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Sujet peu glamour : la vague du diabète enfle, enfle… Une maladie qui touche la qualité de la vie, accroît la mortalité et beaucoup d’autres maux. Une maladie traitée très inégalement en France et dans le monde : les pauvres mais aussi certains… très riches.
Selon The Lancet (23 juin 2023), « le monde n’a pas compris la nature sociale du diabète et a sous-estimé son échelle véritable et la menace qu’il pose ». Le Global Burden of Disease par l’Institute for Health Metrics and Evaluation (Seattle) a compté près de 530 millions de diabétiques début 2022, soit une prévalence qui double entre 1990 et 2021 (6,1%) pour atteindre près de 10% de la population en 2050. La plupart des malades vieillissants souffrent d’obésité et de surpoids, mais aussi d’insécurité alimentaire.
Le diabète de type 2 (96% des cas) apparaît souvent après la quarantaine, avec une alimentation de mauvaise qualité (souvent industrielle) et peu d’activités physiques. L’inquiétude est qu’il se développe désormais avant l’âge de 20 ans : aux Etats-Unis, il a doublé chez les enfants depuis l’an 2000.
Certes, les facteurs génétiques jouent mais un fort indice de masse corporelle, l’excès de viande et de sucres, la pauvreté d’un régime alimentaire en fruits, légumes et fibres, un environnement pollué et une faible activité physique multiplient les risques.
Si avoir deux parents diabétiques donne une chance sur deux de développer soi-même la maladie, les principaux facteurs de risque restent d’abord d’avoir un indice de masse corporelle élevé, une alimentation trop riche en viande et en sucres et pas assez en fruits, en légumes et en fibres, un environnement pollué, une consommation de tabac et d’alcool importante et une trop faible activité physique.
Le diabète de type 1 est diagnostiqué plutôt chez les jeunes (de l’enfance jusqu’à l’âge de 25 ans). Pathologie auto-immune, ce diabète (2500 nouveaux cas par an en France) progresse de près de 5% par an depuis les années 2010. D’origine gestationnel et lié à une hyperglycémie pendant la grossesse, le diabète touche, à l’échelle mondiale plus de 20 millions de femmes. La géographie marque une surreprésentation en Asie du Sud-Est qui compte le tiers des cas. La plupart des nouveaux cas seront diagnostiqués en 2045 dans les pays pauvres, notamment en Afrique subsaharienne où leur part va doubler. En 2022, ce sont les îles de l’Océanie et l’Australie, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient les plus touchés avec une progression fulgurante : plus 20% d’ici 2050. Le record est au Qatar.
A l’inverse, le diabète de type 2 n’est pas transmissible. Dans la très grande majorité des cas, on peut l’éviter. Il est même réversible dans certains cas si le diagnostic est précoce. D’où la question de l’égalité d’accès aux soins (insuline, alimentation non industrielle), y compris et surtout dans les pays devenus très riches en quelques décennies comme les pays du Golfe.
Le cas des Aborigènes vivant à l’écart montre que les maladies cardio-vasculaires et le diabète qui les touchent quatre fois plus fréquemment que les autres Australiens sont liés au coût de l’alimentation plus élevé que dans les métropoles. L’issue de leur diabète est mortelle à un âge précoce du fait du racisme qui les touche et limite leur accès aux soins.
The Lancet pointe les mêmes inégalités au Royaume-Uni touchant les populations noires. Aux Etats-Unis, les Blancs sont deux fois moins touchés par la maladie que les Afro-Américains et les Hispaniques, impactés par la rétinopathie, voire la cécité, les ulcères du pied conduisant à l’amputation. Chez les Amérindiens, le diabète conduit à la mort près de 6% de la population contre 2,5% chez les Blancs.
En France où l’on est globalement mieux soigné, la prévalence du diabète est trois fois plus importante que la moyenne à La Réunion, deux fois dans les Antilles. L’IRD a pointé la médiocrité de l’alimentation trop souvent industrielle, car bon marché alors même que les prix sont jusqu’à 30% supérieurs à ceux de la métropole. L’agence régionale de santé antillaise a même relevé des teneurs en sucre plus élevées de 50% par rapport à la métropole !
Que faire ? Arrêter de faire l’autruche. La communauté internationale par le biais de l’OMS s’est engagée à lutter contre les maladies non transmissibles : pour le diabète, elle table sur une prévalence de 30% d’ici 2030. Autrement dit, demain.
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Si vous voulez voir le diabète par la lorgnette historique, piochez dans le livre de Françoise Guillon-Metz (éd. Zinedi, 2017), endocrinologue et diabétologue qui a enquêté sur les grands diabétiques de l’Histoire : la reine d’Egypte Hatchepsout, Charles Quint, Louis XIV, Champollion, Karl Marx, Puccini, Courteline, Jules Verne, Balzac, Liz Taylor, et aussi le général de Gaulle qui avait un très grand appétit… surveillé par tante Yvonne.
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