BASTA contre les profiteurs de la PAC

Après les GAFA, voici les BASTA, l'acronyme de Bigard, Avril, Savéol, Tereos et Agrial, le club des cinq plus gros profiteurs de la Pac. Alors que les paysans, les maraîchers et arbos diversifiés sont les oubliés d'une politique qui devrait faire vivre les territoires. (Par Gilles Fumey)

Fils d’éleveurs en Haute-Marne, le réalisateur Hubert Charuel a tourné "Petit paysan" en 2017. © AFP/ FRANCOIS NASCIMBENI Fils d’éleveurs en Haute-Marne, le réalisateur Hubert Charuel a tourné "Petit paysan" en 2017. © AFP/ FRANCOIS NASCIMBENI
Chacun d'entre nous qui comprend combien la PAC (politique agricole commune de l'Union européenne) n'est pas à la hauteur des défis sanitaires et environnementaux actuels, peut le dire et le faire savoir: oui, nous voulons la valorisation du métier de paysan, une agriculture souveraine et durable, le bien-être des animaux, un tissu rural dynamique, une cohérence avec les paysans du Sud de la planète et une lutte contre le changement climatique. Un collectif de paysans et citoyens ont lancé il y a quelques années la plateforme qui n'a pas pris une ride Pour une autre PAC pour dire "Basta aux profiteurs de la PAC". 

Neuf milliards d'euros issus des impôts des citoyens européens sont versés à l'agriculture en France. A qui vont ces aides ? Elles sont distribuées à des agriculteurs qui travaillent pour l'industrie et non aux petits paysans qui ont du mal à survivre. Grandes fermes, élevages industriels, grandes surfaces céréalières et betteravières, tout cela pensé comme une "optimisation" et qui aboutit à la surproduction, à l'exportation sous forme d'aides aux populations des pays en développement qui ne parviennent pas à lutter contre cette concurrence à leur production. La PAC pousse les fermes françaises à s'agrandir au lieu de valoriser la transition écologique. 

L'américanisation des paysages agricoles en France : une catastrophe écologique © DR L'américanisation des paysages agricoles en France : une catastrophe écologique © DR

D'amont en aval, coopératives et entreprises agro-alimentaires bénéficient aussi de cette manne. Ainsi, quelques firmes de l'agro-industrie voudraient dominer notre alimentation. Ce sont les BASTA, profiteurs de la PAC. Qui sont-ils ? Petite revue de presse. 

Bigard connu sous la marque Charal dont il est le propriétaire (157e fortune de France) fait travailler pour lui la moitié des éleveurs bovins. Lesquels ont un revenu moyen de moins de 1100 euros par mois. Son management dans ses 24 abattoirs et ses 53 usines (14 000 employés) manie souvent le bras de fer, les cadences de travail sont "infernales", le bien-être animal le cadet de ses soucis. En fixant ses prix d'achat, il mise sur l'argent public pour compléter le manque à gagner des éleveurs contraints de vendre leur viande à perte. Le pouvoir de négociation des éleveurs est quasi nul. Avec un programme de promotion à l'exportation de 2 millions d'euros d'argent public par la PAC, Bigard gagne des parts de marché à l'étranger (en Algérie, notamment) alors que les filières de l'élevage sont montrées du doigt dans le changement climatique. 

Avril que les consommateurs connaissent par les marques Lesieur, Puget, Matines, Diester, Sanders et autres possède 83 usines dans le monde. Elle produit des oléoprotéagineux dans une filière totalement intégrée. Les aides de la PAC lui viennent par des mécanismes techniques et juridiques encadrant la productivité, soit pas moins de 130 millions d'euros annuels. Elles permettent l'agrandissement des fermes et les productions énergétiques au détriment de la souveraineté alimentaire et des petites fermes qui sont en distorsion de concurrence. Les aides pourraient être mieux attribuées par actif (ou chef d'exploitation) et pour l'anticipation des crises. 

Savéol produit 15% des tomates françaises, hors sol sous serres chauffées toute l'année en Bretagne. Avec 6,7 millions d'euros de subvention en 2019 grâce au programme opérationnel fruits et légumes, la PAC soutient ainsi une agriculture polluante, déconnectée des saisons, vantée par des technologies (capteurs de rendement, outils de récolte numériques, modification des semences...) dans des serres qui ne cessent de se multiplier (un projet de 15 ha à Concarneau). Ses tomates sont résistantes aux manipulations de la grande distribution. Ces tomates émettent sous serre 12 fois plus de CO2 qu'une tomate sous abri non chauffé. Comme organisation de producteurs, Savéol bénéficie aussi indirectement par l'interprofession d'un programme encourageant la consommation de fraises, tomates et concombres, à destination des enfants français et hongrois. 

Tereos connu par ses marques Béghin Say et La Perruche compte 23 usines en France alimentées par 18 000 agriculteurs, est le 2e groupe sucrier du monde qui exporte les trois-quarts de sa production (4,45 Mt). Endettés pour s'équiper d'outils coûteux dans l'agriculture "de précision" (drones, GPS, tour de contrôle), les paysans sont fragilisés par cette politique qui intensifie et uniformise la production, contribuant au déclin de la biodiversité.  Tereos a milité pour le retour des néonicotinoïdes dans les cultures alors que les résultats de la coopérative pour 2020 sont très bons et qu'ils auraient permis d'adopter des solutions alternatives aux intrants chimiques. Sans compter que Tereos est à l'origine d'une grave catastrophe écologique en avril 2020 avec le déversement accidentel d'eau de lavage de betteraves dans l'Escaut. Le "paiement vert" du premier pilier de la PAC s'apparente à du greenwashing. En 2018, Tereos a empoché 45 millions d'euros d'aides européennes. 

Agrial qui fournit des semences, des céréales et des légumes est présent dans l'élevage et connu par ses marques Soignon, Florette, Loïc Raison, Danao et plus de 50 autres marques. Elle emploie 22 000 personnes et elle est la première des coopératives françaises (plus de 6 milliards d'euros de chiffre d'affaire en 2019). Concentration, surproduction, exportations sont l'horizon de ce mastodonte très diversifié pour minimiser les risques. Mais les milliers d'éleveurs ont mis la clé sous la porte à la suite d'une internationalisation qui les a exposés au marché mondial. La dérégulation du marché du lait (excédents et chute des prix), l'aide au stockage privé, le financement d'un faux nez de la communication (le CNIEL qui a touché près de 7 millions d'euros d'aides en 2019), tout est orienté vers un productivisme mortifère. La PAC doit abandonner les exportations de ses surproductions coûteuses pour les contribuables. 

Comment s'engager ? S'informer et informer les autres, se mobiliser en ligne, s'engager sur le terrain et prendre conscience que les crises actuelles appellent l'Europe à changer de modèle agricole dès maintenant. Rejoindre une Amap, les Amis de la Terre, France Nature Environnement ou le mouvement international Slow Food, c'est la portée de chacun. 

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Pour en savoir plus : pouruneautrepac.eu 

Ci-dessous les institutions et ONG engagées dans cette campagne. Qu'ils soient remerciés. 

 © Pour une autre PAC © Pour une autre PAC

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