Vaccins, vaccination, vacciné?

Les vaccins réalisés en un temps record visent la protection contre les formes graves du Covid-19. Au-delà ? Le loupé magistral du début de campagne de vaccination par défaillance logistique et de moyens alloués laisse un doute sur la suite du programme pour sortir de cette pandémie. Se faire vacciner se pose de manière différente selon l'âge, sauf à jouer collectif. J'ai décidé. Et vous ?

Ce billet est organisé en trois volets : vaccins, vaccinations, vacciné ? Vous pouvez les lire dans l'ordre que vous souhaitez même si "Vaccins" semble le plus judicieux pour commencer la lecture.

I -VACCINS

Les vaccins ont le vent en poupe boostés par leurs mises sur le marché dans des temps records. La vaccination est vue comme la perspective d'un arrêt de l'épidémie fin juin clament nos autorités. « Il y a 56 candidats-vaccins en essai clinique sur l’homme, selon un décompte réalisé le 8 décembre par l’OMS. Parmi ceux-ci, douze sont en phase 3 ».

Bien des interrogations se posent à propos de ces vaccins dont deux seulement sont validés pour le moment (Pfizer-BioNtech et Moderna). Au vu des résultats validés, l'efficacité semble assurée pour empêcher l'évolution de la maladie vers ses formes graves donc de l'issue fatale et des séquelles permanentes qui posent encore bien des questions médicales. Encore faut-il vacciner le plus rapidement possible les personnes les plus vulnérables pour que cette avancée devienne réalité pour ces personnes. Pendant ce temps, les formes graves de la maladie poursuivent leurs dégâts dans les hôpitaux saturés.

Il n'est nullement établi que ces vaccins empêchent la contamination inter-individuelle ni même que la personne contaminée ne devienne contaminante. C'est le cas de la vaccination contre la grippe qui n'empêche pas formellement d'être contaminé.e par son virus mais évite une atteinte grave. L'hypothèse n'a pas été testée, seulement l'évolution vers les formes graves. Aurons-nous dans quelques temps une bonne nouvelle sur le front des contaminations possiblement empêchées (ou plus rares) grâce à des vaccins ?

Combien de temps, l'immunité relative individuelle sera-t-elle valide ? Pour le moment, on n'en parle pas et on ne sait pas. Sur quelle durée la production d'anticorps sera possible par un organisme infecté par le SARS-Cov2 ? Des hypothèses. En plus, cette période peut varier beaucoup dans une distribution plus ou moins aplatie de l'ensemble de la population. Faudra-t-il vacciner toute la population chaque année, tous les deux ans, tous les six mois ? C'est l'enjeu très vite, même en se limitant au périmètre extensible des personnes à risque. Vacciner 60% de la population française ? Vacciner 60% de la population mondiale ? Ce, chaque année ? Ce n'est plus un défi c'est une gageure à répétition !

L'immunité relative à la vaccination, qu'elle quelle soit, ne signifiera pas avant longtemps la fin des mesures-barrières, avant une certaine immunité collective pour le moment hors de portée. D'un point de vue opérationnel, il faudra même réaliser les vaccinations massives pendant l'épidémie et les vagues épidémiques à venir. Double effort de terrain que nos gouvernants ne semblent pas mesurer !

Les firmes pharmaceutiques avec le concours important de financements publics ont réalisé avec le vaccin une performance en un temps record (bon Sanofi pas trop...). Pas pour les beaux yeux de la Princesse. Un marché planétaire s'est ouvert qui sera régulièrement renouvelé, peut-être chaque année, alors ce marché est juteux à terme s'il ne l'est pas aujourd'hui, quoique... La puissance de ces grands labos mondiaux qui souvent dictent leur loi aux états en ressortira encore plus forte. Big Pharma veille. C'est un marché qui rapportera gros par sa dimension et sa régularité sur lequel chaque gros laboratoire se positionne pour un marché planétaire avec un prix qui peut paraître léger, pas pour les vaccins à ARN messager. Le coefficient multiplicateur est au-delà du milliard, c'est énorme, sans parler de la concurrence qui peut se réduire, faciliter les ententes via des regroupements. On a déjà vu cela. Gageons que les labos vont accroître leurs profits et leur puissance à l'échelle du monde par la dépendance des états à ces firmes.

