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Billet de blog 13 octobre 2022

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Refuser le chantage nucléaire, libérer toute l'Ukraine, construire une Europe en paix

Les tirs de missiles visant installations et population pour briser la résistance ukrainienne montrent l'escalade voulue par Poutine. Sa menace nucléaire peut être au bout de sa défaite et d'une possible perte de pouvoir. Refuser ce chantage et éviter son emploi impose de réviser l'aide militaire apportée à l'Ukraine pour en finir avec cette guerre comme construire une défense de paix en Europe.

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Il pourra sembler un tantinet outrecuidant ou plus de s'exprimer sur un sujet particulièrement délicat et complexe dont bien des informations échappent au commun des mortels dont je suis. Doit-on pour autant n'écouter que les experts à un titre ou un autre (je parle d'experts réels pas des auto-promus experts) ? Doit-on attendre de l'ombre les décisions et les enjeux qui apparaîtront dans la lumière crue pour n'avoir plus qu'à payer la note ? Alors même que la sécurité européenne est en cause, que l'avenir dans cet espace géographique est en cause gravement, comme citoyen, j'ai aussi à dire ce que j'en pense pour ne pas être celui qui, pour n'en penser pas moins, laisse faire et dire, sûr que sa voix ne compte rien. Elle compte si peu qu'écrire est déjà, refuser la captation des questions et des réponses par les seul·es introduit·es en cour, au moins le temps d'un débat possible, s'il l'est.


Le dérèglement climatique bouleverse tous les équilibres et pose crûment la question de l'avenir du vivant sur notre terre mais la guerre en Europe se poursuit, incongruité du temps au-delà de l'horreur ! Périodiquement la menace nucléaire est brandie, à mots couverts ou explicitement, par le dictateur du Kremlin pour utiliser la terreur de la guerre nucléaire qui renvoie aux images de Nagasaki et d'Hiroshima quand elle n'était que l'équivalent d'une bombe dite aujourd'hui tactique. Tactique la bombe de faible puissance ? Donnée comme une arme du champ de bataille, les stratèges de haut-vol ont fait croire que l'emploi d'une bombe atomique de « faible intensité » de courte portée peut être une arme de terrain à peu près détachée d'une escalade vers l'apocalypse nucléaire. Tout emploi de l'arme atomique peut déclencher cette escalade terrifiante ou laisser l'agresseur dans une position dominante par l'emploi de l'arme nucléaire tactique pour perpétuer cette menace nucléaire, gage de tous les renoncements et complicités des paniqués et opportunistes. Cette menace n'affecte pas seulement l'Ukraine mais toute l'Europe et partant une bonne partie du monde.

L'arme nucléaire quelle que soit sa puissance du kilotonne au mégatonne ne peut être que dissuasive. Son emploi ouvre la perspective de l'apocalypse à court terme.

Chantage nucléaire et perte du pouvoir

Que craint Poutine en dernier ressort ? Une seule chose : perdre le pouvoir. Comme tous les dictateurs du XXème siècle responsables de millions de morts si ce n'est de dizaines de millions, leur seule crainte n'est pas en soi de perdre un morceau de territoire mais de perdre le pouvoir. Là résulte le point de dépassement où tout est possible y compris l'emploi de l'arme atomique qui signifierait ni plus ni moins que, perdu pour perdu, déclencher une escalade vertigineuse. Oui, Poutine peut déclencher le feu nucléaire, nous n'en doutons pas, mais probablement pas avant que la partie pour lui ne soit à ses yeux irrémédiablement perdue malgré les revers de toutes natures c'est-à-dire le moment où il peut être convaincu de perdre le pouvoir plus encore que perdre cette guerre.

On peut aussi se demander quels seraient les objectifs de cette attaque nucléaire limitée (par sa puissance pas pour l'escalade engendrée ni les destructions dans la zone) dans un contexte de retraite si ce n'est d'anéantissement de villes ukrainiennes ou de centrales nucléaires. Comme arme de terrain on repassera. Nul n'en parle se contentant de disserter sur la seule question « Poutine appuiera-t-il sur le bouton ou non »? Moins on sait, plus on parle et suppute.

