Georges-André (avatar)

Georges-André

Psychologue en retraite - Photographe et Journaliste-citoyen - Militant comme je peux encore...

Abonné·e de Mediapart

360 Billets

6 Éditions

Billet de blog 8 juillet 2024

Georges-André (avatar)

Georges-André

Psychologue en retraite - Photographe et Journaliste-citoyen - Militant comme je peux encore...

Abonné·e de Mediapart

Pour que ce soulagement ne soit pas que provisoire

Soulagement qui, pour n'être pas provisoire, doit marquer une rupture avec les politiques précédentes par une pédagogie de l'action, la bataille des idées et des mots résolument offensive qui ne doit rien céder aux idéologies ultra-libérale, raciste et xénophobe.

Georges-André (avatar)

Georges-André

Psychologue en retraite - Photographe et Journaliste-citoyen - Militant comme je peux encore...

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Comment ne pas dire son soulagement hier soir en apprenant dès 20 heures que le RN aurait bien moins de députés que les sondages pouvaient annoncer ; dire son soulagement de voir que la France refuse le pouvoir à ce parti raciste qui, avec le temps et une présidentielle à l'horizon, amènerait la République à sa dernière heure, dire son soulagement de constater que le front républicain initié par le nouveau Front Populaire a endigué cet assaut vainqueur imminent. C'est une vraie victoire que nous n'oublierons pas malgré la hausse vertigineuse d'un RN-recours pour des millions d'électeurs.

Pourtant dès cette annonce - est-ce le fruit d'une désormais longue expérience de désillusions et d'espérances déçues ? – cette victoire m'est apparu bien provisoire. Le RN porte son groupe parlementaire à 143 député·es et ce n'est pour lui une défaite que par rapport à cette possible majorité absolue qu'il pouvait lui être donnée en suivant la trajectoire tracée par les européennes et le 1er tour des législatives.

Il n'en reste pas moins que si cette victoire de la démocratie et des forces populaires est une étape, elle pourrait n'être que provisoire au regard de l'étendue des dégâts dans les têtes, dans la vie de tous les jours quand elle est au centime près accompagnée du mépris le plus solide qui soit. L'idéologie de mort du RN n'a pas disparu. Les électeurs et électrices qui ont voté RN, abusé·es ou pas par ses mensonges, restent au bord de la route avec une défiance profonde vis-à-vis des partis politiques de tous bords sauf celui qui leur est apparu pouvoir renverser la table, restaurer la dignité perdue, apporter un peu de ce minimum vital qui permet de se sentir citoyen respecté tant au niveau des mots, des phrases que des espèces sonnantes et trébuchantes, avec des services publics de proximité hors du tout-internet et du tout-application sur portable, fastidieux et excluant.

Regarder le réel de la situation sociale et politique

Le réel doit être regardé en face de nos insuffisances, de nos renoncements sans céder à une radicalité illusoire des mots au vitriol. Il nous faut regarder le réel de la situation politique qui s'apparente à marcher sur un fil : le Front Populaire, pour être le groupe le plus important de l'Assemblée Nationale est minoritaire.

Il faudra déjà choisir un Premier Ministre relativement consensuel à gauche et laisser la tête de turc des medias, Jean-Luc Mélenchon, se retirer de cette vie politique qu'il a servi sur les décombres du PS après le quinquennat Hollande pour la desservir par la suite avec une accumulation de fautes politique dont la provocation permanente ne fut pas une mince affaire tout comme celle de purger ceux et celles qui ne lui conviennent pas (qui ne se limitent pas aux 4 ou 5 non investis du second tour) et une démocratie interne inexistante.

Dès lors comment assurer la mise en oeuvre du programme du NFP en étant minoritaire à l'assemblée et un président qui ne fera pas plus de cadeau qu'auparavant ? Ce n'est pas une cohabitation avec une majorité absolue comme elle fut jadis mais une majorité relative qui n'assure pas, par ses seules forces, un vote favorable à toute mesure. Dès lors réclamer tout le programme et rien que le programme NFP paraît quelque peu incantatoire même si évidemment nous souhaiterions qu'il le soit. Il faudra bien trouver des accords ou des abstentions qui ne sont d'ailleurs en rien gagnés d'avance.

La présidentielle de 2027

Pourtant c'est bien face à l'échéance présidentielle de 2027 que seront comptabilisées les avancées et les impasses éventuelles. La politique qui sera menée au regard de la situation de notre population clivée, ses espérances et ses attentes, donnera la situation sociale et politique pour la dernière année 2026-2027. Le RN saura profiter de toutes les déceptions, de tous les mensonges pour booster son audience et propulser MLP dans la difficile bataille que seront les présidentielles prochaines sans parler des alliances que pourrait nouer ce parti.

Il est bien nécessaire de développer une pédagogie de l'action possible et une communication saine et fiable sans en rajouter pour chauffer à blanc ces espérances qui ne pourront pas être toutes comblées, loin de là. La radicalité devrait être mise au service du possible, toujours mouvant, mesurée au progrès social, à la baisse de cette brutalité des mots et des mœurs politiques, à l'arrêt de ces projets dispendieux et destructeurs, toujours avec un argumentaire sérieux et adapté, porté au-delà des partis politiques, à ce qui donne à vivre ensemble et qui passe par le débat, la culture et les moments partagés où se mêlent les diversités qui sont l'essence même du mouvement.

Un soulagement tempéré par la tâche immense à accomplir sans tous les moyens de l'accomplir. Ce n'est ni possible ni nécessaire d'ailleurs de tout réaliser comme l'espérance et l'impatience porte à croire. Il est seulement, ce peut être beaucoup, de porter la rupture enfin avec ces politiques au service des puissants et des riches qui n'hésitent jamais à toujours plus imposer, surveiller, contrôler et criminaliser.

Ce NFP avec toutes les forces sociales de ce pays n'auront pas d'autres chances s'il venait à faillir en amenant la représentante de cette idéologie raciste, xénophobe, en tout point inégalitaire à nouveau aux portes du pouvoir.

La bataille des idées et des mots offensive sans rien céder

Il est urgent de trouver les moyens et les canaux pour parler non pas seulement aux militant·es ou aux convaincu·es, non pas aux citadins des grands centres urbains mais aux électeurs et électrices de tous les territoires, des plus précaires au plus abandonnés. La gauche doit redevenir ce qu'elle fut au service des plus précaires et des plus faibles, avec un discours offensif sur la chance que constitue les migrations pour nos pays en déclin démographique. La bataille des idées et des mots n'appelle pas à un vote à l'assemblée. Elle nécessite de se préoccuper de ces empires de presse multimedias au service de l'idéologie ultra-libérale et extrémistes qui façonnent les esprits depuis quarante-cinq ans, balisé par les réactions à la révolte des Minguettes été 1981. Il faut s'interroger et changer nos approches, nos discours, les moyens pour combattre tous les racismes face à l'échec de cette lutte que manifeste l'imminence du RN aux portes du pouvoir qu'il a fallu endiguer en urgence, dos au mur.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.