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Billet de blog 8 mars 2022

La menace atomique brandie par Poutine dessine un monde nouveau, pas le nôtre

La menace de l'emploi de l'arme nucléaire par Poutine éclaire le dépassement du concept de dissuasion et redessine un monde nouveau par la secousse tellurique qu'elle engendre. Voici quelques éléments qui tentent d'en cerner les évolutions et les possibles conséquences.

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Ce billet ne plaide rien, absolument rien, seulement veut tenter modestement d'analyser le bouleversement mondial qu'entraîne les menace nucléaire de Poutine qui donne corps à son emploi.

Poutine hors contrôle et maître du jeu

Poutine menace les occidentaux d'utiliser l'arme nucléaire si les forces de l'OTAN passent une ligne rouge qu'il fixe lui-même à chaque instant. Pratique. Nous pouvons craindre ces menaces réitérées d'un autocrate, manipulateur permanent, qui exerce un pouvoir absolu, qui n'accepte aucun avis mais veut l'approbation permanente, qui a montré sa capacité monstrueuse aussi bien en Tchétchénie qu'en Syrie. Nous ne savons pas jusqu'où Poutine peut et veut mener sa guerre, se limiter à l'Ukraine ou se développer dans un autre pays mais nous considérons que cette extension est possible dans la foulée de cette guerre ou plus tard.

Nous, autorités et populations, avons bien compris qu'il vaut mieux ne pas vérifier par quelque action que ce soit, s'il est capable effectivement de déclencher le feu nucléaire. Cet homme semble bien capable de cette folie. De ce fait, toutes les initiatives passent par le filtre « Ne pas déclencher les foudres de l'incontrôlable et imprévisible Poutine » pour éviter toute action qui pourrait être interprétée, à tort ou à raison, comme une co-belligérance entraînant l'escalade tant redoutée.

Bref, Poutine est hors de contrôle et maître du jeu, même si le mot « jeu » est bien malheureux dans ces circonstances plus que tragiques.

Le concept de dissuasion mis en échec par la possibilité d'emploi

De part et d'autre la dissuasion est l'arme politique majeure. Cette fois, fait nouveau majeur, la dissuasion est devenu dissymétrique : L'OTAN n'engagera aucun confrontation directe si aucun pays de l'Alliance n'est attaqué. Nous croyons que Poutine peut estimer à tout moment que ne pouvant atteindre ses buts, l'emploi de l'arme nucléaire peut devenir possible. L'un reste dans le rapport de force politique, l'autre peut employer la force nucléaire à l'opposé de la dissuasion pour laquelle son emploi signifierait échec.

L'OTAN a elle-même tracé une ligne rouge. Cette alliance défensive a disposé une défense armée à ses frontières pour le dissuader d'attaquer un quelconque pays de l'Alliance, ce qui laisse sans défense extérieure les pays européens hors OTAN. En Europe, proches ou avec frontière russe, Géorgie, Moldavie, Ukraine mais aussi Finlande et Suède ne sont pas dans cette alliance militaire. Poutine dispose donc pour ces pays et d'autres de les attaquer au moment qu'il jugera opportun dans son projet de reconstituer cet espace ex-URSS des Républiques socialistes qui rappellent « l'espace vital » du petit moustachu.

Nous, population et autorités, avons si bien intégré la dissuasion nucléaire exercée par Poutine, maître du jeu, que nous avons renoncé à toute défense de quelque pays européen hors Alliance Atlantique que ce soit ce qui signifie que, comme l'Ukraine aujourd'hui et par avance, les laisseront envahir quitte à de nouvelles sanctions qui n'arrêtent pas la guerre. Les autorités politiques et militaires ont intégré qu'aucune action ne peut être envisagée qui serait considérée par Poutine comme une provocation, au premier chef une quelconque action militaire dans les airs ou sur le sol Ukrainien. Mieux, les militaires sont priés aux zones frontières (Etats-Baltes par exemple) de veiller à éviter tout incident, prétexte possible à une réaction armée. Les livraisons d'armes actuelles, discrètes par nature, se situent sur cette ligne de crête étroite entre soutenir la défense Ukrainienne devenue populaire et risquer la contre-réaction belliqueuse du maître du Kremlin.

Les lignes rouges de Poutine

Les sanctions prises contre lui peuvent in fine pénaliser et paupériser sa population, faire monter le mécontentement et possiblement déclencher une contestation plus large qui serait entendue comme menaçante pour se maintenir au pouvoir absolu. Certes, rien n'est moins sûr entre désinformation et répression de tous les instants avec cette loi rétroactive d'écrits contraire à la « vérité » du Kremlin quand cette « vérité » est le mensonge même. Rappelons-nous du film « Section spéciale » de Costa-Gavras, une autre loi rétroactive, négation de l'état de droit durant l'Occupation de la France.

Elles peuvent aussi gêner les oligarques russes à un niveau inacceptable, enfonçant un coin entre Poutine et cette caste.

La résistance ukrainienne, armée et population, peut faire monter le coût de cette opération tout juste spéciale à un niveau prohibitif en tous cas, impossible à travestir même par une propagande zélée, par le nombre de morts et d'invalides de retour aux pays en cercueil ou en fauteuil. L'envoi de mercenaires au front, notamment ceux de Wagner,(mercenaires nazis russes) ne visent pas autre chose que d'envoyer ces brutes les plus aguerries mais d'abord de camoufler le nombre de morts des combats à venir qui ne sont pas comptabilisés.

