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Billet de blog 5 avril 2023

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Rassemblement devant la Plateforme Industrielle du Courrier d'Auvergne

Rien de va plus ou presque au P.I.C d'Auvergne. Le rassemblement organisé par les trois syndicats SUD-PTT, CFDT, CGT devant ce bâtiment le 3 avril appelle quelques précisions dans un climat malsain pour les salarié·es et l'entreprise, en particulier un conseil de discipline qui ne passe pas.

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Les plus anciens se rappellent sans doute la longue grève des centre de tri de l'automne 1974 qui a donné lieu à un mouvement social de grande ampleur paralysant le pays d'octobre à décembre et peut-être de cette déclaration sinistre et méprisante du ministre Pierre Lelong, alors secrétaire d’État autonome à la Poste et aux Télécommunication, qui osa déclarer : « travailler dans un centre de tri est, si j’ose dire, un des métiers les plus idiots qui soient ».

Depuis les centres de tri n'existent plus mais le courrier est toujours distribué parce que trié. Pour trier ce vaste courrier si divers, La Poste a créé en 2004 les Plateformes Industrielles du Courrier devenus PIC dans le jargon-maison avec moult machines d'encodage et de tri automatique.

Rassemblement devant le P.I.C d'Auvergne

Illustration 1
Début de rassemblement © Georges-André Photos

Un tract SUD-PTT au ton particulièrement vif a appelé à un rassemblement organisé dans l'urgence ce 3 avril devant le PIC Auvergne situé à Lempdes en périphérie de Clermont-Ferrand, seul PIC en Auvergne qui traite le courrier à destination de la Corrèze, de la Creuse, du Cantal, de l'Allier, de la Haute-Loire et du Puy-de-dôme comme le tri général national qui part à intervalles réguliers tout au long de la nuit, enfin jusque là.

Nous nous y sommes rendus pour trouver une cinquantaine de salariés des syndicats SUD-PTT, CFDT, CGT devant le bâtiment avec les responsables syndicaux régionaux de SUD-PTT (Fabienne DUPIN) et de la CFDT (Jean-Philippe LEBRE).

Le mécontentement et la colère portent sur de nombreux litiges et frictions non prises en compte et non résolues qui s'expriment à travers un climat qualifié de « délétère », de « défiance », « anxiogène » . La directrice du centre, Madame Marie-Laure Potec, arrivée avec la réorganisation de 2020 est mise en cause à travers des décisions dites « autoritaires » et « répressives » ne témoignant « aucune reconnaissance » pour les adaptations incessantes des employé·es. Ils étaient plus de 400 en 2003. Aujourd'hui ils et elles sont 250 dont 200 en production, fonctionnaires ou contractuels. Les emplois d'intérimaires occupent l'équivalent de 55 jours-année. Par les discussions avec ces syndicalistes et employées, à l'évidence, le climat qui s'est développé depuis deux ans est malsain pour les relations sociales professionnelles dans l'entreprise.

On peut se demander si au point où sont arrivées les relations entre la direction et les ou des employé·es, une médiation externe à l'entreprise ne serait pas la bienvenue pour rasséréner le milieu de travail en travaillant les multiples griefs qui ne peuvent plus être refoulés ou mis sous le boisseau d'autant qu'un de nos interlocuteurs nous a dit que « tout le monde veut partir, même les cadres » ?

Conseils de discipline et autres griefs

Illustration 2
Devant une entrée du bâtiment © Georges-André Photos

Le déclencheur de ce rassemblement de protestation est la tenue d'un conseil de discipline pour deux collègues de l'après-midi qui auraient enfreint les règles de santé et de sécurité au travail.

Voici ce qu'en dit la responsable régionale SUD, Fabienne : « Deux agents de l'après-midi ont été menacés de conseil de discipline pour atteinte à la Sécurité, alors que la directrice elle-même enfreint les règles souvent elle-même par exemple quand un jour des journalistes sont venus pour visiter le petit jardin qu'elle a planté derrière, les cameramen étaient chacun montés sur les fourches des trans palettes en marche ce qui complètement interdit car très dangereux. Les agents sont accusés d'avoir mis en danger la sécurité, d'avoir danser sur leur lieu de travail. Ils étaient trop heureux et d'avoir dansé, on ne sait pas à quelle occasion, des fois on rigole entre collègues c'est normal... ».

