Liberté pour Antonin : point d’actualité de l’association au 1er juillet 2017

L'association "Liberté pour Antonin", créée au début de l'année 2017, fait un point sur son actualité et ses perspectives.

Chers amis,

Nous avons créé l’association Liberté pour Antonin le 1er janvier 2017 pour mener des actions de soutien et de communication en vue d’obtenir la libération d’Antonin, maintenu en détention provisoire depuis le 2 juin 2016, et l’arrêt des poursuites contre Angel, son frère et leurs camarades mis en cause dans l’affaire de la voiture de police incendiée le 18 mai quai de Valmy à Paris.

Pour rappel, Angel avait été lui aussi incarcéré dès le 21 mai 2016 à Fleury, et nous avons pu obtenir sa libération que le 1er juillet 2016, soit 44 jours d’une détention provisoire incompréhensible, puisqu’un homme avait été incarcéré fin mai pour les mêmes faits qui avaient été reprochés à Angel.

Angel depuis cette date a dû se soumettre à un contrôle judiciaire sévère, avec un éloignement de son domicile en province jusqu’au 6 octobre 2016 ; un retour en région parisienne pour poursuivre ses études, sans avoir le droit de revenir au domicile familial à Paris jusqu’au 31 janvier 2017 ; une interdiction de revoir ou de communiquer avec son frère, qu’il n’a été autorisé à revoir au parloir de la maison d’arrêt de Fleury qu’en décembre 2016; un pointage chaque semaine au commissariat de police, que nous venons de faire lever provisoirement ce mercredi 21 juin 2017 et jusqu’au 1er septembre prochain, pour lui permettre de travailler et de partir en vacances cet été. Malgré toutes ces contraintes auxquelles il s’est plié, il a repris le cours de sa vie, étudié avec sérieux et obtenu une mention assez bien pour sa première année de géographie aménagement à Nanterre.

Ses deux camarades arrêtés eux aussi le 18 mai, toujours mis en cause dans cette affaire, ont été placés sous contrôle judiciaire 4 jours après leur détention à Fleury et à Fresnes.

Antonin quant à lui a subi l’acharnement d’un système judiciaire qui avait besoin pour mener son instruction, de composer avec les services de police qui menaient l’enquête, avec le syndicat Alliance, partie civile dans cette affaire, avec les services de renseignements qui avaient pré-désignés Antonin, Angel et leurs deux camarades coupables avant même que toute enquête n’ait commencé, et de ne pas décevoir un gouvernement trop empressé à clamer que les coupables avaient été arrêtés le jour même des faits.

A trois reprises en septembre 2016, en novembre 2016 et en mars 2017 la juge d’instruction s’est opposée à nos demandes de liberté, à trois reprises, les juges des libertés et des détentions se sont prononcés pour la remise en liberté d’Antonin. A trois reprises, la chambre d’instruction a fait appel des décisions des JLD.

Antonin a finalement été libéré le 28 mars 2017 après 10 mois d’une incarcération provisoire injustifiée à Fleury Mérogis. Pour information, nous vous communiquons le lien vers l'article de Mathilde Goanec et Christophe Geugnau, sur Mediapart, qui relate sa libération : 

https://www.mediapart.fr/journal/france/280317/voiture-de-police-incendiee-bernanos-est-remis-en-liberte

 Que s’est-il passé depuis le 28 mars ?

Antonin a dû établir sa résidence en province dès le lendemain de sa libération.

Il a poursuivi ses études de sociologie en prison grâce au soutien indéfectible de ses professeurs de l’université de Paris-Nanterre et a passé en cellule avec succès ses premiers examens en janvier 2017 ; il a pu revenir en juin à Nanterre passer ses examens de 2e semestre, ainsi que 2 tests de rattrapage sur informatique du 1er semestre qu’il n’avait pu réaliser, ne disposant d’aucun accès à un ordinateur. Sans préjuger des résultats qui seront publiés le 7 juillet prochain, il est certain qu’il accèdera à la 3e année de licence avec une mention.

Il reprend le cours de sa vie et nous nous sommes attachés à le rétablir, 10 mois d’incarcération lui ayant laissé des traces importantes sur sa santé physique.

Il continue d’écrire, de travailler à défendre les causes de ceux qui subissent les répressions judiciaires, policières, sociales, économiques, politiques d’un monde impitoyable pour ceux qui osent le requestionner : les migrants, les populations des banlieues écartées de leurs droits fondamentaux, les familles des victimes de violences policières de plus en plus nombreuses depuis que l’Etat a répondu favorablement aux policiers d’un droit à la légitime défense, les nombreux militants associatifs, syndicaux ou politiques systématiquement interpellés ou incarcérés pour des délits d’humanité ou de solidarité, et depuis son expérience de 10 mois à la maison d’arrêt de Fleury Mérogis, les détenus et leurs proches, totalement oubliés de notre société, et dont il a partagé le sort.

