« Bandit, voyou, voleur, chenapan » - au secours Prévert, ils sont devenus fous

Le nouveau Code de Justice pénale des Mineurs (CJPM) est entré en vigueur ce 1 octobre après un parcours législatif express, nouveau passage en force. À Clermont-Ferrand, ce 30 septembre le Comité "Justice des mineurs" du 63 a organisé un rassemblement devant le tribunal. Réveille-toi Prévert, ils sont devenus fous !

Le nouveau Code de Justice pénale des Mineurs (CJPM) est entré en vigueur ce 1 octobre après un parcours législatif express, une fois de plus nouveau passage en force d'un président qui ne connait que la force avouant sa faiblesse et l'absence de considération pour l'Assemblée Nationale et les représentants de la Nation, assemblée dépassant le godillot d'autrefois pour n'être qu'une chambre d'enregistrement du Prince.

A Clermont-Ferrand, ce 30 septembre comme dans maints endroits en France, répondant à l'appel du collectif national des professionnel.le.s de la justice des enfants et des adolescent.e.s, le Comité "Justice des mineurs" du Puy-de-Dôme (RESF63, SNPES PJJ- FSU, CGT Educ'action, Unef-Auvergne, LDH-63 et le Syndicat des avocats de France Clermont-Riom) a, dans l'urgence, organisé un rassemblement devant le tribunal de Clermont-Ferrand après l'envoi d'une demande à être reçu en délégation par la Présidente du Tribunal judiciaire et par la Vice-Présidente en charge du Tribunal pour enfants, lettre signée par ce collectif et l'ordre des avocats. Carlos Lopez, coordinateur, travailleur PJJ, a pris la parole au nom du collectif

Carlos Lopez dresse un constat accablant de cette involution © Georges-André Photos

L'ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante

Au sortir de la guerre, les enfants et adolescents, ces mineurs (jusqu'à 21 ans à l'époque) à la rue, ballotés par la guerre, orphelins, filles et filles de fusillé·es comme de collabos, anémiés et malingres, survivant en temps de guerre avec des combines peu regardantes sur la légalité représentaient l'avenir de la France après ce cataclysme que furent ces années. Le législateur de la Libération avait compris, après l'épreuve, que l'éducation était la voie royale, la seule voie efficace pour permettre à la jeunesse délictueuse d'évoluer avec ce temps nécessairement long vers des chemins plus vertueux du moins hors délinquance.

Ce fut l'ordonnance du 2 mai 1945 qui dans son préambule stipule : "« Il est peu de problèmes aussi graves que ceux qui concernent la protection de l’enfance, et, parmi eux, ceux qui ont trait au sort de l’enfance traduite en justice. La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains. La guerre et les bouleversements d’ordre matériel et moral qu’elle a provoqués ont accru dans des proportions inquiétantes la délinquance juvénile. La question de l’enfance coupable est une des plus urgentes de l’époque présente... Désormais, tous les mineurs jusqu’à l’âge de dix-huit ans auxquels est imputée une infraction à la loi pénale ne seront déférés qu’aux juridictions pour enfants. Ils ne pourront faire l’objet que de mesures de protection, d’éducation ou de réforme, en vertu d’un régime d’irresponsabilité pénale qui n’est susceptible de dérogation qu’à titre exceptionnel et par décision motivée... L’ordonnance apporte une profonde réforme au casier judiciaire des mineurs en vue de lever toute entrave aux chances de relèvement ultérieur.". Ce n'était pourtant pas un gouvernement révolutionnaire ce gouvernement provisoire dirigé par le Général de Gaulle mais il avait le sens des responsabilités et du progrès social pour une société à reconstruire. Ordonnance 45-174 du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante.

Katia, avocate, en peu de mots condense la radicalité sécuritaire de ce nouveau code

Katai synthétise la critique majeure © Georges-André Photos

Aujourd'hui, face aux désordres de la société bâtie sur l'argent, la corruption, le fric et le pouvoir pour un petit nombre de parvenus ou d'héritiers toujours avides de s'enrichir toujours plus pour aller sur Mars ou manipuler la planète, la jeunesse n'est plus appréhendée comme un âge à éduquer susceptible d'évoluer grandement et positivement mais un âge à réprimer coûte que coûte pour calmer cette peur manipulée et exacerbée du monde des adultes quand les plus pourris de la planète font la pluie et le beau temps avec les milliards accumulés par la tromperie et l'exploitation même s'ils acculent la planète à la destruction des ressources et du vivant, humains compris.

Oui les ados peuvent être terribles, irritants, délinquants, destructeurs mais que vivent-ils, qu'ont-ils vécus qui les amènent à des extrémités que le lent et patient travail de retisser du lien peut amener à dépasser ? C'est d'abord le monde des adultes qui en est la cause et ce code est la défaite de ce monde.

