Organiser la Résistance sociale contre licenciements, chômage, précarité, pauvreté

Le rassemblement devant la Préfecture du Puy-de-Dôme ce 4 février dénonce l'aggravation de la crise sociale, l'accroissement de la pauvreté et la précarité. Au-delà de la colère qui monte, les cris de détresse s'amplifient. Les professionnels de la culture au bord de la crise nerfs voient rouge. La montée de l'irréductible colère est palpable. La répression ne l'arrêtera pas.

1 - Les interventions syndicales et associatives
2 - Manifestation des professionnels du spectacle et de la culture

Ce 4 février, 11h, le rassemblement devant la Préfecture du Puy-de-Dôme à l'appel de la CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES et UNEF veut dénoncer l'aggravation brutale de la crise sociale qui secoue le pays et affirmer ses revendications. Au fil des déclarations, au-delà de la colère qui monte ce sont des cris de détresse qui claquent face à la nécessité de la subsistance qui n'est plus, pour beaucoup, assurée. De manière symbolique, les électriciens déversent des compteurs électriques sur les marches de la Préfecture pour protester contre la privatisation d'EDF et d'ENGIE, l'augmentation des tarifs pour les usagers.

Les compteurs électriques protestent silencieusement, Linky en tête. © Georges-André Photos Les compteurs électriques protestent silencieusement, Linky en tête. © Georges-André Photos

L'appel de ces organisations fait le constat accablant des dégâts provoqués par cette politique qui ravage ce qui fait société et subsistance : "...Tous les jours, un plan de suppression d’emplois est annoncé par des grands groupes pourtant peu impactés par la crise sanitaire et inondés d’aides publiques... le gouvernement continue d’abreuver le patronat de centaines de milliards d’aides publiques et d’exonérations de cotisations sociales, sans conditions de sauvegarde de l’emploi et sans aucune contrepartie... le gouvernement veut imposer sa réforme de l’assurance chômage au 1er avril 2021. Ce serait la double peine pour les plus jeunes, encore plus touché·e·s par le chômage et la précarité...  La pauvreté se développe alors que plus de 100 milliards d’euros ont été dégagés en quelques semaines. Tous les grands groupes qui en ont bénéficié ont annoncé le versement de 30 milliards d’€ de dividendes tout en annonçant des suppressions d’emplois dans toutes les catégories professionnelles. Michelin en est l’exemple concret dans le Puy de Dôme... Face aux multiples mobilisations et actions revendicatives, le gouvernement multiplie les lois liberticides. En créant de nouveaux délits pour les manifestants·e·s et celles et ceux qui s’organisent et se mobilisent pour l’amélioration des conditions de vie et de travail le gouvernement cherche à museler la population... " Et de lister une série de revendications qui ne cessent de s'allonger. Lire le tract intersyndical ici.

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

Des centaines de personnes se sont rassemblées pour manifester contre ces licenciements, l'aggravation du chômage et de la précarité, de l'extension de la pauvreté qui menace la subsistance même de millions de compatriotes. Une intervention de la section syndicale CGT de Michelin rappelle la baisse de l'emploi chez Michelin Clermont-Ferrand : de 30 000 salariés en 1980 à moins de 10 000 en 2020. Un professionnel du spectacle est venu crier la colère et le désarroi de tout le secteur culturel face à l'abandon sans aide conséquente ni travail. Il annonce la création d'un collectif  Culture 63 face au désastre qui touche tous ses métiers.

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

Derrière les rangées des manifestants, les trois banderoles déjà présentes le 30 janvier avec un nouveau camion-sono, d'autres manifestants, un peu en arrière. Ce ne sont pas des teufeurs sevrés de musique et de danse (même si chacun.e peut l'être) mais des professionnels de la culture et du spectacle, tous métiers confondus, qui vont boucler leur première année d'inactivité pour cause de fermeture sanitaire prolongée.

