Mobilisation pour le jeune Madama interdit de travail mais menacé d'expulsion

Mineur isolé à son arrivée en France, Madama Diawara est hébergé depuis 2 ans au Puy-en-Velay par Eric et Véronique avec contrat d'apprentissage possible en élevage ovin. Le préfet de Haute-Loire refuse la carte de séjour. Eric entame une grève de la faim de 3 semaines, finalement un moment hospitalisé. Coup de tonnerre du 9 mars : Madama est amené en centre de rétention à Lyon pour expulsion.

Dernière heure : mise à jour 13-03-21 - 19h15

Après un premier jugement défavorable et le recours déposé aussitôt par son avocat, le juge des libertés de Lyon a rendu un jugement libérant Madama du centre rétention administrative de Lyon hier mardi 12 mars vers 19h. Il a été aussitôt assigné à résidence avec obligation de signer quatre fois par semaine à la gendarmerie de sa localité.

Le jugement en appel contre la décision du préfet d'O.Q.T.F. (Obligation de quitter le territoire = expulsion dès que possible) sera rendu mardi prochain 16 mars.

La manifestation de ce matin 13 mars au Puy-en-Velay : cinq cents personnes calmes et déterminées ont fait le déplacement. Un groupe important de jeunes migrants majeurs intégrés - scolarisés ou apprentis - en tenue de travail ont pris la tête de la manifestation après une prise de parole par le boulevard Saint-Louis jusqu'à la Préfecture. Au centre de la manifestation : la régularisation de Madama et de tous les autres jeunes migrants intégrés mais non régularisés.

A propos de l'accusation des faux-papiers par la préfecture de Haute-Loire via la Police des frontières : si en France l'état-civil est depuis assez longtemps tenu avec une totale et implacable rigueur, il n'en est pas tout-à-fait de même au Mali où l'état-civil n'est pas comparable surtout à remonter dans le temps. Ainsi, appliquer le même critère de rigueur des documents officiels d'état-civil en France c'est se garder en permanence la possibilité de dire que les papiers présentés sont faux. Bien commode pour ajuster en permanence OQTF et expulsion ou pas : s'abriter derrière la loi et le droit pour dénier les situations concrètes et le travail d'intégration de ces jeunes.

D'autres actions sont à prévoir.


« Accueilli en décembre 2018 par le couple altiligérien après avoir traversé la Méditerranée puis les Alpes jusqu'à Briançon, le jeune homme avait été scolarisé puis avait effectué un premier stage chez un couple d'éleveurs qui lui avait proposé un contrat d'apprentissage. Mais la préfecture de Haute-Loire refusait de lui délivrer un titre de séjour, mettant en doute l'authenticité de son acte de naissance. Le 25 février, un nouvel acte de naissance a été fourni à la préfecture qui s'était engagée à ce qu'il soit expertisé rapidement par la police de l'Air et des Frontières. » France 3 Auvergne 10 mars 2021.

Ce refus de régularisation malgré une intégration réussie rappelle un autre refus : celui de la régularisation de l'apprenti-boulanger guinéen Laye Fodé Traoré régularisé par la préfecture de Haute-Saône après plus d’une semaine de grève de la faim du boulanger de Besançon, Stéphane Ravacley.

Malgré trois semaines de grève de la faim de cet enseignant d'histoire-géographie Eric Durupt, qui l'héberge depuis deux ans avec sa compagne Véronique De Marconnay, elle-même enseignante en anglais, devenus parents de cœur, le préfet de Haute-Loire, Eric ETIENNE, campe droit dans ses bottes à défaut d'accorder tout droit à ce jeune qui travaille et d'abord de le régulariser pour entrer en apprentissage quand son employeur le souhaite mais, lui, cherche tout bonnement à l'expulser.

Didier devant la banderole chahutée par le vent © Georges-André Photos Didier devant la banderole chahutée par le vent © Georges-André Photos

Mieux ou pire : nouvel acte de naissance arrivé du Mali le 25 février pour prouver identité et âge de Madama déjà mis en cause, déclaré à nouveau faux sans tarder par la Police Aérienne des Frontières, dit le préfet. Tour de passe-passe facile pour expulser « dans le cadre du droit » ! Brutalité et iniquité ! Qu'importe si ce jeune de 19 ans aujourd'hui est intégré et peut signer un contrat d'apprentissage dans un secteur ou la campagne manque de bras et de volontaires, quitte à se payer des travailleurs saisonniers même en temps de pandémie !

Bref, « convoqué le mardi 9 mars par la Police aux Frontières au commissariat de Gerzat (ville proche de Clermont-Ferrand), pour vérification des documents, le jeune Madama s’est présenté avec Eric et Véronique … afin de prouver sa bonne foi. Les trois ont été mis en garde à vue dés leur arrivée. Relâchés au bout de quelques heures, Eric et Véronique ont appris avec effroi que Madama allait être conduit en fin d’après-midi au Centre de Rétention de Lyon en vue de son expulsion » (Communiqué du 10 mars commun à dix organisations syndicales et associatives dont les syndicats de l'Education)

La presse quotidienne régionale et nationale (par exemple, Ouest-France, Europe 1, France3 région A.R.A...), ici même à Clermont-Ferrand, Médiacoop, média alternatif, a publié l'article sous la plume de Laura Massip le 16 février dernier : "Une grève de la faim pour la régularisation de Madama". Dans son ensemble donc, elle a relaté la grève de la faim d'Eric. Rien n'y a fait ! Préfet veut faire un exemple : plus fort qu'à Besançon ! Ce 10 février, FR3 Auvergne rend compte de la manif (début à 5mn 30s) et interviewe le préfet qui, bien évidemment en donne une version auto-justificatrice sans preuve à l'appui.