Escalade avant une possible arme atomique

Comme il vient de le faire en lançant des missiles sur Kyiv (Kiev) et de grandes villes ukrainiennes dans le contexte du recul de l'armée russe, le massacre à distance est bien le vecteur pour terroriser la population, semer la panique et le chaos en espérant briser la solidarité voire soulever des critiques contre son dirigeant, le président Volodomyr Zelensky, pour un prix à payer trop élevé d'une guerre interminable avant un hiver qui promet d'être terrible et dévastateur. Le temps est donc propice à la guerre totale où le massacre des populations ukrainiennes peut frapper plus encore avec une ampleur inédite avant l'échéance nucléaire éventuelle. Le temps me paraît compté entre le risque de perte du pouvoir par Poutine via la défaite de sa guerre d'agression et sa menace mise à exécution.

Nous n'en sommes pas encore à l'emploi de l'arme atomique par Poutine. Pour l'heure, il peut encore employer, comme il l'a fait dernièrement, des moyens militaires pour écraser la population ukrainienne sous les bombes de ses missiles ou de tout autre armement conventionnel, tout en reculant devant l'offensive ukrainienne qui prépare la défaite de cette guerre d'agression. L'arme chimique voire bactériologique pourrait alimenter cette escalade meurtrière et abjecte dans une fuite en avant accélérée. Au-delà de ces ressources et leur épuisement, avec le recul continu de ses troupes, il peut acquérir la conviction que l'arme nucléaire tactique peut être utilisée comme dernière ressource dévastatrice pour renverser le cours de l'Histoire et maintenir son parcours de dirigeant-dictateur.

Perdre le pouvoir peut aussi venir de l'intérieur, des sphères du pouvoir russe qui refusent ce suicide collectif plus attentives à la pérennité de la Russie que son président actuel. Cet affaiblissement peut l'acculer à ce suicide collectif. La mobilisation partielle de réservistes a déjà montré les limites de son pouvoir par la fuite hors Russie et les refus d'enrôlement que la répression brutale des manifestations ne fait qu'occulter partiellement.

Poutine ne peut pas, ne doit pas gagner cette guerre d'invasion et d'annexions territoriales sauf à mettre en péril le continent européen par une menace d'agression permanente qui peut générer d'autres agressions de ce dictateur qui croit en sa Toute-Puissance, Moldavie, Géorgie et pourquoi pas pays baltes quoique faisant partie de l'OTAN qui vient de déployer ce 12 octobre « un nouveau concept stratégique »... C'est bien le sens de toute l'aide militaire fournie par maints pays européens et les USA, premier fournisseur.

Course de vitesse dans une guerre totale ?

Entre la victoire - oh combien endeuillée - de l'Ukraine chassant l'agresseur russe de tout son territoire et celle d'un Poutine qui vassaliserait, morcellerait ce pays indépendant en s'occupant tout aussi activement des contestataires qu'il ne le fait en Russie (assassinats, déportation, prison), le choix est assez clair : l'Ukraine doit disposer des moyens pour rejeter le plus vite possible l'armée russe au-delà de ses frontières avant que le follamour du Kremlin ne se décide à l'irréparable.

A ce point de basculement vers une guerre totale initiée par l'agresseur russe comme il a initié cette guerre d'invasion, ce matériel livré n'alimenterait-il pas pour une part, une guerre par procuration quand nos préoccupations vont évidemment aux prix de l'énergie et à l'inflation ? Le massacre de la population ukrainienne peut-il être compensé par les seules livraisons d'armes et moyens informationnels en attendant que l'Ukraine l'emporte, sans considération, d'abord, du coût humain dans cette guerre qui s'enfonce dans la durée ?

Si nous sommes bien dans cette course de vitesse et tenaille, entre défaite, perte du pouvoir et arme nucléaire, n'est-il pas nécessaire d'accélérer le retour de l'armée russe en Russie aux frontières d'avant toutes les annexions, tout en relançant avec l'interlocuteur actuel et dans le même temps, des initiatives diplomatiques destinées à l'organisation après la défaite militaire qui ne réglera pas, loin de là, toutes les questions en jeu ni la sécurité européenne ? La négociation finale après la libération de la totalité de l'Ukraine pourrait envisager l'engagement de l'Ukraine de ne pas demander l'intégration à l'OTAN tout en garantissant ses frontières.

