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Manouk BORZAKIAN (Lausanne), Gilles FUMEY (Sorbonne Univ./CNRS). Renaud DUTERME (Arlon, Belgique), Nashidil ROUIAI (Université de Bordeaux).
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Billet de blog 25 juin 2021

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L’école est finie !

Pour ces enfants des écoles en plein air, les vacances sonnent le regret de quitter un lieu où ils ont découvert le monde hors des classes confinées. 3000 « forest schools » (Allemagne, Danemark) et quelques-unes en France vont s’octroyer une pause. Un remède à la crise de l'école ?

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Une forest school au Danemark

Ils sont cachés à Saint-Ferréol (Drôme) dans le Diois. Une ancienne possession ecclésiastique où l’école Caminando s’est installée il y a huit ans au pied du Vercors. Imaginez des élèves rêvant devant les arbres ou devisant sous les nuages, des gamins qui créent, remuent la terre et le ciel avec des feuilles mortes, des bouts de bois, écoutent la violoniste qui improvise avec les oiseaux.

L’école promeut les « pratiques pédagogiques vivantes » selon la directrice Muriels Fifils interrogée par Denis Peiron qui lui fait raconter qui sont les Indiens Kogis : « Ce peuple a compris que certaines plantes s’entraident pour pousser. De la même manière, les enfants qui ne présentent pas tous le même profil d’intelligence, apprennent mieux lorsqu’ils coopèrent » [1]. Le lien avec la nature ? Le jardinage, en toutes saisons. Les graines sont protégées dès l’automne et les élèves apprennent à connaître les rythmes du temps.

Beaucoup de cours ont lieu dans le jardin. Les verbes sont mimés pour les petits du cours préparatoire. « Nous respectons le socle commun mais nous nous servons de notre environnement pour rendre plus concrets les apprentissages » selon la directrice.

On cultive la curiosité des enfants en s’appuyant sur des périmètres comme une mare, un bosquet. Les jeunes dessinent, enquêtent sur des bouts d’os trouvés dans le jardin. D’où vient cette vertèbre, se demandent-t-ils à l’ « observatoire ». Ce qui relève de l’académique n’est pas inexistant, on découvre la grammaire, l’orthographe par des dictées qui créent des « traces » des épisodes de la journée. « Mais la façon dont les anciens élèves s’adaptent au collège prouve que les pédagogies actives et la taille réduite des classes – avec trois groupes multiniveaux d’une dizaine d’enfants – permettent d’apprendre tout aussi bien » (M. Fifils).

Denis Peiron raconte qu’un matin, les rives du Bès, le ruisseau local, ont connu une crue qui devait empêcher les enfants de le franchir. Troncs, branchages sont alors assemblés par les élèves pour un pont de trois mètres. Ce qu’une jeune professeure des écoles appelle, en référence aux Kogis, « l’émergence, l’imprévu nous forçant à trouver ensemble des solutions ».

Les enfants aiment raconter comment, en haut d’une colline, perchés sur un chêne, ils découvrent l’horizon du paysage et les gouttes d’eau qui perlent sur les feuilles. Ils aiment affronter le froid, le chaud, la pluie et le vent. Au moment où l’école en France est mal en point, un souffle bienvenu pour préparer le monde d’après.

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[1] « A l’école de la nature », La Croix, 3 juin 2021

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On se pose Autour du Feu à la Forest School de Plonéis

Pour en savoir plus

Ecole en plein air : « La différence est très nette en termes de bien-être et de motivation »
(Libération, 31 août 2020)

Erik Mygind est professeur émérite au département de la gestion des ressources naturelles à l’université de Copenhague. Il a piloté le projet de recherche «Teach Out» qui vise à évaluer scientifiquement les effets de l’enseignement à l’extérieur sur les élèves.

Comment avez-vous mené cette étude ?