L'ordonnance de 45, plusieurs fois modifiée a vécu mais c'est surtout cette représentation du jeune, de l'enfant, du mineur délinquant qui a changé pour le considérer à nouveau comme un presqu'adulte. Oui, ils sont devenus fous pour tourner ainsi le dos à la protection des mineurs par l'éducation (à condition qu'elle en est les moyens, ce qui n'est vraiment pas le cas) qui est la voie de la protection des populations. Il n'y a pas d'issue à la délinquance juvénile et enfantine si la solution, toujours à inventer, ne passe pas par l'éducation (sauf en parole creuse lénifiante) mais par la case probation et incarcération qui fixe le mineur dans la délinquance quand elle ne l'accélère pas, favorisant la récidive. C'est l'équivalent d'un suicide collectif par peur irraisonnée de la jeunesse, peur martelée, distillée par des médias aux ordres ou complices, par ces gouvernements et forces politiques de droite quand ce n'est pas la gauche perdue qui a trahi les énergies de la Libération.

La grille des prisons se referme à nouveau comme cette photo en est le symbole malgré la protestation qui s'affiche, méprisée par les puissants faibles.

La grille symbole de l'enfermement malgré le refus affichée sur cette grille fermée © Georges-André Photos La grille symbole de l'enfermement malgré le refus affichée sur cette grille fermée © Georges-André Photos

Le collectif "Justice des mineurs " du Puy-de-Dôme


"Le 30 septembre 2021, le Code de la Justice Pénale des Mineurs (CJPM) entre en application. Faisant fi des avis des professionnel.le.s de la Justice et de l'Enfance, le gouvernement est passé en force, dans le cadre d’une procédure rapide, limitant le débat démocratique. Pourtant la façon dont notre pays traite les adolescent.e.s commettant des actes de délinquance est une question de société importante :

Considérons-nous que ces adolescent.e.s sont encore des enfants et ont-ils droit à l’éducation ? Considérez vous que vos adolescent.e.s sont encore des enfants ?

Avec le CJPM, le gouvernement fait le choix d'un texte qui renforce une idéologie sécuritaire et gestionnaire. Il entérine une politique pénale toujours plus expéditive et répressive. Il prône plus de célérité, généralise les procédures rapides, axe la prise en charge des adolescent.e.s sur le contrôle, fait appel encore davantage aux centres éducatifs fermés et aura pour conséquence une augmentation de l'incarcération des adolescent.e.s.

Pourtant, aujourd’hui, c'est de moyens dont les secteurs de l’enfance, de la justice des enfants, du social et du médico-social ont besoin. Dans le Puy de Dôme, comme ailleurs, des décisions de placement prononcées par les Juges des Enfants pour des enfants en danger restent sans réponse. La mise en place d'aides éducatives en milieu ouvert (AEMO, permettant souvent d'éviter un placement) mettent plusieurs mois à se mettre en place en raison de manque de moyens ; des jeunes majeurs se retrouvent sans domicile, à la rue, sans soutien....Au contraire, la France est un des pays de l’OCDE qui enferme et réprime les plus les enfants et les adolescents !

Seul l'accompagnement éducatif, autour d'un projet d'insertion sociale et professionnelle, le travail avec les parents, la prise en compte du parcours de vie du ou de la jeune (souvent rythmé de difficultés familiales de ruptures, de violences...)... sont des gages d'insertion et de non récidive. Le contrôle et la répression aggravent les difficultés rencontrées par les jeunes et ne sont pas des leviers efficients.

Nous réaffirmons que c'est d'éducation dont les enfants et les adolescent.e.s ont besoin !"

Probation et incarcération au détriment de l'éducatif

Arnaud Blatteyron, Co-secrétaire national SNPES-PJJ-FSU et Marc Hernandez, Educateur PJJ – co-secrétaire territorial PJJ-FSU développe en six minutes la critique de ce nouveau code. Prenez le temps de les écouter.

Arnaud et Marc développent les méfaits de ce nouveau code © Georges-André Photos

En hommage à Prévert

... même sous d'autres formes, pour que ce temps ne soit pas, ne soit plus... il dépend de chacun·e de nous

CHASSE A L'ENFANT

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
 C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant


 Il avait dit J’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coups de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment


 Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
 Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
 Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
 Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes


 Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! 
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
 Pour chasser l’enfant pas besoin de permis
 Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil


 Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
 Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage


 Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! 
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau.

Chasse à l'enfant1 est un poème de Jacques Prévert qui évoque la mutinerie d'août 1934 à la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer. Le poème, mis en musique par Joseph Kosma, a été interprété par Marianne Oswald et enregistré en 1936. C'est un poème tiré du recueil Paroles, publié en 1946. Quand je le lis, je pense à elle. (Wikipedia)

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