Dès 9h à Cournon d'Auvergne, ville voisine, ils et elles ont tenté de lancer une opération escargot mais, très vite, les forces de Police ont bloqué les véhicules sur le parking. La contestation est strictement encadrée. De même la Police a bloqué l'accès de tous les véhicules à toutes les rues adjacentes menant à la Préfecture.

A la fin du rassemblement, le cortège des professionnels de la culture, suivi par les militant.e.s de l'UNEF, s'est dirigé via une rue derrière l'Opéra sur la place de Jaude devant cet opéra-théâtre fermé pour protester, crier, manifester que trop c'est trop  et revendiquer un travail ou des aides fortes et prolongées, notamment pour ces intermittents du spectacle qui risquent à tout moment de se retrouver sans ressource : la culture et le spectacle vivant comme besoin humain essentiel. (voir titre 2).

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

1 - Les interventions syndicales et associatives

Les déclarations syndicales et associatives qui résonnent de l'intensité de la mobilisation pour organiser la Résistance sociale et emmener le plus grand nombre à agir. La politique actuelle laisse sur le côté des catégories entières de professionnels salariés ou indépendants. La colère des ce professionnels pourrait bien, sous peu, se muer en force incandescente.

En exergue, l'intervention pour trois organisations luttant pour chômeurs et précaires : AC ! Agir ensemble contre le chômage, Chom'actif  et le nouveau venu sur Clermont, le Collectif des chômeurs intermittents du travail et précaires.

Chômeur et Précaires © Georges-André Photos

Ghislain Dubourg, secrétaire de l'U.D. CGT du département donne le ton, énergique et incisif, dans une longue intervention qui fait le tour des conflits sociaux dans le département et des mesures d'urgence à prendre : après avoir manifesté le soutien de la CGT avec la situation actuelle de la jeunesse : " La CGT est très inquiète pour l’avenir de notre jeunesse, particulièrement touchée par les conséquences sociales et économiques de cette crise sanitaire... Nous avons répondu présent lorsque les organisations syndicales étudiantes nous ont demandé soutien logistique dans le cadre de leur mouvement de janvier.... J’ai dénoncé l’attitude meurtrière de ce gouvernement qui ne veut pas entendre parler de jeunesse sacrifiée. Mais c’est bel et bien un homicide parfaitement orchestré auquel on assiste en laissant tomber la jeunesse dans la précarité et l’extrême pauvreté. A la détresse psychologique que l’isolement propage chez certains étudiants, la Macronie balance de vulgaires chèques qui ne répondent en rien aux manques de moyens mis à disposition pour empêcher certains jeunes en détresse de commettre l’irréparable et se suicider. Je tiens à saluer ici l’initiative de nos camarades de la fédération CGT Mines Energies qui met à disposition son patrimoine social pour accueillir des jeunes en situation de grande précarité.." 

Il fait le tour de la situation sociale et des entreprises et administrations qui luttent et la victoire de la SEMERAP (Distribution de l'eau) : luttes dans la Fonction Publique territoriale, dans l'Education, des AESH et AED, la multiplication des dimanche d'ouverture, les salariés de l'ADAPEI, chez Constellium, Aubert et Duval, Flauraud ou chez Michelin.

"... La situation de crise sanitaire et sociale exige que des mesures et des actes soient pris immédiatement.... C'est le chômage, la précarité, les inégalités, l'effondrement des services publics, les attaques contre la protection sociale, le manque d’accès à la culture ou à l’éducation populaire qui mettent à mal la cohésion sociale.... Le tout sécuritaire ne peut être la réponse à la crise que traverse notre société. Pour la CGT, les solutions sont à trouver par une autre répartition des richesses, par une politique marquée du sceau de la justice et du progrès social et la mise à bas des politiques d’austérité menées ces dernières années par les gouvernements successifs. Et ce n’est pas le récent projet de loi confortant le respect des principes de la République, texte sécuritaire et idéologique, qui entend résoudre le problème principal : celui de la précarisation des conditions matérielles d'existence.

