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Billet de blog 3 déc. 2022

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2 décembre à Cébazat : quand l'OQTF s'emploie à dés-intégrer une famille intégrée

Ils viennent d'Albanie, le pays qu'ils ont fui pour menaces sérieuses. Hébergés depuis novembre 2021 au CADA de Cébazat (périphérie Clermont), ils sont menacé·es d'expulsion par l'obligation de quitter le territoire. La mère a appris notre langue et est impliquée dans les activités de l'école. Les parents sont appréciés et intégrés par un vrai dynamisme malgré leur situation de demandeur d'asile

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Ils viennent d'Albanie, parents et trois jeunes enfants, le pays qu'ils ont fui en raison de menaces sérieuses. Hébergés depuis novembre 2021 au Centre d'accueil de demandeurs d'asile de Cébazat (périphérie de Clermond-Ferrand), ils sont menacé·es d'expulsion par l'obligation de quitter le territoire (OQTF). Les enfants sont scolarisés, heureux et assidus de l'être, la mère est impliquée dans les activités de l'école, a appris notre langue. Ils sont appréciés et intégrés autant que leur vrai dynamisme et leur situation de demandeur d'asile le permet. Cette obligation menace de les dés-intégrer par une expulsion future dans un pays où ils ne peuvent plus revenir.

Vous pourrez lire et écouter le témoignage pudique de cette mère-courage et d'Azma, émouvante déléguée parents d'élèves. Une pétition est lancée par Azma pour dire "NON à l'expulsion des camarades de nos enfants". Vous pouvez la signer !

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Illustration 1
La fin de l'intervention-éclair sous la pluie fine et le froid vif © Georges-André Photos

Effervescence et émoi à la sortie de l'école élémentaire de Cébazat (en limite de Clermont-Ferrand) ce vendredi 2 décembre. Autour de l'école comme partout à l'heure de la sortie, les voitures sont garées sur les trottoirs bien avant et après la grille de l'école, une bâtisse imposante en hauteur. Le ciel plombé par sa couverture grise tend à noyer peu à peu les silhouettes. Les paroles fortes de Didier du réseau Education sans frontières et de Sud-éducation, entouré par des représentants des parents d'élèves et des enseignants tenus au silence de non-déclaration publique ont résonné devant une foule dense écoutant avec attention dans une émotion palpable. Les enfants sont là avec leurs mères qui réalisent avec effroi que trois enfants parmi eux sont menacés d'expulsion. A écouter leurs murmures, à regarder l'expression de leurs visages, chacun peut lire ce saisissement particulier de mères quand une famille est menacée, quand les enfants le sont comme s'ils étaient aussi un peu les leurs.

Ils sont trois, Mishel, Haris et Ensar, deux garçons de neuf et sept ans et la troisième une fillette de trois ans et demi, scolarisés en CE2, CE1 et petite section de maternelle donnant toute satisfaction en terme de suivi et d'implication dans leur scolarité comme de leurs relations avec leurs camarades. Si tous les petits français s'impliquaient comme eux avec leur sens de la camaraderie ...

Cette décision administrative de quitter le territoire ne vise qu'à augmenter le chiffre des expulsions pour donner des gages au tenants de la chasse au migrants quand le pays manque de bras dans le bâtiment, la restauration, l'agriculture, la santé et des secteurs de l'artisanat. Mais notre ministre de l'intérieur a diffusé le 17novembre une circulaire enjoignant les préfets à une plus grande exécution des OQTF prononcées contre les demandeurs d'asile. Il n'est plus question d'intégrer, il n'est plus question de demander toute implication, d'apprendre le français, il n'est plus question que de faire du chiffre, expulser plus, plus vite et plus massivement. Peu importe les drames, les risques d'un retour au pays d'origine. Il n'est même plus question de chercher qui veut s'intégrer ou pas en apportant des faits qui le prouvent mais expulser en cadence accélérée comme une nécessité supérieure. Une nouvelle norme qui menace tous les migrants quelles que soient leurs implications dans un pays qui n'est plus accueillant comme l'a montré l'épisode de l'Ocean Viking où tous les naufragé·es ont été mis en centre de rétention après avoir vécu un cauchemar ruinant leur santé.

Le porte-parole RESF-Sud-éducation constate lui-même les conséquences de cette circulaire dans le Puy-de-Dôme : « Plusieurs autres familles du département viennent aussi de recevoir une OQTF, notamment les parents d'enfants de l'école Nestor-Perret et de l'école Jean-Butez de Clermont-Ferrand ».

La mobilisation et l'émotion profonde de cette foule à la sortie de l'école ce vendredi soir dit combien ces ordres de quitter le territoire, valant expulsion à terme, sont un vrai déchirement non seulement pour cette famille mais pour tout un quartier, une ville..  Une onde de choc !

Bien sûr une fois expulsé·es, personne ne suit le parcours de tout ces migrant·es, alors peu importe ce qu'ils et elles deviennent,"ce n'est plus notre affaire" quel que soit leur sort y compris perdre la vie. On ne le saura jamais et ce qui n'est pas su, n'existe pas. Les « garanties » avant expulsions sont des chiffons de papier pour gogos crédules vendues par des bonimenteurs.