La poursuite de cette guerre avec l'occupation du pays entier produit et continuera à produire des images terribles de destructions, de drames humains, les yeux dans les yeux, des masses de réfugiés par millions alimentant une hostilité et une crainte grandissante des populations européennes en particulier des pays proches qui ont connus l'occupation soviétique.

Voilà quelques-uns des éléments susceptibles de produire une ligne rouge au-delà de laquelle la menace nucléaire peut devenir arme nucléaire de terrain.

Poutine peut être tenté par son emploi dans le cadre d'une belligérance estimée insupportable mais aussi si celui-ci est acculé à l'échec sans porte de sortie pour garder le pouvoir et le garder sans humiliation (de son point de vue).

Accepter l'ordre européen poutinien ?

La dissuasion nucléaire, avec Poutine, a atteint un point-limite : il ne s'agit plus d'une menace nucléaire théorique où les dégâts subis pèsent trop lourd pour envisager son emploi offensif mais d'une menace concrète et permanente d'un dirigeant assez retors, assez risque-tout, assez fou ; une menace qui donne la limite de nos libertés de pays souverains dans une communauté de destin.

Toutes ces précautions, ces renoncements pour ne pas encourir l'escalade nucléaire, la liberté laissée à Poutine d'exporter la guerre dans d'autres pays souverains quand il le voudra ne signifient-ils pas acceptation de l'Europe à l'ordre poutinien ? Asservissement permanent pour les états annexés ou dominés, asservissement à une frontière européenne des pays de l'OTAN aux risques toujours présents d'incidents de frontières dans un face-à-face armé de longue durée (comme entre les deux Corée) ou d'une soudaine poussée guerrière de celui qui peut se croire tout-puissant, asservissement à une dépendance à la Russie, énergétique certes mais plus encore économique quand les sanctions peuvent aussi par leurs conséquences en retour, dérégler durablement et sévèrement nos économies libérales enchevêtrées. Les populations dès lors, n'accepteront-elles pas l'asservissement à cet ordre dicté par Poutine plutôt que la remise en cause forte de leur niveau de vie et de leur mode de consommation, ce qui est aussi l'enjeu de l'acceptabilité de la lutte contre le réchauffement climatique ?

Alors comme dans la série « Occupied », l'Europe ne bougera plus le petit doigt pour ne pas risquer de tout perdre. Les autorités y veilleront, les populations suivront. Dans ce contexte, la fin de l'OTAN, occasion magnifique pour Poutine qui n'en demande pas tant, assurerait à l'ordre poutinien une domination européenne sans partage, un asservissement total au bon vouloir de ce dictateur sanguinaire par la crainte d'une confrontation militaire directe après cette rupture de confiance dramatique, qui, quoi qu'il arrive, poursuivra la Russie bien longtemps après Poutine.

Le séïsme qui modèle un monde nouveau

Nous laissons ainsi Poutine écraser l'Ukraine aux livraisons d'armes près, encore que l'efficacité à faire reculer cette offensive par ces armes pourrait être considérée comme une ligne rouge franchie par une co-belligérance de fait. Nous laissons ainsi Poutine préparer d'autres invasions et écrasements des peuples sauf encore à repousser vers l'est les frontières de l'Alliance Atlantique ce qui ne comporte pas moins de risque face au maître du Kremlin et inaugurer une Europe à nouveau coupée en deux. Ne l'est-elle pas déjà en fait ?

Avec cette liberté laissée à Poutine, le monde aura compris, a compris, que la possession de l'arme nucléaire est un avantage politique et armé absolu même si ce n'est pas si simple. Il ne faudra pas s'étonner de l'envol d'une nouvelle course aux armements (déjà l'Allemagne, la France augmentent leurs budgets militaires), d'une course à la possession de l'arme nucléaire, la dissémination des matières fissiles. La logique des blocs hélas a de beaux jours devant elle, dénoncée ou pas.

Bien évidemment, les incertitudes de ce qui n'est pas advenu, de l'avenir qui commence demain peuvent changer le cours des choses de manière inopinée comme les décisions politiques et économiques, comme l'action des populations quand elles se donnent les moyens par leur taille et une direction commune partagée ce qui est, plus que jamais, un défi.

Nos protestations, nos colères ne peuvent suivre des réflexes anciens idéologiques d'un monde fini quand nous sommes entrés dans ce nouveau monde qui n'est vraiment pas celui que nous voulions construire. Ce n'est pas si surprenant tant chacun a trop souvent voulu construire le sien en excluant celui du voisin plus que converger par le débat et l'argument recevable. Le défi est là aussi.

Les secousses mondiales de l'actualité nouvelle de la menace nucléaire par Poutine ne font que commencer. Elles sont comme la cerise sur le gâteau de la guerre lancée par ce dictateur obsédé de puissance, confondant la Russie et sa personne comme tous les dictateurs leur propre pays jusqu'à l'anéantissement. Le XXème siècle l'a vécu. L'Histoire de ce siècle de défis gigantesques peut-elle bégayer et faire face ?

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