Le « Remdesivir » de Gilead, médicament-bidon pour la Covid, scandale passé relativement inaperçu pour fourguer des stocks, n'est en rien le futur médicament possible qui, comme pour l'hépatite C liquiderait le virus dans l'organisme. S'il était trouvé, il serait payé à un prix défiant tout porte-monnaie. Il permettrait d'engranger d'énormes profits, servi aux seuls états et/ou particuliers qui pourront payer. Les autres, on verra après si on peut faire moins cher.

Lire : "Efficacité, prix, risques... la course effrénée aux vaccins contre le Covid-19"

II - VACCINATION

« La stratégie nationale de vaccination contre la Covid-19 a pour objectifs principaux de faire baisser la mortalité et les formes graves, ainsi que de protéger les Français et notre système de santé. » lire ici.

La stratégie vaccinale doit naviguer entre deux écueils opposés : une proportion trop importante de non-vaccination qui ne permettrait pas d'atteindre ces objectifs ou le rush d'un trop grand nombre qui conduirait à une pénurie durable et à très court terme de vaccins : trop d'un coup ou trop peu. La campagne de vaccination tend à confondre deux temporalités, créant un trompe-l’œil : celle actuelle, dans une urgence renouvelée sans cesse, pour réguler, comme faire se peut, les contaminations et hospitalisations quoiqu'il en coûte, y compris par le renforcement des inégalités et le basculement dans la pauvreté d'un million de citoyen.nes. ; celle, à moyen terme, dans six mois à un an ou plus où la vaccination aura atteint, si elle les atteint, les objectifs poursuivis et mettra fin à la pandémie. On espère qu'ils ne soient pas seulement poursuivis trop longtemps, toujours derrière en s’essoufflant, pour ne pas épuiser un capital-sympathie que notre président a un peu entamé au fil d'un mandat particulièrement serein depuis 2018. A court terme, la vaccination ne sert que les vacciné.es individuellement ce qui est très très bien pour eux et elles mais pour une protection à l'échelle du pays, ne signifie rien immédiatement. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS a été clair : «... il est important de souligner qu’un vaccin complétera les autres outils dont nous disposons et ne les remplacera pas. Le vaccin seul ne mettra pas fin à la pandémie. ». Pendant une longue période, des mesures de protection individuelles, de gestes-barrières et la vaccination seront nécessaires.

Encore faut-il pour être vacciné.e et, à terme, protéger la population, que la campagne de vaccination se déroule comme prévu dans son calendrier et selon des modalités adaptées, vraiment adaptées. Avec un retard sur ce calendrier, c'est la pandémie qui va durer plus encore, se stabiliser à un niveau élevé de contaminations et hospitalisations. A ce propos, nous entendons parler de possible 3ème vague. Ne sommes-nous pas encore dans cette seconde vague avec des indicateurs déjà à la hausse qui n'ont pas permis de lever les restrictions notamment pour les spectacles, bars et restaurants ?

Tordons le cou, s'il en était besoin, à une illusion possible : comme le virus de la grippe, ce virus SARS-Cov2 et ses variantes successives s'est installé définitivement au sein de la population mondiale. Il ne peut en être délogé ou éradiqué. En finir avec la Covid est une autre histoire qui demande du temps et une politique adaptée... pas qu'en France. Un médicament-miracle empêchant de développer la maladie ou évitant quasi-totalement les formes graves et bénignes est encore une utopie au mieux un vœu de début d'année voire une tromperie possible pour certains marchands d'illusion. La vaccination, par contre, si elle réalise de sensibles progrès par rapport à l'offre actuelle voire si des vaccins peu à peu mis sur le marché apportaient une bonne nouvelle en terme de protection pour l'infection, la maladie, les formes graves, mettrait fin à terme à la pandémie actuelle sans toutefois pouvoir empêcher la réapparition de foyers épidémiques plus localisés dans des proportions cependant largement moins meurtrières. Encore faudrait-il que la planète entière passe par des campagnes de vaccination. Nous en parlerons plus loin. Il faudra pour longtemps s'habituer à contrer ces épisodes pandémiques sans pour autant pouvoir empêcher la circulation du virus. Le prix à payer, social, économique, sanitaire, démocratique… est et sera élevé pour réduire durablement le risque et ce risque sur l'ensemble de la planète.

