Faire défaut sur la dette française pour donner une chance à la jeunesse

Après François Fillon, Michel Sapin a reconnu que l'Etat était "en faillite". Quand le premier poste budgétaire est le paiement des intérêts de la dette, les gouvernants, de gauche comme de droite, se trouvent face à un non-choix entre « relance » et « austérité ». Il existe pourtant une troisième voie : mettre en œuvre une restructuration préventive et ordonnée de la dette française.

Après François Fillon, Michel Sapin a reconnu que l'Etat était "en faillite". Quand le premier poste budgétaire est le paiement des intérêts de la dette, les gouvernants, de gauche comme de droite, se trouvent face à un non-choix entre « relance » et « austérité ». Il existe pourtant une troisième voie : mettre en œuvre une restructuration préventive et ordonnée de la dette française. Contrairement aux traditionnels partisans de la « répudiation » classés à  l’extrême gauche, qui fondent leur raisonnement sur l’illégitimité du créancier, nous adoptons un point de vue diamétralement opposé, celui de l’illégitimité du débiteur – un Etat ventripotent qui depuis trente ans vit au-dessus de ses moyens et qui se débat aujourd’hui dans une situation inextricable, au risque d’entraîner dans sa chute toute la société.

Techniquement, la restructuration de dette souveraine est un champ bien balisé, et pour cause : 84 pays ont fait défaut sur tout ou partie de leur dette au moins une fois au cours des deux derniers siècles. Certaines restructurations maîtrisées, comme celle de l’Uruguay en 2003, ont non seulement été profitables à l’économie du pays mais ont même permis de regagner la confiance des investisseurs. Dans le cas français, la solution la plus évidente consisterait à introduire rétroactivement par la loi des CACs (Clauses d’Action Collectives) dans les obligations souveraines, de manière à négocier avec une majorité qualifiée de créanciers le niveau optimal (et acceptable) de perte.

 De plus, une telle restructuration créerait un choc moral à l’avantage des nouvelles générations, en partie libérées du fardeau du surendettement, tout en faisant supporter la majeure partie du coût aux épargnants de la « génération 68 » qui ont tant profité des largesses d’un système à crédit (via leurs placements en OPCVM et assurances-vie, qui seraient les premiers touchés).

 Une telle restructuration est non seulement possible dans le contexte de l’Eurozone, mais constitue peut-être même le meilleur moyen de respecter nos engagements européens, sans céder aux sirènes de la création monétaire. Dans cette perspective, il nous semble également nécessaire de poser la question d’un défaut croisé européen. Selon nos calculs, le système bancaire est aujourd’hui assez solide pour pouvoir encaisser une réduction assez forte (jusqu’à 25% environ) de la valeur des obligations souveraines des Etats européens en difficulté.

 Parce que la maladie du surendettement est répandue sur tout le Vieux Continent, une telle réflexion est aujourd’hui nécessaire pour éviter un scénario à la japonaise, où le double fléau de la stagnation et la dette viendrait ruiner tout espoir pour l’Europe de peser dans le nouveau monde qui émerge.

 

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