Comment appelle-t-on un Etat où on risque d'aller en prison pour sa pensée ?

En quelques jours, deux informations ont été rendues publiques qui montrent le développement de stratégies de répression qui visent à envoyer en prison des individus uniquement pour leurs écrits politiques.

Comment appelle-t-on un Etat où l'on risque d'aller en prison pour avoir publié sa pensée ?

En quelques jours, deux informations ont été rendues publiques qui montrent le développement de stratégies de répression qui visent à envoyer en prison des individus uniquement pour leurs écrits politiques.

Aujourd'hui, Lundi Matin publie une pétition - que j'ai signée - à propos de ce qui arrive Nicolas Fensch : condamné à 5 ans de prison dont 2 ans et demi avec sursis dans l'affaire dite du Quai de Valmy en 2016, il bénéficiait du régime de liberté conditionnelle. Il y a quelques semaines, il a raconté son parcours dans un livre paru aux éditions Divergences "Radicalisation express - Du gaullisme au Black Block" et a accordé notamment un entretien à l’AFP.

"Trois jours plus tard et alors qu’il n’était soumis à aucune interdiction de s’exprimer, le parquet de Paris faisait appel de sa liberté conditionnelle." Et il risque donc aujourd'hui de "se retrouver en prison pour avoir écrit un livre ou répondu à une interview pour la plus grande agence de presse française" (Voir :http://lundi.am/en-prison-pour-un-livre )

Il y a quelques jours, un communiqué de l’association 269 Libération Animale annonçait que les deux fondateurs de l'association étaient renvoyés devant le tribunal correctionnel pour une action de blocage d'un abattoir à laquelle ils n'avaient pas participé.

Le simple fait qu'ils développent une pensée de l'action directe leur vaut d'être renvoyé pour "complicité." L'audience s'est tenue le 19 novembre et le procureur a requis 6 mois ferme contre eux. (Toutes les infos sont ici : https://www.facebook.com/notes/269-lib%C3%A9ration-animale/ce-que-letat-nous-inflige-un-7%C3%A8me-proc%C3%A8s-lundi-sur-la-base-dune-inculpation-pour/2211645735790629/)

On ne sait pas encore, pour ces deux cas, quelles seront les décisions des juges. Mais en même temps, il ne faut pas se concentrer uniquement sur la décision des juges pour appréhender le système répressif et ce qui se met en place. Même si tous restent libres, le simple fait que les fondateurs de 269LA soient poursuivis, ou que le parquet veuille renvoyer Nicolas Fensch en prison, engendre des coûts réels et psychologiques. Le parquet adresse aussi par là des menaces objectives à chacun d'entre nous, qui peuvent produire, indépendamment de leurs résultats, des formes de censure et d'auto-censure, des difficulté à prendre la parole publique et à avoir la possibilité de tenir un discours politique. Il s'agit pour lui, petit à petit, de gagner du terrain, de produire des régressions.

(On notera d'ailleurs que tous les discours qui ont été tenus ces dernières semaines, notamment par de journalistes, pour dire que, parce qu'une action du parquet respectait la Loi, elle n'était pas "politique", volent ici en éclat)

Aujourd'hui, en France, trois individus risquent la prison pour des écrits de nature politique et uniquement pour cela.

Comment appelle-t-on un Etat où l'on risque d'aller en prison pour avoir publié sa pensée ?

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