... La répression sévit de plus en plus dans nos activités, je pense à notre camarade Laurent, secrétaire général CGT de l’UD de l’Allier, Christian, secrétaire général du syndicat CGT Constellium, nos camarades dans l’éducation nationale et tout récemment à nos camarades cheminots en responsabilité, Julien Charly et Arnaud. Julien a été convoqué hier au commissariat de Moulins et Charly et Arnaud sont convoqués ce lundi 8 février au commissariat de Clermont au 106 avenue de la République. Nous serons à vos côtés mes camarades. En s’attaquant à la représentation du personnel ou du syndicat, c’est à l’ensemble du monde du travail qu’on s’attaque.

... La période que nous traversons remet en lumière la lutte des classes. La CGT propose à toutes et à tous de se mobiliser dans les entreprises et services afin de se faire entendre autour de revendications concrètes. L’ensemble des secteurs professionnels doit organiser les travailleurs et travailleuses en Assemblée générale, le plus unitairement possible afin de décider d’actions collectives... C’est un printemps victorieux qu’ensemble nous allons célébrer !".

L'intervention musclée du secrétaire de la CGT du Puy-de-Dôme © Georges-André Photos

Intervention pour le syndicat CGT chez Michelin à Clermont-Ferrand : Rappel historique et actualités

CGT MICHELIN Clermont-Ferrand © Georges-André Photos

 Pour tous les métiers du spectacle et de la culture : le cri, la colère, la détresse, l'action avec le collectif Culture 63 qui s'organise.

Collectif CULTURE 63 © Georges-André Photos

Didier Pages intervient pour SOLIDAIRES et précise les conditions d'une plus forte mobilisation et l'unité d'action. En substance : " Ce gouvernement veut nous empêcher de contester sa politique c'est le sens de son projet de loi de sécurité globale. contre celui-ci, il faut l'unité des organisations syndicales et de tout le monde militant car nous sommes toutes et tous concernés.

Nous constatons que la répression contre les salariés, contre les syndicalistes se porte bien. Nous ne devons pas nous laisser faire mais nous devons peut être répondre différemment et ne pas nous contenter d'accompagner chacun nos propres camarades au commissariat ou au tribunal. Répondons dans l'unité des organisations syndicales chaque fois que l'un d'entre nous est inquiété.
L'unité c'est compliqué, mais l'unité d'action est un devoir, l'unité d'action est un travail que tous nous devons faire, sur nos lieux de travail mais aussi au niveau des structures départementales. L'unité est un combat menons le et ne nous laissons pas diviser par les tentatives du gouvernement.

Nous avons besoin d'une date de mobilisation suffisamment éloignée pour permettre la préparation unitaire, pour permettre le débat entre les salariés, pour distribuer des tracts, coller des affiches, convaincre comme nous avons su le faire dans la préparation de la grève du 5 décembre 2019. c'est à cette condition que nous rassemblerons les milliers de travailleurs du public et du privé dont nous avons besoin pour affronter véritablement ce gouvernement.

Intervention Solidaires - Didier PAGES © Georges-André Photos

Intervention de la FSU par la voix de Claude Delétang : "... La situation économique et sanitaire continue inexorablement de se dégrader pour toute la population. Le gouvernement, droit dans ses bottes répressives, au prétexte de la crise sanitaire amplifie sa politique anti-sociale. Et les exemples ne manquent pas : loi travail, réforme des retraites, réforme de l'assurance chômage, loi de transformation de la Fonction publique, toutes fortement combattues n'en sont pas moins malheureusement maintenues contre vents et marées... Alors, à qui profite le plan de relance dont se gargarise Castex ?