Depuis le 29 juin, il a obtenu une modification de son contrôle judiciaire, lui permettant d’établir sa résidence en banlieue parisienne et de s’inscrire à l’université de Paris Nanterre pour la rentrée 2017-2018. Il devra toutefois pointer encore chaque semaine au commissariat de police.

Nous avons appris la clôture de l’instruction le 7 avril 2017 par la juge d’instruction Lucie Berthezene, qui avait rejeté quelques jours auparavant la 3e demande de libération d’Antonin, estimant sa détention indispensable au déroulement de son enquête et à la manifestation de la vérité. Pourtant c’est juste après la libération d’Antonin que nous apprendrons la mise en cause d’une 9e personne dans ce dossier, non interpellée parce qu’il est un ressortissant suisse.

C’est par une brève entendue à la radio que nous avons appris le 12 mai 2017 que le parquet du tribunal de grande instance de Paris avait rendu ses réquisitions sur cette affaire. Nous avons eu connaissance de cet arrêt le 17 mai, qui demande la requalification des faits notamment ne retenant pas la tentative d’homicide contre les policiers, ni la notion de bande organisée et d’association de malfaiteurs ; le non-lieu partiel pour Angel et un camarade sur leur participation à l’agression des policiers et la destruction du véhicule ; la correctionnalisation de l’affaire ; pour autant il avance un nouveau concept scélérat contre tous les mis en cause : le délit de participation à un attroupement formé en vue de préparer des violences ou des dégradations, qui permettra de laisser peser sur les quatre premiers interpellés des charges. Antonin et les autres mis en cause y sont toujours accusés de violences aggravées contre personne dépositaire de l’autorité publique et destruction volontaire du véhicule de police.

Si nous avons obtenu la liberté d’Antonin, les poursuites ne sont pas abandonnées contre Antonin, Angel et leurs camarades et les charges restent lourdes. La bataille va donc continuer et la mobilisation devoir encore s’amplifier. 

  • Nos actions

Votre soutien nous aura permis de réaliser un certain nombre d’actions qui ont compté dans la mobilisation sans relâche que nous avons menée pour obtenir le 28 mars 2017 la libération d’Antonin.

Nous avons créé une adresse internet pour nous contacter : libertepourantonin@gmail.com

Nous avons ouvert un blog pour relayer toute notre actualité : libertepourantonin@blogspot.fr

Nous avons ouvert un compte à La Banque Postale au nom de l’association pour gérer les dons, les adhésions et nos dépenses.

 Nous avons écrit et relayé :

  • une pétition sur change.org en novembre 2016 qui a réuni 3081 signatures à ce jour.
  • Un article sur Médiapart « une enquête à l’envers » en novembre 2016

Cet article et cette pétition ont été relayés sur le blog hébergé par Médiapart, et sur lequel nous continuons à relayer notre actualité et sur notre blog libertepourantonin@blogspot.fr.

Nous avons participé avec Antonin à un projet d’écriture « de chaque côté du mur » mené par les journalistes de Prison Insider ; parents et amis ont pu évoquer la prison telle qu’ils la vivaient depuis « le dehors », et Antonin exprimer ce qu’il vivait de son côté, « du dedans ». Des textes à retrouver sur le site de Prison Insider !

Nous y étions !

Le 2 mars 2017, nous avions participé au meeting « Conflits sociaux en état d’urgence – Regards croisés sur la justice, la police, la prison » organisé par les professeurs du département de sociologie de Paris-Nanterre (F.Bujega-Bloch, C.Clément, S.Fortino, C.Giraud, F Le Blanc, A Oeser, S.Pedron Colombani, F.Reyssat, A.Steiner) et le groupe étudiants Libérons Antonin qui ont soutenu sans relâche Antonin dès le début de cette affaire.

Plus de 200 personnes sont venues toute la journée écouter les interventions :

  • des sociologues : Laurent Bonelli, Yasmine Bouagga, Jérémie Gauthier, Michel Kokoreff, Anne Le Hérou Gwenola Riccordeau, Fabien Jobard, Geoffroy de la Gasnerie,
  • des écrivains : Serge Quadruppani et Pierre Douillard Lefevre,
  • des associations : Serge Slama de la LDH, François Bes de l’OIP, Alexandre Delavay de Prison Insider, Amale Bentounssi du collectif « Urgence notre police assassine », d’Abdel Azziz Kraiker du collectif Violence policières Pantin, Samir Elyes militant de quartier, Giovanna Ricon Murillo de l’association Acceptess, d’Antoine militant syndicaliste, Geneviève Bernanos de l’association Liberté pour Antonin.

Retrouvez quelques-unes des interventions sur notre blog.

