L’été, les glaciers fondent, des militants se recueillent

Comment faire connaître à l’opinion la gravité de la situation climatique ? Tout le monde ne vit pas au bord d’un glacier… Pourtant, les glaciers, nos sentinelles du climat, sont en train de fondre dans la plus grande indifférence. En Suisse et en Islande, des militants organisent des « enterrements » pour raviver la flamme écologiste.

Dans les montagnes suisses, cet été, les jeunes s’en donnent à cœur joie au vélo cross. A St. Moritz (Grisons), un funiculaire les monte à plus de 2400 mètres d’où ils s’élancent sur des pistes, retrouvant l’adrénaline de l’hiver. « Savez-vous que vous êtes au pied d’un glacier qui a disparu il y a deux ans ? » leur demande-t-on. Evidemment, non. D’ailleurs, l’un d’eux a pris le Glacier Express, le train mythique qui relie Zermatt à St. Moritz depuis 1930 : il n’y a, en été, quasiment plus aucun glacier sur le parcours, sinon quelques bouts de névés témoignant du désastre en cours.

Les Alpes sont en train de perdre la moitié de leurs glaciers

Marche pour le glacier disparu Pizol Suisse septembre 2019 Marche pour le glacier disparu Pizol Suisse septembre 2019
Dans les Alpes suisses, chaque été, on croise parfois de ces militants, discrets, jeunes adultes souvent accompagnés d’enfants, qui gravissent à la queue-leu-leu une pente rocailleuse pour s’arrêter devant une moraine. Là, l’un d’entre eux prenait la parole l’an dernier au micro : « Nous sommes ici pour alerter nos compatriotes que la situation est gravissime ». Avec 4000 glaciers, la Suisse, château d’eau de l’Europe (Rhin, Rhône et nombreux affluents) est très concernée. Pour Matthias Huss, chercheur à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), même en limitant les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2100, les deux-tiers du volume des glaciers disparaîtront. Et comme les émissions ne diminuent toujours pas, l’avenir est encore plus sombre. Comme sur les photos prises depuis le nord de St. Moritz, on peut constater que les Alpes ont déjà perdu leurs glaciers au-dessus de 3200 mètres. Matthias Huss enfonce le piolet : en 2100, les Alpes seraient privées de glace, exceptés quelques morceaux isolés en haute altitude.

Qu’est-ce qu’un glacier ? C’est un réservoir d’eau douce qui fond un peu en été et grossit en hiver. Avec la concomitance entre les besoins en eau l’été pour l’agriculture et le tourisme et la fonte (partielle) de ces réservoirs. Sans glacier, pas de réservoir. Une situation encore plus dramatique dans l’Himalaya au pied de laquelle vit 62% de la population mondiale, menacée par le manque d’eau, mais aussi les inondations et glissements de terrain. Ce qui est grave, lit-on dans une étude publiée par Nature, c’est l’accélération actuelle de la fonte des 650 glaciers de l’Himalaya qui ont perdu 45 cm de glace par an entre 2000 et 2016, soit un quart de leur volume, selon des chercheurs de l’université Columbia. Avec l’Alaska et la région arctique, mais aussi la Patagonie, nous perdons 335 milliards de tonnes de glace par an, qui contribuent pour 30% à l’élévation du rôle des mers (le reste étant dû à la fonte du Groenland et de l’Antarctique).

Cinq cents petits glaciers déjà disparus

Au-dessus de St. Moritz, les glaciers ont quasiment disparu © G.F. Au-dessus de St. Moritz, les glaciers ont quasiment disparu © G.F.
En Suisse, de nombreuses organisations de la société civile se retrouvent pour des « commémorations », telle celle du glacier du Trient (VS) qui a eu lieu en septembre 2020. Avec un recul d’un kilomètre en trente ans, le Trient est un cas qui peut alerter sur le fait que déjà plus de cinq cents petits glaciers suisses ont disparu dans les dernières décennies.

Pour le glacier du Pizol (SG), c’est une « marche funèbre » en septembre 2019 qui avait attiré 250 participants en habits de deuil, en plein sommet sur le changement climatique à l’ONU auquel participaient 500 jeunes avec la Suédoise Greta Thunberg, relais de milliers de manifestants à travers le monde. Le Pizol « a tellement perdu de sa substance que, d’un point de vue scientifique, il n’est plus du tout un glacier », expliquait à l’AFP Alessandra Degiacomi, de l’Association suisse pour la Protection du Climat, une des ONG à l’origine des funérailles.

Aujourd’hui, l’inquiétude grandit dans le haut Valais, où le glacier d’Aletsch – le plus important de tout le massif alpin – voit sa disparition programmée d’ici 2100 selon Matthias Huss et Guillaume Jouvet dans Journal of Glaciology.

Autre pays très concerné par la fonte des glaciers, l’Islande a d’abord retiré à l’Okjökull, dans l’Ouest de l’île, son titre de glacier en 2019. Une plaque commémorative intitulée « Une lettre pour l’avenir » a été vissée sur une paroi rocheuse par des chercheurs islandais et l’université Rice aux Etats-Unis : "Tous nos glaciers devraient connaître le même sort au cours des 200 prochaines années. Ce monument atteste que nous savons ce qui se passe et ce qui doit être fait. Vous seuls savez si nous l'avons fait", dit la plaque à l'adresse des générations futures. Elle signale aussi avec la mention "415 ppm CO2", référence au niveau record de concentration de dioxyde de carbone enregistré dans l'atmosphère en mai 2021. Le pire scénario.

Adieu l'Okjökull : La mort d'un glacier islandais © FRANCE 24

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