La marche du 9/02 pour Gaye Camara : un moment important du mouvement social.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier 2018 à Épinay sur Seine, Gaye Camara a été abattu par la police. Il ne representait aucune menace, ne commettait aucun delit. Le 9 février une marche est organisée par le Comité Vérité et Justice pour Gaye. S’y rendre le plus nombreux possible est une nécessité.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier 2018 à Épinay sur Seine, Gaye Camara a été abattu par la police. 

Il ne representait aucune menace, il ne commettait aucune infraction, aucun delit, aucun crime.

Les policiers ont tiré à 8 reprises sur lui et Gaye a reçu une balle dans la tête. Il avait 26 ans. 

Les policiers affirment que leur intervention s’est déroulée dans le contexte d’une histoire de voiture volée - à laquelle d’ailleurs Gaye n’est pas directement mêlée. Comment peut-on tirer sur quelqu’un pour une histoire de voiture volée ? comment peut-on aller jusque à tuer alors que cela concerne un enjeu si insignifiant ?

Dès que je commence à décrire la séquence ainsi, je suis certain que spontanément  des lecteurs se demandent : qu’a fait Gaye? Ou était il ? Quel est son passé ? Est-il vrai qu’il n’a commis aucun délit ?Ces questions apparaissent quasi spontanément dans nos cerveaux. 

Mais il faut résister à cette tendance si présente dans les affaires de violences policières à orienter notre regard vers la victime. Et à alimenter ainsi la logique de la criminalisation. Nous devons orienter notre regard vers les auteurs. La question qu’il faut poser est : qu’ont fait les policiers ? Qu’y a-t-il dans leur tête pour dans une histoire supposée de voiture volée créer une situation qui aboutit à la mort ? Qu’est-ce que cela révèle sur l’inconscient policier, la manière dont nous sommes gouvernés... ? 

Si vous connaissez cette histoire vous savez à quel point elle est bouleversante et à quel point elle réclame une dénonciation de l’ordre policier.

Si vous ne la connaissez pas, cela signifie que, comme toujours, l’espace médiatique et l’espace politique ont invisivilisé une affaire qui concerne les pratiques policières sur les jeunes garçons noirs et arabes. Par leur silence, par le fait de traiter ce sujet comme périphérique, ou en reprenant la problématisation policière qui transforme la victime en coupable, ils ont  participé de la reproduction des conditions de la violence. L’ordre policier et l’ordre médiatique fonctionnent très souvent ensemble et se consolident mutuellement. 

Le 9 février à 14h une marche est organisée par les proches de Gaye et le Comité Vérité et Justice pour Gaye. 

S’y rendre le plus nombreux possible est une nécessité pour mettre en question tous ces ordres qui produisent l’exposition à la mort et à la mutilation des jeunes garçons noirs et arabes dans les quartiers populaires.  

Le monde social est chaotique et différents systèmes de pouvoir le constituent. La marche pour Gaye du 9 février affronte un système de pouvoir qui doit être l’une des cibles du mouvement social. Beaucoup de manifestations très importantes se sont déroulées ces derniers temps avec des personnes qui ont pu faire des longs parcours y participer :  les manifestations des gilets jaunes, les marches climat, Notre dame des Landes... il s’agit ici d’une marche aussi importante que ces dernières pour toute la gauche et toute personne engagée dans le mouvement social. Elle est l’une des incarnations de la lutte sociale contemporaine. 

Chaque année nous célébrons l’abolition de la peine de mort comme une conquête essentielle... mais cette peine a-t-elle était abolie ? Les policiers ne sont-ils pas en train de se redonner le pouvoir de donner la mort selon leur propre critère ?

Samedi 9 février, 14h, gare de Noisy Champs RER A. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.