Nous avons suivi 18 «Forest Schools» publiques au Danemark entre 2014 et 2018, faisant classe dehors à raison d’au moins cinq heures par semaine. Cela représente au total plus de 1000 élèves, âgés entre 9 et 12 ans. Nous avions aussi un «groupe contrôle», avec des élèves dans des classes classiques, en intérieur. Ce qui permet de comparer, et d’avoir les résultats les plus fiables possible. Mon équipe de chercheurs a beaucoup observé le comportement des enfants, nous avons aussi utilisé des accéléromètres pour mesurer de façon précise l’activité physique. Nous avons complété avec des entretiens d’élèves et de professeurs. L’objectif était à la fois de connaître les effets potentiels de la classe en plein air sur la pratique sportive des enfants, les savoirs académiques, mais aussi la motivation, le bien-être et leurs relations sociales.

Les résultats sont-ils probants ?

La différence est très nette en termes de bien-être des élèves et de motivation à venir en classe. Avec des effets encore plus marqués pour les enfants hyperactifs ou ayant des difficultés d’attention, et ceux venant de milieux défavorisés. Etre dans la nature ou en forêt permet de créer de nouveaux liens entre élèves. Ils sont plus sociables, développent plus d’empathie. D’entraide aussi lors des activités pédagogiques. Parce qu’ils jouent davantage entre eux, l’environnement social dans lequel ils baignent est meilleur, et cela crée une situation plus propice aux apprentissages.

Qu’en est-il en termes d’apprentissage des savoirs académiques ?

On a découvert que les enfants avaient de meilleurs résultats en lecture lors de la classe en plein air. En mathématiques, en revanche, rien ne prouve que l’on obtient de meilleurs résultats dehors. Pour l’activité physique, la différence est très nette comme on pouvait s’y attendre : les élèves, filles ou garçons, font beaucoup plus de sport lors de la classe à l’extérieur. Enfin, tous les enseignants interrogés disent parvenir à transmettre plus de compétences à leurs élèves.

Même sous la pluie ou quand il fait froid ?

Oui. Les élèves apprennent à s’adapter à l’environnement, à se couvrir. Chez nous, au Danemark, on trouve des abris dans les forêts, qui sont conçus pour les Forest Schools. Ils font aussi des feux. Ensuite, on adapte les apprentissages en fonction du temps qu’il fait. Pa exemple, la géologie et l’activité physique quand il fait froid. Tout est possible dehors, quelle que soit la météo.

Les effets sont-ils les mêmes quand on fait classe dans la cour de récréation ? Ou faut-il être dans un environnement naturel, avec arbres et insectes ?

En réalité, peu importe. Beaucoup d’enseignants vont dans la nature environnante, près de l’école, mais il peut également s’agir de sorties dans des musées, de visites d’usine. Ou la cour de récréation, qui peut aussi être un lieu où l’on apprend beaucoup de choses. Tout dépend du projet de l’enseignant. Ce qui est primordial, en revanche, et qui ressort très clairement de nos travaux, c’est la régularité des sorties. Certains enseignants optent pour deux demi-journées chaque semaine, d’autres choisissent un jour par semaine. D’autres encore passent trois mois à l’extérieur pendant toute une saison. L’important, c’est que ce soit ritualisé.

Des professeurs voient la classe en plein air comme un plan B à cette épidémie, qu’en pensez-vous ?

Le coronavirus pousse les écoles à trouver une solution pour continuer d’enseigner. Il est plus facile de mettre une distance entre les enfants à l’extérieur qu’à l’intérieur, c’est évident. Nous avons mis en ligne des fiches pédagogiques pour aider les enseignants à se lancer. Jusqu’ici, environ 20 % des écoles primaires publiques du Danemark pratiquent les cours en plein air. Peut-être que ce sera plus demain. J’étais récemment en Suisse, beaucoup d’enseignants s’y mettent. C’est positif. Tout va dépendre maintenant de la façon dont les chefs d’établissement et les politiques soutiennent ces programmes.

A lire aussi trois articles passionnants :

https://www.liberation.fr/france/2020/08/31/ecole-la-ruee-vers-l-air_1798224/

https://www.liberation.fr/france/2020/08/31/il-est-inconcevable-pour-moi-de-refaire-classe-entre-quatre-murs_1798223/

https://www.liberation.fr/france/2020/08/31/du-quebec-au-danemark-la-cour-au-coeur-de-tout_1798225/?refresh=807382

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