La menace de l'emploi de l'arme nucléaire par Poutine réclame une réévaluation des aides apportées à l'Ukraine pour refuser ce chantage  tout en le sachant possible en renforçant la capacité de l'Ukraine à rejeter au plus vite l'agression russe dans un temps court et compté. La France pour sa part a livré des canons TRF1, des missiles antichar Milan, des missiles antiaériens Mistral et dix-huit canons Caesar auquel vont s'ajouter six autres avec missiles anti-aérien et radars. Lire : "Aide militaire à l’Ukraine : le moindre effort de la France".

Ne serait-il pas temps enfin d'interdire le ciel ukrainien aux armes russes (missiles, drones et avions) pour empêcher les massacres et les destructions massives dans cette course de vitesse avant la défaite du projet poutinien ?

Une intervention télévisée surprenante

Lors de son intervention télévisée du 12 octobre, le chef de l'état qui dans un premier temps laisse planer « l'ambiguïté stratégique » sur l'utilisation par la France de l'arme atomique « moins on en parle et moins on agite la menace et plus on est crédible »se contredit dans la minute qui suit en précisant qu'en cas d'arme nucléaire tactique par Poutine, la France ne riposterait pas par une frappe nucléaire : « notre doctrine repose sur les intérêts fondamentaux de la Nation, ce n'est pas ce qui serait en cause dans une attaque balistique nucléaire en Ukraine ou dans la région ». En plus « dans la région » c'est valable pour les pays hors Ukraine ? Moldavie et Géorgie ont du souci à se faire avec ce propos. On s'en doutait ! la France ne disposant plus heureusement de missile tactique à charge nucléaire depuis 1997 (1), disposant des seules armes stratégiques embarquées en sous-marins et avions avec ses missiles balistiques de longue portée à charge nucléaire bien plus puissantes donc hors de propos sur le terrain. Pourtant cet aveu intempestif et expansif autant que réfléchi disqualifie brutalement la dissuasion nucléaire française pour cette guerre européenne en Ukraine. Il eut été plus sage de n'en point préciser le non-emploi. Poutine a une information fort utile pour prendre sa décision un jour ou l'autre.

Si Poutine franchissait le rubicon en utilisant une seule arme nucléaire tactique, pour éviter une escalade nucléaire et mettre fin au conflit, la dissuasion-riposte à annoncer et préparer est le bombardement par les moyens de l'OTAN, massifs et immédiats, d'écrasement des troupes russes stationnées en Ukraine et de toute la chaîne logistique.

Défense européenne hybride et recherche de paix durable

Cette guerre imposée par Poutine montre que la défense ne peut plus être appréhendée qu'au niveau du continent européen avec des menaces hybrides (armes alimentaire, énergétique, informationnelle, de communication et de récit à destination des opinions publiques...) qui s'exercent en fait sur toutes les vulnérabilités et infrastructures (ce qu'a révélé le terrorisme). Face à ces défis multiples, cette défense européenne ne peut reposer sur la seule nécessité d'une défense militaire qui serait une illusion redoutable et qui nous enfermerait dans une défense armée permanente et hybrides liquidatrice de la démocratie.

La recherche de la paix durable est la meilleure défense en amont de tout conflit armé. Une politique plus démocratique, une économie plus solidaire sont les éléments majeurs pour une paix durable dans cette géo-politique changeante et instable où le partage du monde en deux ou trois blocs aux idéologies opposées s'excluent, danger majeur quand le destin du vivant est en jeu sur toute la planète. Du côté des démocraties, les contestables interventions en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Mali et tant d'autres ... laissent un bilan lamentable pour les populations mais aussi par rapport au but annoncé pour intervenir : les femmes afghanes, de leur vie et de leur sang, payent le prix fort de l'orgueil militaire et colonialiste qui apportait la paix ! Quand elles sont guerrières, les démocraties se mettent au niveau des agresseurs et dictateurs des états non démocratiques, font jeu égal dans la négation des droits humains et la protection des populations. On pourra objecter que c'est moins pire en n'y regardant pas de trop près mais le mal est fait : ces interventions et guerres ont miné leur discours « démocratiques » et alimenté toutes les disqualifications par ces contradictions abyssales entre faits, politiques et discours. Nous en avons un en France qui joue cette abysse entre propos et actes, une sorte de champion quand ses prédécesseurs étaient des amateurs. La trumpisation du monde est en cours.