Illustration 2
Bien après la sortie quelques parents et militants encore en discussion © Georges-André Photos

Voici ce que nous a déclaré Janida, jeune femme et mère courage au côté d'Admir son mari. Elle révèle à demi-mot pourquoi l'Albanie c'est fini avec un retour impossible.Vous pourrez aussi écouter combien son français, appris en un an, est remarquable, signe d'une détermination à vivre en France avec également, ne pouvant travailler, son souci d’œuvrer sans attendre comme bénévole au sein d'associations au-delà de son implication dans des activités de l'école.

Janida précise la situation de sa famille

« L'OQTF me concerne moi personnellement et mon mari. On a reçu tous les deux une OQTF ; les enfants n'ont pas reçus l'OQTF, ils sont mineurs et donc si nous sommes expulsés, les enfants vont venir avec nous ; c'est normal et donc l'expulsion c'est pour toute la famille.

Q : Expulser pour quel pays ?

L'Albanie. nous sommes venus ici parce qu'on a un problème très dangereux, une menace de vie ! Donc on ne peut pas retourner en Albanie. Nous avons trois enfants, deux garçons et une petite fille. Les deux garçons ont neuf et sept ans, la petite fille à trois ans et demi. Je voudrais ajouter que les enfants sont bien intégrés ici, ils ont appris le français en un an. Ils sont scolarisés ici, le grand garçon en CE2, le deuxième garçon en CE1 et la petite fille en petite section de maternelle. Ils sont scolarisés, ils parlent très bien français, ils sont bien intégrés, ils ont des amis et ils sont attachés à leur maîtresse. Je ne voudrais pas les changer d'école parce que moi aussi j'ai de bonnes relations avec les trois maîtresses des enfants parce que pour moi l'école c'est très important et je ne voudrais pas les bouger de cette école.

J'ai appris le français très bien. J'ai appris le français parce que je sais très bien l'italien et pour moi c'était pas difficile d'apprendre le français. Moi aussi J'ai fait des efforts d'aller dans toutes les agences mais c'est toujours la même réponse : pardon, désolé, vous n'avez pas un titre de séjour. C'est toujours négatif pour moi, même si je sais la langue, même si je suis très intégrée. Mais pour moi J'essayais juste d'aller à l'Université Je me suis inscrite au centre « Fleura » pour aller à l'Université, c'est un centre de langues étrangères .j'ai pensé que c'est mieux pour moi d'avoir un diplôme de langue étrangère.

Je voudrais aussi.... Je demande pardon parce que je suis vraiment très émotionnée, parce que ça me touche beaucoup car il s'agit de mes enfants, il s'agit de la participation de tous les parents des élèves, ça me touche vraiment beaucoup, ils ont distribué les papiers hier, pour participer ici et je sais que c'est un sacrifice car il pleut et donc c'est d'un sacrifice d'avoir les petits enfants ici dehors.

Je voudrais ajouter une autre chose, j'ai trouvé les portes fermées pour trouver un travail mais je suis pas restée comme ça à attendre, je suis allée dans plusieurs associations pour être bénévole, secours populaire, secours catholique et à « Agora » (secours catholique) je commence lundi à dix heures.

Q : Avec quel revenu pouvez-vous vivre aujourd'hui ?

Les revenus de l'office c'est seulement pour moi et mes enfants. Mon mari a fini toutes les procédures et donc l'office a coupé tout l'argent pour mon mari.

Q : De quel montant disposez-vous ?

Ca veut dire avec 527 euros pour nous cinq par mois parce qu'on n'a pas le droit de travailler et on vit juste avec ça. »

Azma, déléguée parents, apporte son témoignage. Il démontre l'émotion générale et le choc de cette expulsion possible :

« Je m'appelle Azma, je suis représentante des parents d'élèves en maternelle à l'école Jules ferry.

Donc hier [1 décembre] on a distribué des tracts et on s'est aperçu que les gens à l'école n'étaient pas au courant de la situation que traversait cette famille et du coup les gens étaient très très émus, parce que la plupart des parents qu'on a croisé ont leur enfants qui sont dans les mêmes classes que les enfants concernés et vraiment tout le monde était ému, tout le monde était attristé parce qu'il ont une bonne image de cette famille, de ces enfants, ils sont vraiment très attachés à eux. Les petits sont très attristés, on en a même vu qui sont venus avec leur petit dessin pour les soutenir, et vraiment on sent qu'il y a cette solidarité et que les gens sont très très émus et très attristés de cette situation.

On ne comprend pas comment une famille telle que celle-ci peut en arriver là, surtout que c'est des gens très gentils qui parlent très bien français, qui ont su justement [inaudible..] Vous les avez entendus, ils ont pris des cours, ils ont fait ce qu'il fallait pour s'intégrer. Ils sont très bien. Ils sont vraiment très très bien perçus à Cébazat et on est là pour les soutenir. »


Cette obligation de quitter le territoire va passer en appel en Tribunal Administratif mardi 6 décembre à 11h à Clermont-Ferrand, 6 cours Sablon. RESF appelle à un nouveau rassemblement à cette occasion.


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