La réussite de la vaccination tient, bien entendu, à la qualité intrinsèque des vaccins mais tout autant à la chaîne qui va de la production industrielle à l'injection elle-même dans toutes les configurations requises ce qui est un défi logistique, médical et organisationnel. Le gouvernement français sera-t-il à la hauteur de ses déclarations et intentions ?

Autorisations, production industrielle et logistique solide

La production massive de vaccins suppose d'abord une autorisation de mise sur le marché ; C'est l'Union Européenne qui a passé commande pour l'ensemble des pays-membres, c'est elle encore qui valide ces autorisations. « La procédure centralisée est gérée et coordonnée par l’Agence européenne des médicaments (EMA) via un comité spécialisé : le Comité des médicaments à usage humain (CHMP). Deux États désignés comme rapporteurs par le comité évaluent le dossier et transmettent leur rapport aux autres États pour commentaires. Le CHMP émet alors un avis qu’il transmet ensuite à la Commission européenne. C’est elle qui prend la décision administrative (accord ou refus d’AMM) ».

Les Vingt-Sept membres de l'UE ont précommandé 1,4 milliard de doses de vaccins pour 447 millions d’habitants. A ce jour, deux vaccins sont autorisés au niveau européen : le 21 décembre pour Pfizer-BioNtech (300 millions de doses en premier lieu auxquelles s'ajoute une commande de 300 millions de doses supplémentaires ce 8 janvier, soit 600 millions au total) et le même jour, autorisation de la France (HAS après agence européenne) pour Moderna (160 millions de doses) sur les six concernés par ces commandes (reste Astrazeneca/oxford-400 M, Janssen-Johnson&Johnson-400M, Curevac-405M et en fin d'année, peut-être, le « champion national » Sanofi/GSK avec 300 millions de doses d'un vaccin au stade 1-2 qui en comporte trois) ensuite chaque pays autotrise l'AMM du vaccin selon ses propres modalités et institutions. En France c'est l'Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) qui valide ensuite. Notre pays va récupèrer 15% des doses commandées et devrait disposer de 200 millions de doses. Une pression d'urgence énorme s'exerce sur les instances européennes et nationales de validation des vaccins à venir.

Gestion des flux

La livraison des commandes se fera à mesure de la production et de l'introduction de nouveau vaccins. 200 millions de doses pour la France précommandés, c'est assez, peut-on penser. Pourtant, la quantité totale de précommandes ne dit rien des flux et dates de livraison. La production est inévitablement limitée, la validation des vaccins à venir n'est pas forcément pour tout de suite, ni assurée si le travail de validation est bien fait malgré la pression énorme qui est aussi celle des populations. Il existe un risque bien réel et majeur de pénurie ou de rupture de stock de vaccins au fur et à mesure que davantage de citoyen.nes sont appelé.es à la vaccination. Le volume des livraisons doit croître et accompagner le volume croissant des personnes à vacciner. Dit autrement, le flux croissant des livraisons doit permettre de vacciner le flux croissant de personnes sans tension ni rupture de stock. Cette croissance est d'abord celle du nombre de vaccins disponibles avant la croissance des productions des labos autorisés.

Pour la phase 1, en principe, pas de problème de stock. La question de l'éventuelle pénurie, c'est après, surtout si l'ouverture à de nouveaux publics à vacciner s'accélère. « La France a reçu une première livraison du vaccin Pfizer-BioNTech de 60 000 doses samedi 26 décembre, et 500 000 doses supplémentaires en début de semaine. Elle recevra ensuite 500 000 doses par semaine, auxquelles s’ajouteront 500 000 vaccins Moderna par mois dès que le laboratoire aura décroché son autorisation de mise sur le marché. [autorisation le 6 janvier] Au total, le ministère de la santé compte sur la livraison, au premier semestre, de 16,4 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech et de 6,9 millions de doses du vaccin de Moderna. A raison de deux injections par personne, cela représente en théorie de quoi vacciner environ 11 millions de personnes. » Le Monde – 31 décembre

