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Billet de blog 10 déc. 2020

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Pour Edouard Louis

Communiqué à propos de la condamnation pour vol avec violence mais la relaxe pour agression sexuelle sur Edouard Louis par le tribunal correctionnel de Paris

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Il s’est donc passé il y a quelques jours pour Edouard ce qui s’est passé pour beaucoup d’autres avant lui : sa plainte et sa parole, les expertises médicales, les marques de strangulation, les ecchymoses sur son corps, les traumatismes anaux, la peur de la confrontation que l’on voudrait lui imposer, la difficulté de tout se remémorer et la lassitude d’avoir à le répéter encore et encore... n’ont pas suffi à convaincre une juge de la réalité d’un rapport non consenti (que faudrait il de plus ?). Pour elle il peut aussi bien s’agir d’un rapport « brutal et traumatique consenti » ((qui irait porter plainte après un rapport consenti?) !!!

Le fait qu’il se soit précipité le matin aux urgences pour recevoir un traitement préventif contre le VIH pourrait également selon elle s’expliquer par le fait qu’il a pu avoir un rapport non protégé avec quelqu’un d’autre quelques jours avant !

La juge Hélène Ragon ose même s’appuyer sur une « expertise » psychologique pour affirmer qu’Édouard souffre encore du « manque de reconnaissance de ses parents » ce qui peut le conduire à se sentir mal aimé. Voilà le jugement : Il n’a peut être pas subi les faits qu’il a dénoncés, il aurait aussi bien pu s’être senti « mal aimé »... je n’invente rien. La logique de l’exclusion de la force probante est systématiquement appliqué à tout élément allant dans le sens de ce que dit Edouard. Il n’est jamais écrit que ce que dit Edouard est faux, il est simplement statué que les éléments objectifs ou les témoignages ne sont jamais assez probants... Seul le vol avec violence a été retenu.

Dans le même temps Edouard a toujours marqué ses distances avec cette procédure dont il n’attendait rien et avec la logique pénale de la condamnation et de l’incarcération à laquelle il s’est toujours opposé tout au long de l’instruction (il n’est donc en rien responsable si quelqu’un a passé du temps en prison. Ce sont les juges qui mettent les gens en prison, y compris contre l’avis des parties civiles).

Je ne peux m’empêcher de voir dans cette décision la vengeance d’une institution contre quelqu’un qui n’a pas voulu jouer son jeu.

Edouard n’a pas assisté au procès. C’est donc un soulagement pour lui que cette histoire s’arrête. La vérité reste la vérité. Edouard a reçu beaucoup de messages de soutien qui lui ont dit avoir reconnu leur histoire et leur confrontation violente à l’institution judiciaire dans ce qui lui est arrivé.

Et j’ajoute que comme il ne cesse de le dire et contrairement à ce que répètent sempiternellement les journalistes cette histoire n’a rien à voir avec ses livres puisque il a porté plainte le soir du 25 décembre 2012, 2 ans avant avoir écrit la moindre ligne, 4 ans avant la publication d’histoire de la violence. Il n’y a donc pas une « vérité judiciaire » contre une « vérité littéraire ». Il y a une décision judiciaire choquante et même absurde qui va à l’encontre de la parole de quelqu’un qui a porté plainte pour viol.

Edouard est depuis toujours détruit par cette affaire, il n’a pas la force de se battre et de s’exprimer lui qui a d’habitude tant de force pour le combat.

PS: j'apprends que le parquet à décidé de faire appel de cette relaxe.

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