De plus ces conseils de disciplines - qui ne seraient pas les premiers depuis deux ans - se tiennent maintenant non plus au niveau local ce qui permettait de mieux comprendre les situations et les personnes mais au niveau national, à Paris, ce qui augure pour ces syndicalistes des sanctions plus dures qui peuvent peser durablement sur les carrières. Cette protestation devant le bâtiment du PIC pour obtenir de rencontrer la directrice vise dans l'immédiat à l'abandon des poursuites.

De multiples griefs sont exprimés qui ont probablement miné le climat dans la boîte : L'ancienneté administrative qui doit être révisée dans un contexte d'absence de dialogue, la durée hebdomadaire de Travail (DHT) qui passerait de 20 à 30 jours, un deuxième RH est arrivé, pourquoi ? Des questions qui restent sans réponse et augmentent l'anxiété dans un contexte où des suppressions d'emploi sont à craindre. Les pausettes : « Une pausette est le moment nécessaire pour le personnel de souffler un instant car notre travail […] implique le port de charge, la station debout continue, le piétinement fréquent et à un moment vous pouvez arrêter quelques minutes. Cela a toujours été ainsi dans le hall de production […] si nous prenons des pausettes c'est parce que notre travail est éreintant » (tract appel Sud-PTT au rassemblement).

Fabienne (Sud) précise : «  Depuis qu'on n'a plus le droit de fumer à l'intérieur, il y avait une tolérance d'aller fumer dehors quelques minutes, pendant une pausette de cinq à six minutes, il n'y avait rien de légal, c'était toléré et elle ne le tolère plus. Une jeune collègue a pris des pausettes et elle voudrait la sanctionner, on ne sait pas par quoi : avertissement ou conseil de discipline. ».

Timbre rouge supprimé, pas de délais de 24h, risque pour l'emploi

Illustration 3
Fabienne, SUD-PTT avant sa déclaration © Georges-André Photos

La « nouvelle gamme de courrier » qui se résume en gros à la fin du timbre rouge soit la fin de la livraison sous 24h inquiète aussi : ils et elles sont unanimes à dire « Catastrophe !» à son évocation. Comme il n'y a plus de courrier à acheminer en 24h pour La Poste ce qui avait lieu la nuit, les équipes de nuit craignent pour leur emploi dans un contexte de raréfaction du courrier distribué par La Poste et du nombre de PIC qui devrait être encore réduit.

Bref un ensemble de griefs ce qui « met de l'anxiété au niveau des agents et des cadres qui vivent très mal la situation ». Ces griefs empilés manifestent sinon une absence de dialogue récurrent, tout au moins un déficit de dialogue.

Les syndicalistes ne réclament pas le départ de la directrice mais selon leur expression « un dialogue social de qualité » et l'abandon des conseils de discipline.

Ils et elles demandent « que la Directrice reçoive les trois organisations syndicales afin de poser les problèmes à plat et qu'on renoue un dialogue », « qu'on prenne en compte les demandes des agents et des syndicats, quand il y a des décisions prises en CHST qu'elles soient respectées ».

Déclarations syndicales

Deux personnes ont pris la parole devant l'entrée pour déclaration : les voici.

Déclaration de la délégué régionale SUD-PTT, Fabienne :

Jean-Phi, Sud-PTT dans une déclaration toute en émotion :

Entrevue avec la directrice du P.I.C.

A 19h30, la directrice de la plateforme a reçu une délégation du personnel. Après une heure trente, la délégation est sortie et publie aujourd'hui le communiqué commun aux trois organisations syndicales affiché sur les panneaux syndicaux de l'entreprise :

"Hier le 03/04/2023 à l'appel de trois organisations syndicales : SUD, CGT et CFDT. Une soixantaine de collègues se sont réunis à la PIC Auvergne pour dénoncer la répression qui sévit actuellement sur l'établissement. Les conseils de disciplines deviennent monnaie courante et sont dispensés sans avertissement. Le climat est anxiogène et les départs se multiplient que ce soit au niveau des agents et de l'encadrement.

La Directrice de l'établissement et des membres du codir ont reçu une délégation du personnel. Nous avons demandé le retrait des sanctions, et un retour de l'apaisement et du dialogue dans cette PIC. Il faut retrouver une ambiance sereine et de confiance au travail dans cet établissement qui existait avant.

Nous demandons donc le retrait des sanctions, et des règles claires dans les futurs recrutements promis par Madame Potec"

(codir = comité de direction)

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