Démarrage raté qui coûte cher en vies humaines

Le démarrage de cette vaccination dans les EHPAD a donné lieu a une véritable gesticulation médiatique pour des queues de cerises, bien orchestré par la com présidentielle. Au premier janvier 2021, 343 personnes dans 23 EHPAD, ont été vacciné.e.s ! Quel numéro pour si peu. Même pas un tour de chauffe, juste de la com qui s'est retournée contre son auteur, ce pouvoir qui veut tout gérer, tout diriger. Le problème c'est la logistique et l'organisation pour amener auprès des 14 000 EHPAD ces précieuses doses décongelées en flacons de 5 doses conservées jusque là dans des super-congélateurs à -80° à utiliser dans le même temps pour vacciner cinq résidents qui ont signifié leur consentement. Le gouvernement a eu le temps de l'anticiper. Trop occupé avec la loi « Liberté globale » et celle sur les séparatismes ? Vouloir tout régler d'en haut pour 14 000 établissements est l'axe du mal. L'état n'est pas un cabinet de consultants qui diffuse ses consignes du château. Caroline Coq-Chodorge et Antonn Rouget dans Médiapart le 6 janvier indiquent que seulement 38 super-congélateurs nécessaires au vaccin Pfizer sur 113 étaient en service fin décembre. Les doses sont dans ses congélateurs... Impossible de livrer correctement sur l'ensemble du territoire. Tout aussi révélateur, « la cheffe de la « direction alerte et crise » (DAC) de l’agence nationale Santé publique France (SPF), chargée par le ministre Olivier Véran de distribuer les millions de doses de vaccin, n’a pas été remplacée après avoir quitté ses fonctions au 31 décembre 2020. » Agnès Buzin a pourtant été remplacé par Olivier Véran au début de l'épidémie (elle se recycle à l'OMS) ! Quel amateurisme ! Pour faire voter des lois liberticides, on peut compter sur eux. Pour organiser une campagne massive de vaccination, la France a le plus mauvais organisateur d'Europe ! Bien notre chance !

Chaque jour perdu à reculer le démarrage d'une campagne massive pour les plus fragiles faute d'organisation valable - et non faute de vaccins - c'est l'hôpital débordé et des centaines de morts supplémentaires. Ce pouvoir semble tétanisé par les anti-vaccins purs et durs sans comprendre que la population n'est pas partagée entre deux groupes (pro et anti) mais trois. Un nombre important de français.es déclarent vouloir attendre et voir pour prendre une décision. Ce pouvoir n'anticipe pas un possible rush sur les vaccins et une nouvelle pénurie qui peut suivre. Sans un redressement rapide de cette organisation défaillante qui met en jeu les moyens alloués, le fiasco menace, d'abord par un faux-démarrage acté ensuite par une pénurie.

Vacciner d'abord les oubliés du premier confinement qui ont payé et payent encore un lourd tribu au Covid est un choix positif mais encore fallait-il s'en donner les moyens, ce qui ne semble pas le cas. Le million de vaccinés en EHPAD avec soignants à risque ne sera pas atteint fin janvier contrairement à l'annonce gouvernementale. Le nombre de vaccinés par jour augmente ? Encore heureux ! A 10 000 vacciné.es par jour, il faut 100 jours pour vacciner un million, pas un mois. Pour vacciner 18 millions de français.es (et c'est pas 60% de la population) en 6 mois soit 180 jours, il faut en vacciner au moins 100 000 par jour ! Nous sommes dans des échelles bien différentes. Les discours, on connaît mais il faut des actes à la hauteur des enjeux et des objectifs, capables de protéger d'abord ceux et celles qui développent des formes graves du Covid-19 évoluant vers le décès ou des séquelles graves quand, malheureusement il n'évolue pas vers la guérison ; un premier temps pour protéger les plus vulnérables et arriver à la fin de cette épidémie malgré la circulation du virus grâce à la vaccination d'un très grand nombre permettant enfin de laisser la vie sociale rependre son cours sans mesures-barrières et état d'urgence.