Les responsabilités en amont de cette guerre

La responsabilité de ce désastre – une guerre de conquête en Europe - est aussi celle des années de complaisance envers ce dictateur qui l'a amené à croire que l'Europe ne se solidariserait pas avec l'Ukraine et pas seulement en situant cette responsabilité dans la politique allemande où l'économie complaisante - avec en proue Nord-stream 1 et 2 - voulait amadouer ce dictateur pour business juteux mais bien des politiques et partis politiques ailleurs dans cette Europe donneuse de leçons et chez nous. C'est aussi cette vieille nécessité de l'anti-impérialisme qui s'est reposée sur l'antiaméricanisme confortable après même les guerres de 91/92 en Ossétie du sud, Abkhazie (Géorgie) et Transnistrie (Moldavie), même après l'annexion de la Crimée en 2014, les massacres en Tchétchénie et en Syrie, dans l'étranglement des libertés démocratique et des journaux critiques en Russie, dans l'assassinat politique dans ce pays et à l'étranger, les piratages informatiques d'origine russe et autres déstabilisation rançonnées, Wagner et son implantation en Afrique. La complexité des enjeux et la nouvelle période géopolitique nécessitent un peu plus que des réponses toutes faites et datées.

Lerv Ponomarev, un des fondateurs de Memorial en 1989 autour d'Andrei Sakharov, a déclaré dans un entretien publié sous la signature d'Antoine Perraud : « L’avenir de la Russie et de l’Europe dépend de la fermeté dont saura faire preuve l’Occident face à Poutine : sa folie progresse à mesure qu’il perd, puisqu’il ne sait pas perdre. Il faut armer l’Ukraine au plus vite afin que ce pays gagne au plus vite la guerre contre la Russie de Poutine. Je suis horrifié par les morts russes et ukrainiens sur le champ de bataille, mais les morts qui s’annoncent si Poutine pense avoir les mains libres seront monstrueusement pires… ». Les « mains libres » ou la perte du pouvoir...


L'association clermontoise "Agir ensemble pour l'Ukraine" organise une soirée caritative pour l'Ukraine ce 21 octobre 2022 à la salle l'Avan-C à Royat - 63.  Les fonds reçus serviront à accompagner les déplacés ukrainiens installés dans le Puy-de-Dôme ainsi qu’à perpétuer l’aide humanitaire envers les populations restées sur place.

Cette association née "aux premiers jours de la guerre en Ukraine. [Sa] présidente, Ella Pratsovyta, originaire d’Ukraine et résidente de Royat, alors à son 9ème mois de grossesse, décide d’apporter une aide médicale urgente à son père, chirurgien à Jytomyr dans le nord-ouest de l’Ukraine, tandis que les bombes commencent à pleuvoir sur la population civile. Très rapidement, un premier semi-remorque a été envoyé, rempli de médicaments et de matériel médical, 15 jours après le début de la guerre".

Programme de la soirée

- 18h : début de la soirée avec le mot de la Présidente de l'association (ouverture des portes à partir de 17h). Suivi d'une vente aux enchères caritative avec de nombreux lots, des peintures, des sculptures, des œuvres d'artistes de la région et objets emblématiques de la culture slave.

- 20h : tirage au sort de la tombola (nombreux cadeaux à gagner)

- 21h : concert d'HeyFantôme!, un groupe de rock alternatif local, pour finir la soirée dans une ambiance amicale et festive.

Buvette et snacks prévus sur place. Parking gratuit devant la salle, dans la limite des places disponibles.


(1) La France n'a pas échappé à cette dangereuse illusion et dépenses somptueuses inutiles avec ses fusées Pluton (1974-1993) puis Hadès (1992-1997), missiles sol-sol de courte portée à charge nucléaire montés sur chassis d'AMX-30 ou de camions spéciaux.

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