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Billet de blog 14 janv. 2022

Exaspération et lassitude après deux ans de protocoles et cinq d'un ministre brutal

Malgré le froid vif et répondant à l'appel unitaire de l'ensemble des syndicats de l'Education Nationale du Puy-de-Dôme, parents, enfants et personnels enseignants et non-enseignants, territoriaux se sont retrouvés à un bon millier dans les rues de Clemont-Ferrand puis devant les grilles du rectorat pour crier leur exaspération et leur lassitude d'être pris pour des billes.

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Un bon millier de personnes ont défilé ce 13 janvier à Clermont-Ferrand de la place Delille au rectorat, rue Vercingétorix à l'appel véritablement unitaire des organisations CGT Educ'Action, F.O-Fnec fp, FSU, SUD Education, SNALC, UNSA, SGEN-CFDT : enseignants, non-enseignants, personnels territoriaux (cantine, entretien, nettoyage) et de nombreux parents d'élèves avec enfants souvent très jeunes sous une température au-dessous de zéro mais sans vent avec un soleil bienvenu qui s'est confirmé peu à peu. Ce rectorat n'avait pas vu autant de monde depuis bien longtemps devant ses grilles fermées.

Des photos de la manifestation © Georges-André Photos

Les discussions et propos tenus traduisent l'exaspération et la lassitude. Les soignants sont lessivés par près de deux ans de crise sanitaire et d'une gestion chaotique. Les personnels de l'Education Nationale sont dans un processus équivalent : « Dans les vies scolaires, toujours à chercher qui est là, qui n'est pas là, malades ou cas contact » nous précise un enseignant de lycée. L'expression « classe-gruyère » est utilisée pour décrire ces effectifs variables d'un jour à l'autre tant au niveau du nombre d'élèves en classe (qui peut être inférieur à la moitié de la classe) que des élèves présents. Dans ces conditions, le refus de fermer des classes pose l'énorme difficulté à assurer une continuité pédagogique entre ceux qui sont là un jour et les autres avec ces changements incessants. Chacun finalement bricole ce qu'il peut pour faire face à ce qui d'ordinaire est scruté à la loupe et immédiatement sanctionné : les absences des élèves. On peut se demande sérieusement ce qu'il en sortira de connaissances lacunaires malgré l'engagement des communautés scolaires après bientôt deux ans de crise successives, de dispositifs changeants qui renvoient aux errements de la politique sanitaire.

Le protocole sanitaire actuel qui impose aux parents et aux élèves trois tests dans la semaine avec bis repetita si de nouveaux cas apparaissent est une usine à gaz ingérable, largement dénoncée par parents et personnels : trouver le temps de faire la queue, trouver des tests s'il y en a, refaire la queue... revenir dans l'établissement avec une nouvelle variante du protocole annoncée dans la presse, ne plus savoir sur quel pied danser – si l'on peut dire -. « Ingérable » est l'adjectif qui résume le mieux le sentiment de lassitude et d'exaspération.

Se surajoutent les cinq ans d'un ministre qui n'a eu de cesse de prendre les enseignants et leurs organisations syndicales pour entités négligeables avec une réforme profonde du bac (qui en annonce d'autres pour l'accès à l'enseignement supérieur) menée au bulldozer quitte à poursuivre en justice les récalcitrants et contestataires pour l'exemple.

La manifestation en vidéo © Georges-André Photos

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Le samedi 18 janvier 2020 devaient avoir lieu les premières épreuves E3C du nouveau baccalauréat au lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Un rassemblement devant le lycée avait été organisé par une intersyndicale (FSU, CGT, SUD, FO, SNALC,UNEF) en lutte contre les réformes du lycée, du baccalauréat, des retraites, et avait réuni plus de 200 personnes. Il n’y a eu aucun passage en force, aucun franchissement de grilles ou de portails fermés, aucune dégradation et aucun·e élève n’a été empêché·e de se rendre aux épreuves. Quelques jours plus tard, six représentant·e·s du Snes-FSU, de la CGT Educ’action, de SUD éducation e tde l’ UNEF étaient convoqué·e·s au commissariat de police puis finalement condamnés par ordonnance pénale, sans comparution ni débats contradictoires, à une amende avec inscription au casier judiciaire B2.

Aujourd’hui, Anna et Paco de l’UNEF, Didier Pagès de SUD éducation et Frédéric Campguilhem de La CGTéduc’action ayant fait opposition à leur condamnation sont appelé·e·s à comparaître devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand ce mardi 1er février.

Rassemblement unitaire au Tribunal Judiciaire de Clermont-Ferrand ce mardi 1er février à 13h
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Des pancartes et des hommes, femmes et enfants © Georges-André Photos

Pêle-mêle, un enseignant nous signale que les épreuves de spécialités de Terminale prévues pour le mois de mars pose un sérieux problème de préparation avec ces classes-gruyère ; les masques FFP2 sont demandés pour assurer une vraie protection des personnels ; le remplacement des personnels notamment des enseignants, des AESH cas contact ou malades se heurte à l'auto-satisfecit du ministre qui fait comme si tout était soluble par l'engagement des acteurs de terrain, la personnalité publique brutale et dédaigneuse du ministre lui-même qui en rappelle une autre qui voulait à ce même poste dégraisser le mammouth (1997-2000) et professait le déni du réchauffement climatique anthropique. A vingt-cinq de distance, l'Education Nationale a retrouvé un ministre qui méprise les personnels de ce grand ministère comme les parents d'élève (mais craint leurs réactions), entend imposer avec brutalité menaçante et non convaincre ou négocier.

Il a réussi ce tour de force d'amener le soutien voire la participation des parents d'élèves et de la FCPE à cette journée qui fait date. « Blanquer démission » entendu çà et là dans la manifestation, comme exorcisme d'un ministre honni.

Dans le Puy-de-Dôme, 75% de grévistes dans le primaire, 64% dans le secondaire, chiffre diffusé par une organisation syndicale durant la manifestation.

Communiqué intersyndical

FSU, CGT Educ'action, SUD Education, FO, SNALC, UNSA, SGEN-CFDT

"Depuis la rentrée de janvier, l'épuisement et l'exaspération de toute la communauté éducative atteignent un niveau inédit. La responsabilité du ministre et du gouvernement dans cette situation chaotique est totale du fait de changements de pied incessants, de protocoles intenables et d'absence de moyens donnés pour assurer le fonctionnement de l'Education. Malgré une amplification jamais vue de l’épidémie, l’École ne
bénéficie pas de l'organisation protectrice qui serait nécessaire pour assurer la sécurité des élèves, des personnels et de leurs familles. Les retours au compte-gouttes des élèves générant des aménagements pédagogiques rendent difficiles les conditions d'apprentissage. Pénurie des remplacements, gestion des tests et des absences des élèves dégradent fortement les conditions de travail.
Pourtant les écoles, collèges et lycées doivent avoir les moyens de fonctionner en toute sécurité. Sur le terrain, les collègues se mobilisent d’ores et déjà pour demander que l'Ecole soit respectée et ont décidé de poursuivre la semaine prochaine dans de nombreux endroits...
Cela passe par une autre gestion de l’épidémie à l’École avec les moyens et les protections pour faire face à la crise en élaborant un protocole viable et qui ne mette pas en difficulté les personnels sur la gestion des cas positifs, des cas contacts et des campagnes de tests préventifs, en dotant d’équipements de protection les personnels, les écoles et les établissements et en attribuant les moyens humains nécessaires notamment
par la création de postes via les listes complémentaires tout en programmant dès maintenant un collectif budgétaire".

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