Stratégie vaccinale à l'épreuve des faits

Le calendrier et la stratégie vaccinale ont subi des modifications importantes dès ce début de janvier : « le gouvernement a également avancé la vaccination des + de 75 ans à la fin du mois de janvier, ainsi que celle des pompiers et des aides à domicile. Ces annonces égrenées ont bouleversé de fond en comble le plan établi au départ, preuve de la panique qui saisit le gouvernement » . Ces changements aussi rapides, avant même le démarrage sérieux de la campagne, accréditent l'idée d'une navigation à vue soumise à des variations opportunistes plus qu'à une souplesse nécessaire. Après les mensonges et les pénuries de masques et de tests de 2020, aurons-nous celle des vaccins par un amateurisme de mauvais aloi en 2021 ? Même si la vaccination des plus de 75 ans et des pompiers de plus de 50 ans est une décision qui peut se justifier comme pour bien d'autres professions, on peut se demander si ce n'est pas aussi un moyen d'arriver plus facilement au million de vaccinés en fin de mois ; bref, faire du chiffre plus facile, faute d'atteindre le public prioritaire, pour annoncer la réussite de la première phase ? Tout cela sent l'improvisation et la défausse. Vraiment très regrettable pour mobiliser.

Nouvelles zoonoses ? Comment en sortir ?

Encore faudrait-il éviter d'aller chercher d'autres pandémies avec un nouveau virus issu d'une nouvelle zoonose. Combien de pandémies faudra-t-il pour réformer fondamentalement un système qui prépare de nouvelles épreuves climatiques, sanitaires, sociales, démocratiques ? Cette recherche du profit maximal pour une consommation de luxe des plus riches qui espèrent s'en aller sur Mars ou en Nouvelle-Zélande repose sur la surconsommation de produits à obsolescence programmée (« produit, consomme et ferme ta gueule ») pour les classes moyennes en sursis de déclassement enfin, la pauvreté et la rue, l'assistance et l'humiliation pour les précaires, les sans-emplois, les non-inclus, les réfugiés. Un cocktail explosif.

Lire : Covid-19 : "Ce ne sera pas la dernière pandémie", met en garde l'OMS

« Tedros Adhanom Ghebreyesus condamne aussi l'engrenage "dangereusement myope" qui consiste à dépenser de l'argent sans compter lorsque flambe une épidémie, mais à ne rien faire pour se préparer à la prochaine, dans un message vidéo marquant, dimanche 27 décembre, la première Journée internationale de préparation aux épidémies. »

A chaque fois, attendre quoiqu'il en coûte, un vaccin annuel pour la population mondiale, enrichir des labos qui nous (états et population) rendent de plus en plus dépendants quand ils deviennent tout-puissants avec droit de vie ou de mort qui organisent la pénurie de médicaments ? Il se pourrait bien que cette pandémie inattendue et prévisible soit la première catastrophe mondiale avant les catastrophes climatiques (n'est-elle déjà pas climatique ?) déjà présentes au niveau régional en intensité haute et fréquence élevée. N'apprenons pas la leçon de cette pandémie, nous en aurons d'autres ; des territoires défrichés pour de nouvelles zoonoses planétaires. Désormais, ce qui se passe à l'autre bout de la planète comme à notre porte nous concerne directement. L'ouragan là-bas n'agirait pas sur les ailes du papillon ici ! La tempête à Wuhan a diffusé partout.

Lire : «Pour prévenir les prochaines pandémies, on ne peut pas en rester à une approche médicale»

« Le rapport de l’IPBES fait le lien entre l’impact de l’espèce humaine sur les écosystèmes, la perte de biodiversité et l’émergence de maladies infectieuses.... » et en fin d'interview, comme un avertissement  : « À cet égard, le développement de l’industrialisation et de l’intensification des élevages constitue un problème crucial. Si l’on ne fait rien pour ralentir cela, dans les prochaines années, c’est dans les élevages intensifs que l’on verra apparaître de nouvelles zoonoses. » On ne savait pas ?

A lire dans son intégralité : « Hélène Soubelet: «Il faut laisser de la place à la nature»

« L’achat est un acte politique. Par nos actions de consommateurs, nous pouvons faire évoluer les choses. Si les gens se mettent à n’acheter que des produits sans impact sur la biodiversité, les entreprises auront moins d’intérêt à détruire les forêts du Sud-Est asiatique pour produire de l’huile de palme et à pêcher les espèces en danger… Des filières vont se réorganiser au profit de filières plus durables. »

La martingale présidentielle

Le président a créé ex nihilo un énième conseil-citoyens, nouvelle martingale présidentielle utilisée à tout va. L'Assemblée Nationale, les régions sont marginalisées et notre Prince s'entoure de conseils de citoyens ici, de citoyens là, pour ceci ou cela selon sa bonne volonté. Bon Prince et beau parleur, il demande des conseils dont il fera ce que le bon vouloir du Prince veut, avec l'argument imparable de l'inconstitutionnalité de les prendre tels quels.

