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Billet de blog 20 mars 2021

Le Gulf Stream nous joue des tours

Les Bretons ont du souci à se faire. Non seulement, l’agriculture industrielle pollue leur territoire et empoisonne les plages, mais le Gulf Stream qui leur apporte une forme d’exception climatique est en train de s'affaiblir…

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Système de courants marins dans l’Atlantique. Les eaux chaudes de surface sont en rouge et les eaux froides profondes en bleu. © Crédits : Stefan Rahmstorf / @rahmstorf.

Une équipe de chercheurs océanographes allemands, anglais et irlandais a exploré le gigantesque tapis roulant appelé « circulation méridienne de retournement atlantique » (AMOC). Ils en décortiquent la dynamique dans la revue Nature Geoscience du 25 février 2021[1]. Le courant affaiblit. L’Europe occidentale qui connaît un climat doux l’hiver va, sans doute, connaître des changements.

On connaît les impacts de la circulation du grand courant océanique de l’hémisphère Sud, appelé El Nino. Dans l’Atlantique nord (en connexion avec le sud aussi), ce sont 20 millions de mètres cubes d’eau par seconde (près de cent Amazones !) qui se déplacent de la côte américaine à celle de l’Europe et de l’Afrique.

On doit à Benjamin Franklin (1706-1790) les premières mesures scientifiques du Gulf Stream avec une carte publiée en 1769 à la suite de ses traversées de l’Atlantique. Plus tard, Alexandre de Humboldt mesure aussi les densités de l’eau océanique au large du Pérou. Des constats qui lui valurent de laisser son nom au courant dit « de Humboldt ».

L’AMOC a été mesuré scientifiquement à partir de 2004. L'histoire des vitesses du courant se fait en examinant la taille des grains dans les carottes océaniques ainsi que la composition des coraux distribués différemment selon la température de l’eau.

Réchauffement de l’océan de surface observé depuis 1870. Le refroidissement au sud du Groenland et le réchauffement à l’est des États-Unis sont des signatures attendues d’un ralentissement du Gulf Stream. © Crédits : Stefan Rahmstorf / @rahmstorf.

Les chercheurs sont convaincus que la circulation océanique est restée stable jusqu’à la fin du 19e siècle qui voit s’achever le petit âge glaciaire vers 1850. Période à partir de laquelle les courants océaniques se ralentissent. Avec un deuxième palier franchi un siècle plus tard. Actuellement, on constate une diminution du courant d’environ 15 % depuis soixante-dix ans.

Faut-il s’inquiéter ? Oui, pensent les chercheurs. Le réchauffement climatique actuel perturbe la mécanique du Gulf Stream du fait de l’accroissement des précipitations et de la fonte de la calotte groenlandaise. En augmentant le volume d’eau douce à la surface des océans, la salinité de l’eau baisse, la moindre densité de l’eau fait qu’elle plonge moins en profondeur.

Une moindre circulation signifie des hivers plus rigoureux en Europe (qui n’altèreraient pas des étés plus chauds faisant fondre les glaciers). Et des sécheresses plus fortes en Afrique occidentale, accroissant la précarité alimentaire. Sans compter qu’aux Etats-Unis, le niveau des mers va augmenter du fait d’une moindre déviation des masses d’eau.

Pour l’instant, certains modèles prédisent une diminution du courant de 20% d’ici 2100 alors que d’autres études évaluent la perte à 80%. On peut ne rien faire. Mais si les prédictions de cet affaiblissement se révèlent justes, alors il faut travailler sans tarder sur ses conséquences qui pourraient être terribles en Afrique et, par ricochet, en Europe.

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[1] Caesar, L., McCarthy, G.D., Thornalley, D.J.R. et al. Current Atlantic Meridional Overturning Circulation weakest in last millennium. Nat. Geosci. 14, 118–120 (2021). https://doi.org/10.1038/s41561-021-00699-z

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