Le 4 mars 2017, nous sommes allés soutenir Assa Traoré sur le terrain de sport de Boyenval à Beaumont-sur-Oise dans son combat pour obtenir justice et vérité pour la mort de son frère Adama le 19 juillet 2016 et dénoncer l’incarcération injuste de son frère Youssouf libéré quelques temps après, et de celle de Bagui toujours encellulé à Fleury Mérogis . Notre volonté était de nous inscrire dans les luttes qu’Antonin a toujours menées, notamment celles contre les violences policières, et de dénoncer la criminalisation systématique de tous ceux qui osent s’opposer à la police. Assa nous a donné la parole ce jour-là, et nous l’a redonné encore dans son très beau livre « Lettre à Adama » qui vient d’être publié au Seuil. Nous lui en sommes reconnaissants. (voir photos de la journée sur notre blog).

Le 11 mars 2017, nous avons rejoint le rassemblement de Femmes en Lutte 93 à Saint-Denis, dans leur manifestation pour les droits des femmes et des minorités de genre, pour une marche chaleureuse et solidaire ; nous y avons été invité à prendre la parole et à rappeler la situation d’Antonin, et par notre expérience de l’incarcération qui nous a amené à partager le sort de nombreuses familles de détenus, à parler de la situation cruelle de ces femmes détenues, des mères, sœurs, filles, conjointes de détenus, qui vivent la prison sous le joug d’une administration pénitentiaire dure et loin des regards et de la compassion de notre société.

Le 19 mars 2017, nous avons participé à La marche pour la dignité à Paris avec le collectif des associations ; nous avons été invités par Amale Bentounssi du collectif « Urgence notre police assassine », à prendre la parole pour rappeler encore la détention injustifiée d’Antonin dans une affaire qui l’oppose à la police. Nous y avons rencontré des familles meurtries par le décès d’un proche qui ne demandent que la vérité, la justice, la réparation de l’infamie jetée sur leurs fils, frère, père, emprisonnés et-ou morts dans des affaires de violences policières.

Le 27 mars 2017, la Ligue des Droits de l’Homme nous a conviés à la conférence de presse qu’elle organisait à son siège à Paris sur l’application injustifiée de la détention provisoire en France, mesure qui doit rester selon le droit une exception, et qui devient la règle depuis quelques années ; à Fleury Mérogis, maison d’arrêt surpeuplée avec un taux d’occupation de 135%, près de 30% des détenus le sont en détention provisoire! Aux côtés de Michel Tubiana président d’honneur de la LDH, Arié Alimi avocat membre de la LDH, et les avocats d’Antonin et d’Angel, Hugo Levy et Jérémie Assous, nous avons été invités à y prendre la parole pour alerter encore une fois les 10 mois d’incarcération d’Antonin et le refus de la juge d’instruction de le sortir de cette situation. Cette conférence a été relayée par BFM TV (voir le lien sur notre blog).

Nous avions promis à Assa Traoré de venir la soutenir le 22 avril 2017 à la conférence qu’elle organisait à la bourse du travail de Paris : nous y sommes allés et avons remis en perspective la situation qu’avait vécue Antonin de son arrestation jusqu’aux conditions de son incarcération et celle que vivait toujours malheureusement Bagui Traoré, seul témoin à avoir vu son frère décédé à la gendarmerie, toujours emprisonné à ce jour. Oui, l’incarcération d’Antonin étudiant militant et celle de Bagui qui ne réclamait que justice pour son frère tiennent des mêmes ressorts d’un système judiciaire, policier et pénitentiaire qui s’abat sur tous ceux qui osent le contester.

 

Nos prochains rendez-vous

Nous avons appris le 28 juin dernier le calendrier du procès qui s’annonce pour septembre 2017 :

Le 17 juillet 2017 à 13h30 : une première audience relais se tiendra devant la 16e chambre correctionnelle pour rappeler les faits retenus par le parquet.

Les 19, 20, 21,22 septembre prochains à 13h30 les audiences au fond se tiendront devant la 14e chambre correctionnelle.

Nous devrons nous mobiliser pour ces dates !

Nous travaillons en ce moment à notre plan d’actions, dont nous vous ferons prochainement part.

D’ores et déjà, nous vous signalons et vous recommandons la lecture du rapport d’Amnesty International les droits bafoués de manifester en France : à lire sur https://www.amesty.fr/liberte-d-expression/actualites/droit-de-manisfester-en-france

Il faudra faire entendre notre combat au moment même où vont reprendre les mobilisations sociales et politiques contre la loi travail que le gouvernement veut adopter au pas de charge cet été.

Dès le 22 juillet prochain, nous irons soutenir à Beaumont-sur-Oise la famille Traoré pour commémorer la mort d’Adama il y a un an le 19 juillet 2016.

D’ores et déjà, si vous le souhaitez, vous pouvez nous faire part de vos idées sur notre mail libertepourantonin@gmail.com.

 A bientôt.

 

 

 

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