Bref, des doutes sérieux sur la capacité de ce gouvernement et du chef de l'état à conduire les étapes de cette campagne comme indiquées et en temps indiqué pour atteindre les objectifs visés. Il faudra probablement plus de six mois, voire une bonne partie de cette année pour vacciner un maximum de concitoyens malgré les anti-vaccins résistants qui pourraient aussi arranger un temps les choses quand la totalité de la population pour la vaccination bouchonnerait au portillon. S'appuyer sur les collectivités territoriales semble tomber sous le sens sans méconnaître la poussée d'urticaire régionale qu'un scrutin prochain favorise. Il faudra donc être patient et impatient, attentif et vigilant, critique et revendicatif, force de propositions et de réalisations alternatives.

  • Pour suivre au jour le jour les chiffres des vaccinations et du Covid et bien d'autres choses intéressantes, aller sur le site COVID TRACKER. « CovidTracker France permet de suivre l’épidémie de Coronavirus et la maladie associée, le Covid19, en France et dans ses régions. Les données sont issues de Santé Publique France et l’INSEE. Mise à jour des graphiques : automatique vers 19h30. »

Les pays à faibles revenus

A la question « Les pays à faibles revenus pourront-ils se fournir en vaccins ? » posée lors d'un forum le 1 décembre sur le site LeMonde.fr, les journalistes ont répondu : « Pour garantir un accès équitable aux vaccins aux pays pauvres, l’Organisation mondiale de la santé a lancé cet été [2020] l’initiative Covax. Mené en collaboration avec GAVI, l’Alliance du vaccin et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies, ce dispositif rassemble des pays riches (notamment la Chine ou la France, mais pas les Etats-Unis), des donateurs privés et des organisations philantropiques (dont la Fondation Bill&Melinda Gates, qui est par ailleurs partenaire du Monde Afrique). Covax a pour objectif de réunir un maximum de fonds pour fournir des vaccins et des équipements médicaux aux nations à faibles revenus. Actuellement, 94 pays riches ont rejoint cette initiative pour venir en aide à 92 pays à « revenu faible et intermédiaire ». Covax a réuni plus de 2 milliards de dollars, mais il en faudra 5 supplémentaires pour mener à bien cette mission....». Voir ici, ici et ici.
On le voit, la partie n'est pas gagnée pour ces pays qui pourraient bien passer comme toujours après nos pays civilisés qui peuvent payer.

III - VACCINE ?

Les sondages fin 2020 montrent que moins d'un français sur deux avait alors l'intention de se faire vacciner contre la Covid-19 contrairement à tous les autres pays sondés. Lire "Aux racines de l’hésitation vaccinale en France".Ce taux élevé mélange à la fois les anti-vaccins purs et durs (14% a dit France-info TV récemment) et ceux ou celles qui ne l'envisagent pas dans l'immédiat et veulent attendre pour une décision plus tard. Il me paraît bien possible qu'une majorité large finisse par utiliser la vaccination en fin de compte quand l'absence d'effets secondaires graves des vaccinations massives pratiquées sera admise après quelques semaines et l'efficacité démontrée sur le terrain face à une contamination galopante. Une autre raison devrait jouer fortement pour ce renversement, différenciée suivant l'âge du capitaine : au fond, quelle sortie avons-nous aujourd'hui pour éviter une hospitalisation nécessaire après infection ? A 20 ans, on peut se dire, avec une faible marge d'erreur (mais qui peut faire mal sur qui ça tombe) qu'attraper la Covid-19 ne va pas porter à conséquence sinon quelques jours au pire. Soit. Tant pis pour les perdants de ce pari. Ne barguignons pas sur le risque de transmission aux plus âgé.es après la contamination des plus jeunes. On peut penser qu'on a déjà donné.

Ce raisonnement devient de moins en moins vrai ou est de plus en plus risqué quand on prend de l'âge. Il peut devenir assez vite hasardeux, risque fifty-fifty. On ne sait plus et on ne peut pas savoir a priori ! Pour les personnes âgées, c'est pas de pari du tout ou alors risquer sa vie sur un coup de dé (entre quatre planches ou insuffisant respiratoire entre autres, c'est pas top).