  • Aux petits salaires ? Certainement pas pour les salariés au SMIC, avec une pseudo revalorisation du SMIC en dessous d'1% pour 2021 ! C'est une vraie revalorisation des minima sociaux et des petits salaires qui est nécessaire pour la relance économique.
  • Aux salariés du privé ? Certainement pas ! Les restructurations et privatisations se poursuivent malgré les subventions qui coulent à flot !
    Aux soignants ? Certainement pas avec le Ségur de la Santé qui écarte beaucoup de personnels alors que le système de soins montre ses limites mettant en danger notre sécurité sociale. Ce sont plus de lits et de personnels soignants et une plus juste répartition des salaires du système de soin qu'il nous faut.
  • Aux fonctionnaires ? Certainement pas, le point d'indice reste gelé. Rien pour les personnels de l'éducation nationale avec le simulacre pitoyable du Grenelle de l'éducation déserté par une majorité d'organisations syndicales dont la FSU. C'est une vraie revalorisation des salaires suite à 30 ans de baisse de pouvoir d'achat, et un vrai plan pour l'école et l'université qui doivent être rapidement mis en place pour rattraper les écarts sociaux.
  • A la jeunesse ? Certainement pas, déprimée et oubliée par le gouvernement qui ne lui offre aucune perspective, ni soutien financier ni aménagement des formation
  • A la culture ? Certainement pas, sacrifiée par le gouvernement qui ne propose rien aux acteurs du secteur. Des mesures immédiates et des engagements clairs sont nécessaires pour une reprise dans ce contexte sanitaire
  • Aux retraités ? Certainement pas, le gouvernement n'a pas renoncé à l'augmentation de la CSG ni au financement de la dépendance par les seuls retraités.

Les choix liberticides, la répression des mouvements sociaux, la criminalisation de l'action syndicale et associative, la loi sécurité globale sont des dénis de démocratie dans le pays se prétendant le pays des droits de l'homme. Malgré la pandémie, malgré le confinement, les luttes sociales ne s'arrêtent pas et doivent s'amplifier... Aujourd'hui 4 février, nous sommes là pour dire, nous ne lâcherons rien !"

Intervention FSU - Claude Delétang © Georges-André Photos

Intervention du secrétaire de l'UD F.O, Frédéric BOCHARD "Héritiers de la Commune de Paris"

Intervention FO © Georges-André Photos

Mayke intervient pour l'UNEF "... Parce que la crise sanitaire n'a fait qu'exacerber la précarité et l'isolement que l'on combattait depuis des années ! Et en réponse à ça, on a uniquement le droit a de beaux discours vides qui nous félicitent pour le sacrifice à la nation, ce ne sont que des paroles vides de sens, infantilisantes et irrespectueuse envers les travailleurs et les travailleuses de demain. Ce n'est pas la crise sanitaire qui nous sacrifie, c'est le gouvernement ! Parce qu'ils les ont, les moyens pour nous permettre de vivre dignement ! Pour construire des cités-u et en attendant réquisitionner les logements vides ! Ils ont les moyens pour qu'on arrête de sauter des repas, pour étudier dans de bonnes conditions, avec des droits communs et la possibilité de les défendre ! En tant que jeunes travailleurs intellectuels en formation, en tant que futures travailleurs précaires On est solidaires des salariés, de l'ADAPEI, de l'énergie, des profs, de la culture, qui ont besoin de moyens et toute celles et ceux broyés par la machine néolibérale, pour améliorer leurs conditions de travail, pour sauvegarder leurs droits et en gagner des
nouveaux !..."

Intervention UNEF - Mayke © Georges-André Photos

2 - Manifestation des professionnels du spectacle et de la culture

Dès la fin des interventions, ces professionnels de la Culture désargentées, en colère et revendicatif se dirigent vers le théâtre passant par une rue en arrière pour déboucher sur la place pour s'en aller fumer rouge, ou presque, de colère.

Manif Collectif CULTURE 63 © Georges-André Photos

Métiers du spectacle - Collectif culture © Georges-André Photos

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.