On prend des notes, des photos et des coups de vent © Georges-André Photos On prend des notes, des photos et des coups de vent © Georges-André Photos

La mobilisation née de cette expulsion désormais ouverte vers le Mali (assortie d'une interdiction de revenir en France sous deux ans !) : Le 10 mars au Puy-en-Velay, trois cents personnes ont manifesté pour la régularisation de Madama. Aujourd'hui, à Clermont-Ferrand devant la Préfecture, à Lyon devant le Centre de rétention administrative (C.R.A) ont eu lieu des rassemblements pour réclamer cette régularisation : « Madama vit ici, il doit rester ici » martèlent ces organisations. Samedi 13 mars au Puy-en-Velay à 10h devant la préfecture, nouvelle manifestation tandis que la pétition lancée par Véronique demande, avec quelle émotion, cette régularisation. Signez-la ! La victoire est au bout de la force de mobilisation : inclure ? Intégrer ? Et ceux qui réussissent, les expulser ? Mensonge et duplicité.

Elle est belle cette France officielle qui, dans un bel ensemble, met en cause Droits de l’Homme et Convention Internationale des Droits de l’Enfant ! France, pays de la proclamation des droits de l'homme pas des droits de l'homme largués pour plus avantageux !

Ce 11 mars, rassemblement devant la Préfecture à Clermont-Ferrand sous vent particulièrement violent et pluie intermittente; bref temps épouvantable.
[Le vent violent en rafales rend difficile l'audition des interventions et parfois inaudible de longues séquences vidéos]

Vent violent © Georges-André Photos

Christine Chevalier RESF 43

Hier Rassemblement au Puy en Velay avec 400 personnes environ. Aujourd'hui, MADAMA, est passé devant le juge des libertés. Son avocat a fait une plaidoirie pointue , mais il a été décidé du maintien en détention de ce jeune majeur . Demain il y aura un autre jugement.

Samedi 13 mars est prévu un autre rassemblement au Puy auquel nous vous invitons. L'avocat est entrain de faire un recours.

MADAMA a été soumis à une obligation de quitter le territoire assortie d'une IRTF ( Interdiction de se représenter en Territoire français) de 2 ans – délai très exceptionnel selon l'avocat- qui est prononcé plutôt pour les terroristes. Il est convoqué à nouveau le 5 octobre 2021 pour usage de faux-papiers – la préfecture soutient que ce sont de faux papiers – contrairement aux affirmations des hébergeurs – qui ne sont pas du même bord politique que le préfet, celui-ci très à droite. Le préfet a une attitude très dure, dit du mal des enseignants, traite les hébergeants – personnes de confiance – de « soit-disant dignes de confiance ». (interview FR3 du 10-03). Alors que l'A.S.E recommande l'hébergement en famille. C'est une honte !

Parcours du jeune : il est venu du Mali par la Syrie et a côtoyé des morts, puis a traversé les Alpes à pied dans des conditions difficile, s'est retrouvé à l'ASE, ce qui lui a permis de souffler un peu. Il en a été mis à la porte car il a été déclaré majeur. Il a vécu dans la rue. Il a été pris en charge depuis deux ans par un couple de Haute-Loire, Eric et Véronique qui n'ont plus d'enfants à la maison. Ces hébergeants l'ont véritablement éduqué car il est arrivé analphabète, il a été à l'école, il a appris à lire et écrire. Maintenant au bout de 2 ans seulement, il passe un CAP. Ses maîtres de stage, des éleveurs d'ovins, le trouvent très bien, il a de bonnes relations avec les animaux – ovins- et ça lui plait. Il est gai et s'intéresse."

Christine Chevalier RESF Haute-Loire © Georges-André Photos

Didier PAGES - RESF et Solidaires

Pour ce rassemblement devant la Préfecture nous somme une centaine, on commence à parler de cette affaire dans les médias. C'est une étape dans le parcours pour MADAMA, on demande sa régularisation et sa libération. On peut gagner sa régularisation avec une mobilisation importante.

Il y a un rapport de deux députés qui présente les mineurs non accompagnés comme suspects et possiblement voleurs, pas comme des personnes qui ont besoin de protection.

Didier Pages - RESF et Solidaires © Georges-André Photos

Mohamad Ligue des droits de l'homme (LDH)

Ce jeune est tombé dans un guet-apens, il a été convoqué à la préfecture pour une demande d'authentification de ses papiers et on l'envoyé à la police de l'air et des frontières (PAF) qui a déclaré papiers pas suffisants, il a été arrêté puis transféré au centre de rétention. Nous allons continuer ici et au Puy à soutenir MADAMA

Il ne mâche pas ses mots mûrement réfléchis © Georges-André Photos

Intervention Martine RESF

A Clermont, le préfet ne veut pas régulariser une centaine de jeunes arrivés et reconnus mineurs, confiés à l'A.S.E, qui ont suivi une scolarité et sont maintenant apprentis. Il dit que ces jeunes apprentis ne sont pas au travail ! Ils attendent toujours leurs titres de séjour, ces jeunes cumulent les titres provisoires et doivent refaire leur demande tous les trois mois. Ces jeunes peuvent être gardés 90 jours en centre de rétention ce qui est très long. RESF est attaché au cas MADAMA mais demande qu'on n'oublie pas tous les autres...

Martine, toujours énergique et une partie du rassemblement © Georges-André Photos Martine, toujours énergique et une partie du rassemblement © Georges-André Photos

 

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