Bref, chacun voit midi à sa porte et prend ses responsabilités. Je vous expose donc le raisonnement qui m'a fait passé de « attendre et voir » début décembre à « vaccination en temps voulu ». Dans l'attente, suivre ce qui arrive aux vacciné.es (ailleurs qu'en France, pas vraiment massive).

J'aurai soixante-dix ans cette année et coche à plusieurs facteurs de morbidité. Je ne veux pas risquer d'être infecté par ce virus, vraiment pas. Malgré mon respect des gestes-barrières et tutti quanti, je pense que plus le temps passe, plus j'ai de risque de temps à autre de laisser filer ces geste-barrières tant l'isolement social est insupportable. Comme autant de failles de sécurité. Donc, plus le temps passe - et c'est pas fini avant longtemps - plus je risque de rencontrer bêtement ce virus qui voudra me bouffer. Avec le temps, je le rencontrerai. Peut-être, l'ai-je déjà rencontré. Il me faut autre chose que sempiternellement respecter ces gestes-barrières qui pour le moment m'ont permis de ne pas contracter la maladie mais à quel prix !

Marre de Zoom, Skype, vidéos, SMS, messages, écrans... je veux du vrai, du touchable, du palpable, serrer des mains, embrasser, sentir la peau de l'autre, sa vibration, voir les visages, la bouche, vider un verre (ou deux), partager le repas, le casse-croûte, le sandwich, parler à l'oreille ou tout haut, serrer contre soi en hugs d'enfer pour se retrouver. Croyez que vieux, on s'en passe ? Ah non, pas moi , j'en manque ! Pas le seul. La fin terrible des résident.es EHPAD confiné.es et isolé.es, pourtant contaminé.es au premier confinement se comprend aisément.

Si le calme plat perdure sur d'éventuels effets négatifs importants du vaccin, quoi que je pense de celui que je ne choisirai probablement pas parmi déjà deux, trois ou quatre vaccins ou davantage, en février, si la date prévue dans mon cas par le calendrier de la campagne de vaccination est tenue, j'irai me faire vacciner sans problème. Trop heureux d'acquérir une immunité que des gouttes d'une huile essentielle particulière chaque matin sur la langue comme j'ai déjà entendu ne permet pas d'acquérir quand bien même le système immunitaire serait stimulé.

Raison supplémentaire, last but not least : vous avez vu le rush cette année sur le vaccin contre la grippe ? Après un début claironnant pour pousser à la vaccination, je me suis présenté début décembre (pour être encore immunisé au printemps) et là, la pharmacie me dit : pas question, priorité aux EHPAD, Pas de vaccin ! Les champions qui nous gouvernent ont chanté la vaccination avant de décréter que les EHPAD étaient prioritaires avec seulement 15% de vaccins en plus que l'an dernier ! Résultat : pas de vaccin disponible. Il a fallu attendre les stocks d'état, m'a dit la pharmacienne. Vacciné le 15 décembre.

Il se pourrait bien que la vaccination contre la Covid prenne un chemin semblable : passé son tour, il faudra prendre la queue après le rush du gros de la population qui, même sans les anti-vaccins, fait du monde ! La pénurie de vaccins alors, n'est pas une vue de l'esprit et peut prendre quelques semaines… pendant l'épidémie.

Je prendrai donc mon tour quand il viendra, si tout va bien pour les autres déjà vacciné.es. Mais surtout, jamais de passeport sanitaire qui ne serait qu'une nouvelle version de la ségrégation sociale et politique. On commence par le SARS, on finit par la grippe en attendant Godot.

Chacun voit midi a sa porte mais la décision de non-vaccination peut avoir de graves conséquences personnelles et collectives. J'ai tendance à penser qu'avec un vaccin dans ces conditions, je ne risque pas grand chose, bien au contraire. Pas de perte possible (sauf epsilon) mais je gagne une immunité à confirmer sur le terme. A propos, à long terme, je ne sais pas... mais non, à long terme ... je ne crains plus rien. Y'a pas d'cancer sous la terre (aurait pu chanter Serge Gainsbourg).

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