus cruciaux d’utilité publique !

Quant à la communication, ce que l’on appelle ainsi aujourd’hui est souvent une entreprise de manipulation mentale utilisée par les gens de pouvoir qui prétendent user de « pédagogie » pour nous pousser où nous ne voulons pas aller.

Les médias sont-ils des contre-pouvoirs ou des outils de propagande ? Quels que soient le dévouement à leur fonction et la compétence des journalistes, le fait est qu’aujourd’hui une minorité de médias sont indépendants. 9 milliardaires possèdent 80% des médias, et la quasi-totalité des supports médiatiques est aux mains d’une vingtaine de magnats de la finance comme MM. Bolloré, Dassault, Arnaud, Bouygues, Lagardère, Bettencourt, les Crédits Mutuel ou Agricole, le Qatar, etc. Quand V. Bolloré a décidé de changer la ligne éditoriale de Canal+, 100 journalistes sont partis. V. Bolloré reste.

Les journalistes, techniciens, imprimeurs, kiosquiers et autres personnels sont en butte aux contrats précaires qui se généralisent et aux méthodes de management qui évacuent l’horizontalité au profit d’une hiérarchie imposant ses restructurations et ses orientations. Les conditions de travail se dégradent et au prétexte d’économie il devient difficile de réaliser des reportages in vivo. Les grandes grèves des personnels de l’audio-visuel témoignent de ces difficultés.

Il est de plus en plus évident que les grands médias font la propagande de la pensée unique de la classe dirigeante façon Mme Thatcher : « There Is No Alternative ». Rappelons-nous la pression médiatique pour le oui au référendum sur le traité européen… Des pans entiers des médias sont instrumentalisés, qui ont fait par exemple monter en sauce le candidat Macron 2 ans avant l’élection de 2017, tandis que depuis ce 16/10 le buzz médiatique contre M. Mélenchon, tronquant le verbe et l’image pour lui refaire un portrait outrancier, omet de souligner que saisir tous les fichiers d’une organisation politique est une atteinte gravissime à la liberté politique, à la démocratie, et que la liberté de la presse va de pair avec la force de la gauche. Une question essentielle à se poser est celle de l’abus de pouvoir judiciaire ou politique. Sans parler de tous les sujets passés à l’arrière-plan grâce à ce tumulte. Les turpitudes de la macronie en affaires et dans l’action politique sont repoussées dans l’ombre. Les choix budgétaires du gouvernement en particulier et les contre-propositions de l’opposition. On méconnaît habituellement avec une unanimité qui tarde à se fissurer la nécessité vitale d’arrêter de servir la croissance financière. La désinformation est la règle dans une société dominée par le capitalisme et ses bourrages de crânes publicitaires. Les crimes y compris de masse ne sont vraiment connus que plus tard, même au Rwanda, et toutes les « repentances » officielles ne peuvent occulter le fait que rien d’efficace n’est mis en place pour dorénavant protéger les populations. Partout les civils sont les premières victimes des guerres. Et M. Macron par exemple ne veut surtout pas remettre en cause les ventes d’armes « françaises » à un régime tel que l’Arabie saoudite tueur de Yéménites, même quand un journaliste est férocement assassiné. De même les retombées des expériences ou des accidents nucléaires sont très vite minimisées, la réalité du dérèglement climatique fut longtemps tournée en dérision, les scandales divers tels celui de l’amiante ou des pollutions diverses qui nous empoisonnent jusque dans la nourriture, ou à travers des « médicaments » parfois mortels, ne sortent qu’après avoir commis des dommages irréparables. Ces pratiques ne vont pas s’arranger avec la récente loi sur « le secret des affaires » au service des lobbies contre nos intérêts les plus vitaux.

Outre les restrictions budgétaires, le gouvernement déploie une batterie de lois restreignant davantage encore la liberté des médias (« secret des affaires », « fausses nouvelles », projets de lois sur internet, sur l’audio-visuel)... De longue, le pouvoir promeut la censure comme il promeut la punition à tous les étages, et travaille à réduire notre liberté d’expression.

Nous devrions avoir droit à des infos complètes et contradictoires sur tous les sujets, d’autant que la majorité n’a pas forcément raison. Pour que les médias aient l’indépendance de pouvoir mener à bien cette mission, il est clair qu’il faut les désolidariser des puissances d’argent, que les personnels soient en sécurité y compris par rapport à leur statut au travail, qu’ils aient les moyens de travailler et poursuivre leurs investigations. Ceci est trop souvent compromis.

La France Insoumise, après des mois de travail acharné devenait une force d’opposition de plus en plus convaincante. Pour saper son essor, rien de tel que de nous persuader de malversations au niveau de ses dirigeants. Comme au Brésil ? Lula est en prison de par « l’intime conviction » du juge, et Mme Roussef fut destituée pour avoir fait de la « cavalerie » - ce qui n’est pas un détournement de fonds. Il suffit que « l’opinion » retienne l’impression de corruption, même si celle-ci n’est pas avérée, et on se retrouve au final avec l’élection d’un Bolsonaro.

Le buzz éclipse des sujets primordiaux, et comme par hasard, c’est aussi l’instant où M. Hamon le fraternel sort du bois, où Ségolène nous rassemblerait, pour ramener à la tête du pays une fois de plus toujours les mêmes, ou au pire l’ex-FN, mais surtout pas de vrai changement à la racine !

C’est quand le rapport de force bascule en faveur de la gauche, la vraie, que peuvent s’exercer les libertés politiques, sociales, d’expression, dont la liberté de la presse et des médias. Libertés que condamnent les régimes autoritaristes et dictatoriaux. Il serait bon de s’en souvenir.

Gdalia Roulin, 29 octobre 2018.

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